Publié le 2024-02-29 10:00:00. Une exposition prolongée aux écrans durant la petite enfance pourrait altérer le développement cérébral des enfants, entraînant des difficultés de prise de décision et une sensibilité accrue à l’anxiété à l’adolescence, selon une étude singapourienne de longue haleine.
- Les enfants exposés à de longues périodes d’écran avant l’âge de deux ans présentent des modifications dans le développement de leur cerveau.
- Ces changements sont corrélés à un temps de prise de décision plus long et à une augmentation de l’anxiété à l’adolescence.
- L’étude souligne l’importance cruciale de la petite enfance pour le développement cérébral et le rôle des parents dans la gestion de l’exposition aux écrans.
Une nouvelle étude menée par Tan Ai Peng et son équipe de l’Institut pour le développement et le potentiel humain de Singapour révèle des liens préoccupants entre le temps passé devant les écrans chez les très jeunes enfants et leur santé mentale à l’adolescence. Les chercheurs ont suivi 168 enfants pendant une décennie, en utilisant l’imagerie cérébrale à plusieurs reprises pour cartographier l’évolution de leur cerveau et identifier une voie biologique potentielle reliant l’exposition précoce aux écrans à des problèmes de santé mentale plus tardifs.
Il s’agit de la première recherche à suivre les mêmes enfants sur une période aussi longue, permettant ainsi d’observer les effets à long terme de l’exposition aux écrans durant la petite enfance. L’étude met en évidence la période critique du développement cérébral, particulièrement sensible aux influences environnementales. La quantité et la nature de l’exposition aux écrans sont fortement influencées par les pratiques parentales, soulignant l’importance d’une sensibilisation et d’une intervention précoces.
Les analyses d’imagerie cérébrale, réalisées à l’âge de 4,5, 6 et 7,5 ans, ont révélé que les enfants ayant passé plus de temps devant les écrans dans leur petite enfance présentaient un développement accéléré des réseaux cérébraux responsables du traitement visuel et du contrôle cognitif. Les chercheurs suggèrent que cette accélération pourrait être due à la stimulation sensorielle intense fournie par les écrans.
Cependant, cette maturation précoce n’est pas sans conséquences. Selon le Dr Huang Pei, co-auteur de l’étude,
« Une maturation accélérée se produit lorsque certains réseaux cérébraux se développent trop rapidement, souvent en réponse à des conditions défavorables ou à d’autres stimuli. »
Dr Huang Pei, co-auteur de l’étude
Il explique que, durant un développement normal, les réseaux cérébraux se spécialisent progressivement. Chez les enfants fortement exposés aux écrans, les réseaux contrôlant la vision et la cognition se spécialisent plus rapidement, avant que les connexions nécessaires à une pensée complexe ne soient pleinement développées. Cela pourrait limiter leur flexibilité et leur capacité d’adaptation.
Les conséquences de cette spécialisation précoce se sont manifestées à l’âge de 8,5 ans : les enfants dont les réseaux cérébraux étaient ainsi altérés ont mis plus de temps à prendre des décisions lors d’une tâche cognitive, indiquant une efficacité cognitive ou une flexibilité réduite. De plus, ces mêmes enfants ont rapporté des symptômes d’anxiété plus prononcés à l’âge de 13 ans. Ces résultats suggèrent que l’exposition aux écrans pendant la petite enfance peut avoir des effets durables sur le développement du cerveau et le comportement.
Pour en savoir plus sur les risques liés à l’utilisation des écrans chez les enfants, vous pouvez consulter cet article (en letton).
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