Publié le 2026-01-02 15:01:00. Pékin intensifie ses efforts pour étendre son influence sécuritaire en Asie du Sud à travers l’Initiative de sécurité mondiale (ISM), une stratégie qui, selon les analystes, vise à contrecarrer la domination indienne dans la région et à consolider les partenariats bilatéraux en matière de défense.
- L’Initiative de sécurité mondiale (ISM) de la Chine, présentée comme un cadre pour la coopération sécuritaire, est perçue comme un moyen d’institutionnaliser les relations de défense existantes avec les pays d’Asie du Sud.
- Plusieurs nations d’Asie du Sud, dont le Pakistan, le Sri Lanka et les Maldives, ont rapidement adopté l’ISM, motivées par des besoins en matière de sécurité et une volonté de diversifier leurs partenariats.
- L’opérationnalisation de l’ISM se fait principalement par le biais de canaux de défense existants, notamment les exportations d’armes et les exercices militaires conjoints, renforçant la présence sécuritaire chinoise dans l’océan Indien.
En novembre 2025, Pékin a publié un livre blanc détaillant les principes de l’Initiative de sécurité mondiale (ISM), signalant une nouvelle phase dans la diplomatie chinoise en matière de sécurité. L’ISM est présentée par la Chine comme un cadre global visant à promouvoir la paix et la stabilité, mais elle est également interprétée comme une tentative de consolider son influence et de remettre en question l’ordre sécuritaire existant.
L’engagement des pays d’Asie du Sud avec l’ISM ne repose pas principalement sur une adhésion idéologique à la vision chinoise de la sécurité, mais plutôt sur une volonté de renforcer les relations bilatérales en matière de défense et de réduire leur dépendance à l’égard d’autres acteurs régionaux. Cette stratégie permet à ces pays de diversifier leurs options et de négocier de meilleures conditions en matière de sécurité.
L’ISM, initialement exposée par le président Xi Jinping en 2022 et précisée dans un document conceptuel en 2023, reflète l’ambition de la Chine d’établir un ordre mondial plus multipolaire. En pratique, l’initiative se traduit par un renforcement de la coopération en matière de sécurité, notamment dans les domaines de l’application de la loi, de la sécurité intérieure et de la police, ainsi que par un soutien accru à des plateformes telles que le Forum mondial de coopération en matière de sécurité publique (GPSCF). L’ISM se fonde sur des concepts tels que la « sécurité indivisible », l’opposition aux blocs et le respect de la souveraineté, se positionnant comme une alternative aux alliances traditionnelles dirigées par l’Occident.
Plusieurs facteurs expliquent l’adhésion de pays comme le Pakistan, le Sri Lanka, le Bangladesh et les Maldives à l’ISM. Premièrement, ces nations ont un besoin urgent de réformes et de coopération en matière de défense et de sécurité, en particulier dans un contexte où l’océan Indien devient un point chaud géopolitique. Deuxièmement, l’ISM offre une diversification stratégique et une protection contre la prédominance indienne dans la région. Troisièmement, les considérations politiques intérieures et les besoins spécifiques de chaque pays jouent un rôle important dans ces alignements.
Le tableau suivant illustre la position des différents pays d’Asie du Sud vis-à-vis de l’ISM :
| Pays | Date d’adhésion | Participant GSI |
| Afghanistan | . | – |
| Bangladesh | 28.03.2025 | Oui |
| Bhoutan | . | Non |
| Maldives | 11.01.2024 | Oui |
| Népal | . | Non |
| Pakistan | 02.11.2022 | Oui |
| Sri Lanka | 21.10.2023 | Oui |
Source: Ensemble de données sur la diplomatie de la sécurité intérieure en ChineHarvard Dataverse
Pour la Chine, l’ISM représente une étape naturelle dans l’institutionnalisation de ses partenariats en matière de sécurité et de défense. Elle cherche également à légitimer son leadership et à offrir une alternative à l’architecture sécuritaire régionale dominée par l’Inde. Pékin a même affirmé que le Bhoutan et le Népal auraient approuvé l’ISM, malgré l’absence de confirmations officielles de ces pays.
L’opérationnalisation de l’ISM en Asie du Sud se fait principalement par le biais de canaux de défense existants, comme le montrent les exportations d’armes chinoises et les exercices militaires conjoints (voir tableau 2). Le Pakistan reste le partenaire le plus étroitement intégré, avec des accords de coproduction et une interopérabilité approfondie. Le Bangladesh a évolué vers une coopération en matière de défense liée aux infrastructures, tandis que la Chine a achevé la construction de la première base sous-marine du Bangladesh en 2023 et travaille à la réhabilitation de l’ancienne base aérienne de Lalmonirhat.
Les Maldives, sous la direction de Muizzu, ont signé leur premier accord d’assistance militaire avec la Chine, qui prévoit la fourniture d’armes non létales et de formation aux forces de sécurité maldiviennes. Le pays a également autorisé l’entrée de navires de recherche chinois dans ses eaux, renforçant ainsi les liens de défense. Le Sri Lanka, malgré ses efforts pour équilibrer ses relations avec Pékin et New Delhi, a accueilli plusieurs navires de la marine chinoise en 2024, dont le navire-hôpital Arche de la Paix. Plus largement, le potentiel à double usage des infrastructures de l’Initiative « la Ceinture et la Route » (BRI), de Gwadar à Hambantota en passant par Sonadia, renforce l’emprise sécuritaire croissante de Pékin dans la région.
Tableau 2 : Les engagements de défense de la Chine
| Pays | Part de la Chine dans le commerce des armes (2015-2024) | Pourcentage d’exercices de formation avec la Chine (2023-2024) |
| Afghanistan | N/A | N/A |
| Bangladesh | 67,8% | 20% |
| Bhoutan | – | – |
| Maldives | N/A | N/A |
| Népal | 35,7% | 35,7% |
| Pakistan | 77,8% | 9,8% |
| Sri Lanka | 23,8% | 10% |
Source: Indice de puissance asiatique du Lowy Institute
En conclusion, l’implantation progressive de l’ISM en Asie du Sud risque de remettre en question l’architecture sécuritaire régionale existante et de renforcer la présence chinoise dans l’océan Indien. Pour les pays d’Asie du Sud, l’engagement dans l’ISM représente un calcul pragmatique, tandis que la Chine y voit une extension naturelle de sa coopération en matière de défense et une opportunité de consolider son leadership.
Aditya Gowdara Shivamurthy est chercheur associé à l’Observer Research Foundation.
Entendu Lunawat est stagiaire de recherche à l’Observer Research Foundation.
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