Publié le 4 janvier 2026 à 07h03. À quelques semaines de l’ouverture des Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina, le manque de neige naturelle, exacerbé par le réchauffement climatique, menace l’avenir des sports d’hiver en Europe et soulève des questions sur la pérennité des sites olympiques.
- Le réchauffement climatique réduit la fiabilité de l’enneigement naturel, forçant les stations à recourir à la neige artificielle, coûteuse et gourmande en eau.
- Une étude prévoit que seuls quatre sites olympiques actuels pourraient encore accueillir les Jeux d’hiver d’ici le milieu du siècle si aucune action climatique drastique n’est entreprise.
- Les coûts croissants des forfaits de ski rendent les sports d’hiver de plus en plus inaccessibles à une large partie de la population européenne.
Alors que les pistes autour de Cortina d’Ampezzo, surnommée la « perle des Dolomites », sont actuellement enneigées, cette situation n’est pas systématique. Le changement climatique réduit l’enneigement aux pistes, qui dépendent de plus en plus de l’enneigement artificiel, avec des conséquences économiques et environnementales significatives. Cette tendance s’accompagne d’une augmentation des tarifs des forfaits de ski, rendant les sports d’hiver de plus en plus hors de portée pour de nombreux Européens.
Même dans des stations renommées comme celle de la province de Belluno, en Italie, le changement climatique se manifeste par des chutes de neige moins fréquentes et des températures plus élevées, un problème qui affecte l’ensemble de l’arc alpin. Le Comité International Olympique (CIO) a reconnu l’impact du réchauffement climatique, principalement causé par la combustion des énergies fossiles.
Une étude publiée en 2021 dans la revue scientifique Taylor & Francis par des chercheurs de l’Université de Waterloo, au Canada (étude), révèle que seulement quatre des 21 sites ayant accueilli les Jeux d’hiver depuis 1924 seront encore adaptés d’ici le milieu du siècle si des mesures rapides et drastiques ne sont pas prises. Il s’agit de Lake Placid (États-Unis), de Lillehammer et Oslo (Norvège) et de Sapporo (Japon). Dans le scénario le plus pessimiste, où la température moyenne mondiale augmenterait de 4°C par rapport aux niveaux préindustriels d’ici 2050, la chaleur et le manque de neige empêcheraient les autres sites d’accueillir à nouveau les Jeux. D’ici 2080, seule la station japonaise pourrait encore être viable.
Même si l’Accord de Paris est respecté, limitant le réchauffement climatique à un maximum de 2°C, seulement neuf sites olympiques pourraient accueillir à nouveau l’événement en 2050 (et seulement huit en 2080).
Au-delà des Jeux, l’économie du ski est directement menacée. Le secteur du tourisme d’hiver en Europe a généré environ 180 milliards d’euros en 2022, les Alpes étant le cœur de cette activité économique. Ces montagnes abritent des économies importantes, des ressources en eau vitales et une biodiversité inestimable.
Selon le Plan d’action de l’UE pour la région alpine, la région compte 80 millions d’habitants, soit environ 15 % de la population totale de l’UE. Elle englobe 48 régions dans cinq États membres (Allemagne, France, Italie, Autriche et Slovénie), ainsi que le Liechtenstein et la Suisse.
L’Allemagne est le pays européen comptant le plus de domaines skiables (498 en 2020/21, selon Statista), suivie de l’Italie (349) et de la France (317). L’Autriche (253), la Suède (228), la Norvège (213), la Suisse (181), la Finlande (76), la Slovénie (44) et l’Espagne (32) complètent le top 10.
Une étude publiée en 2023 dans la revue scientifique Nature Climate Change (étude) prédit que 53 % des 2 234 stations de ski européennes sont confrontées à un risque très élevé de faible enneigement dans un scénario de réchauffement de 2°C. Un tiers des stations des Alpes françaises et jusqu’à 89 % de celles des Pyrénées seraient particulièrement vulnérables. Si la température moyenne mondiale augmentait de 4°C, jusqu’à 98 % des stations européennes ne pourraient plus compter sur une quantité de neige suffisante.
François Hugues, chercheur à l’Inrae (Institut national de l’agriculture, de l’alimentation et de l’environnement), explique à Euronews Green :
« On peut identifier trois grandes catégories de massifs montagneux en Europe. Un groupe bénéficie d’altitudes et de conditions plutôt favorables : les Alpes intérieures, principalement en France, en Suisse et en Autriche. Un deuxième groupe comprend des situations intermédiaires, beaucoup plus vulnérables aux conditions climatiques, comme dans le cas des Alpes slovènes ou des Pyrénées. Enfin, il y a des territoires que la crise climatique a déjà poussés à l’extrême : les montagnes de la péninsule ibérique ou les Apennins en Italie. »
François Hugues, chercheur à l’Inrae
Des solutions comme la neige artificielle sont déjà utilisées, mais elles ne sont pas sans inconvénients. Une étude de l’OCDE datant de 2007 souligne l’importance de la « règle des cent jours », qui stipule qu’une station doit pouvoir être ouverte au moins 100 jours par an avec au moins 30 centimètres de neige naturelle pour être rentable.
La production de neige artificielle est coûteuse (entre 30 et 40 000 euros pour enneiger un kilomètre de piste, selon l’agence AGI) et consommatrice d’eau. Pour un enneigement de base d’un hectare, il faut au moins un million de litres d’eau, soit mille mètres cubes, selon le WWF, ce qui équivaut à la consommation annuelle d’une ville de 1,5 million d’habitants.
L’Union européenne a souligné, dans la révision de son plan d’action pour la région alpine communiqué le 11 décembre 2025, la nécessité d’une gestion coordonnée des ressources en eau face à la crise climatique.
Les coûts croissants affectent également les skieurs : les dépenses liées au ski en Europe ont augmenté de 34,8 % en moyenne depuis 2015, avec des hausses particulièrement importantes en Suisse, en Autriche et en Italie. Christophe Clivaz, maître de conférences à l’Université de Lausanne, estime que
« Le ski deviendra un sport de riches. C’est déjà le cas, mais cela le sera de plus en plus car les coûts d’entretien des pistes vont augmenter. Sans compter que le ski nécessite d’acheter ou de louer des skis et des chaussures. Et puis des vestes, des pantalons, des gants, des lunettes. Aujourd’hui déjà, dans un pays comme la Suisse, une grande partie de la population n’a pas les moyens de skier, notamment les familles nombreuses. »
Christophe Clivaz, maître de conférences à l’Université de Lausanne
À Roccaraso, dans les Abruzzes, un forfait de ski coûte aujourd’hui 60 €, contre 47 € en 2021. À Livigno, à la frontière suisse, l’augmentation a été de 38 % entre 2021 et 2025. Les stations alpines qui resteront viables attireront une clientèle fortunée, ce qui pourrait avoir des conséquences environnementales négatives en raison de l’augmentation des émissions liées aux voyages.
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