Mis à jour le 2 février 2024 à 10h30. La crise du logement en Irlande pourrait être plus complexe qu’il n’y paraît, avec une augmentation du nombre de personnes partageant un même logement qui ne se reflète pas entièrement dans les statistiques officielles.
- Un lecteur a attiré l’attention sur une tendance au partage accru des logements, allant au-delà des chiffres officiels de surpeuplement.
- Les données d’Eurostat montrent que l’Irlande affiche un taux de surpeuplement relativement bas (5 % en 2024) par rapport à la moyenne européenne (17 %) et à d’autres pays.
- Cependant, le taux de surpeuplement en Irlande a presque doublé depuis 2018, coïncidant avec une augmentation significative de l’immigration.
Suite à un article récent sur la demande de logements en Irlande, un lecteur a contacté notre rédaction pour souligner un aspect souvent négligé : le partage accru des habitations. Il observe une densité d’occupation plus élevée et des embouteillages plus fréquents, des phénomènes particulièrement visibles dans tout le pays.
L’auteur de l’article initial avait déjà souligné le lien entre la croissance démographique, alimentée par l’immigration, et l’incapacité à répondre à la demande de logements. Il avait même suggéré que les propriétaires disposant de logements plus spacieux que nécessaire pourraient envisager de les partager ou de les « redimensionner ». Le lecteur met en avant l’existence d’un système plus informel, où les gens s’engagent à partager leur logement, ce qui se traduit par un nombre plus élevé de personnes vivant dans le même nombre de maisons.
Cette observation est corroborée par des témoignages de personnes constatant des logements loués ou achetés à proximité de leur domicile, occupés par un nombre d’habitants supérieur à la norme. Ce phénomène, bien que perceptible sur le terrain, ne semble pas se traduire dans les statistiques officielles. Selon un rapport d’Eurostat publié le 22 décembre, 17 % des habitants de l’Union européenne vivaient dans des logements surpeuplés en 2024. L’Irlande, avec seulement 5 %, affiche l’un des taux les plus bas, comparé à plus d’un tiers dans certains pays d’Europe de l’Est.
L’Irlande se situe également en dessous de la moyenne de pays comme la France, l’Allemagne et l’Espagne, et affiche un taux significativement plus faible que celui de l’Italie (24 %). Cependant, Eurostat relève une augmentation notable de la densité d’occupation et du surpeuplement en Irlande ces dernières années, une tendance qui contraste avec la moyenne européenne, qui semble plutôt en baisse.
En effet, alors que la moyenne européenne du surpeuplement a diminué de 18 % il y a dix ans, le chiffre irlandais a presque doublé depuis 2018. Il est difficile de ne pas établir un lien entre cette évolution et l’augmentation significative du nombre de migrants arrivant dans le pays, entraînant un partage des logements de plus en plus répandu.
Selon la législation irlandaise sur le logement, une pièce est considérée comme surpeuplée si elle dispose de moins de 400 pieds cubes (environ 11,3 mètres cubes) d’espace habitable par personne. Le surpeuplement inclut également les situations où des personnes non apparentées de plus de 9 ans et de sexe différent doivent partager une même chambre. Les autorités locales irlandaises utilisent également les normes de l’UE, qui servent de base aux statistiques d’Eurostat, pour l’attribution des logements sociaux. Ces normes prévoient une chambre par couple, par adulte seul, par adolescent du même sexe, une chambre pour les autres adolescents et une chambre pour deux enfants de moins de 12 ans. Ainsi, un couple avec un adulte à charge, quatre adolescents et deux jeunes enfants se verrait attribuer une maison de cinq chambres.
Bien que des statistiques existent sur la densité d’occupation dans les logements sociaux, il semble qu’il en existe très peu pour le secteur privé, notamment parce que les propriétaires ou les locataires risqueraient de violer la réglementation en déclarant un nombre d’occupants supérieur à celui autorisé. L’auteur de l’article initial se dit d’accord avec son lecteur, mais souligne que, hormis l’augmentation du taux de surpeuplement, il n’existe pas de données officielles pour étayer ce qui se passe réellement sur le terrain.
Nos connaissances restent donc largement subjectives, confirmées par le sentiment général que les changements démographiques dans les villes et les grandes agglomérations sont plus importants que ne le suggèrent les statistiques officielles. Cette réalité se manifeste également par un impact direct sur les services publics, notamment dans les hôpitaux et les écoles, ainsi que par une augmentation du trafic routier et de la fréquentation des transports en commun. Le ministère des Transports a d’ailleurs reconnu que les embouteillages constituent un problème croissant, comme le souligne son rapport sur le coût économique de la congestion publié en 2025.
Malgré les interventions et les projets en cours dans le domaine des transports, le ministère conclut que ces mesures ne suffiront pas à compenser l’augmentation des coûts due à des facteurs tels que la population, l’emploi et la croissance économique, une « conséquence inévitable de la croissance économique et démographique ». L’auteur de l’article conclut que cette croissance, principalement tirée par les investissements étrangers et employant de plus en plus de main-d’œuvre non irlandaise, nuit à la qualité de vie, et que la plupart des gens n’auront d’autre choix que de l’accepter. Il déplore que les principaux bénéficiaires de cette situation ne soient pas irlandais, un fait qui ne semble pas préoccuper les responsables politiques.
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