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Facteurs de risque cardiovasculaire chez les adultes ayant contracté le VIH périnatal

by Sophie Martin

Publié le 5 janvier 2026. Malgré les progrès thérapeutiques, les personnes vivant avec le VIH présentent un risque cardiovasculaire accru, souvent sous-estimé par les outils d’évaluation classiques. Une étude britannique met en lumière la prévalence de l’hypertension et du syndrome métabolique chez les patients ayant contracté le virus dès l’enfance.

  • Près d’un tiers des jeunes adultes vivant avec le VIH depuis la naissance présentent un risque élevé de lésions athéroscléreuses.
  • Les calculateurs de risque cardiovasculaire traditionnels tendent à sous-estimer ce risque chez cette population spécifique.
  • L’exposition à certains traitements antirétroviraux, notamment les inhibiteurs de protéase, semble associée à un risque accru.

Les maladies cardiovasculaires représentent une cause majeure de décès chez les personnes séropositives, même en contexte de traitement antirétroviral (ART) efficace. Ce risque plus élevé s’explique par une combinaison de facteurs, incluant des éléments classiques tels que le tabagisme, l’inactivité physique et le sexe masculin, mais aussi des mécanismes liés au VIH lui-même : inflammation chronique, activation immunitaire et toxicité potentielle des traitements. Chez les personnes infectées dès la naissance, ces derniers facteurs pourraient être exacerbés par une exposition prolongée au virus.

Des études récentes menées aux États-Unis ont révélé une forte prévalence de comorbidités non liées au VIH – diabète, hyperlipidémie, hypertension artérielle, insuffisance rénale chronique – chez les adultes âgés de 18 à 30 ans. Face à ces constats, une équipe de chercheurs britanniques a entrepris d’évaluer la prévalence de l’hypertension et du syndrome métabolique dans une cohorte de patients ayant contracté le VIH de manière périnatale, et d’estimer leur risque cardiovasculaire.

Matériels et méthodes

L’étude rétrospective a analysé les dossiers médicaux d’un service spécialisé dans la prise en charge des personnes vivant avec le VIH, infectées dès l’enfance. Les participants étaient des adultes âgés de 18 à 40 ans. Les principaux critères d’évaluation étaient la prévalence de l’hypertension, du syndrome métabolique et un score élevé au test PDAY (Pathobiological Determinants of Atherosclerosis in Young adults), un outil validé pour estimer le risque de lésions athéroscléreuses au niveau des artères coronaires et de l’aorte abdominale. Ce score, développé initialement chez des adultes non infectés par le VIH, prend en compte les facteurs de risque cardiovasculaire classiques et un score supérieur ou égal à 1 est associé à une augmentation du risque de lésions de 18 % (artères coronaires) et 29 % (aorte abdominale). Les facteurs pris en compte pour le calcul du PDAY incluent le taux de HDL-cholestérol, le taux de cholestérol non-HDL, le tabagisme, l’hypertension, un indice de masse corporelle (IMC) supérieur à 30 kg/m² et le contrôle glycémique.

Résultats

Les données ont été recueillies auprès de 225 personnes vivant avec le VIH, infectées dès la naissance, âgées de 18 à 40 ans. La majorité des participants se sont identifiés comme noirs et de sexe féminin. L’âge médian était de 27 ans. 83 % des participants avaient une charge virale indétectable (< 50 copies/mL). Chez les patients présentant une virémie, la charge virale médiane était de 470 copies/mL (intervalle interquartile = 121 – 4090). La durée médiane de suivi avec un traitement antirétroviral était de 19 ans, avec un taux de CD4 médian de 634 cellules/mm³.

21 participants (9 %) souffraient d’hypertension artérielle, définie selon les critères de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) comme une tension artérielle systolique et diastolique supérieure ou égale à 140/90 mmHg lors d’au moins trois consultations. Parmi ceux-ci, 62 % avaient un IMC supérieur ou égal à 25 et 20 % présentaient un syndrome métabolique. Les patients hypertendus étaient significativement plus âgés que les autres et avaient plus souvent reçu un traitement à base d’inhibiteurs de protéase (IP). Ils présentaient également une proportion plus élevée d’antécédents de maladies définissant le stade SIDA (p = 0,01).

En utilisant les critères de l’American Heart Association (AHA) – tension artérielle systolique et diastolique supérieure ou égale à 130/80 mmHg lors d’au moins trois consultations – 48 participants (21 %) étaient considérés comme hypertendus. Environ 65 % d’entre eux avaient un IMC supérieur ou égal à 25 et 13 % souffraient du syndrome métabolique. Là encore, les patients hypertendus étaient significativement plus âgés (p = 0,01). Une différence significative a également été observée entre les deux groupes en termes de taux minimal de cellules T-CD4, de durée du traitement antirétroviral et d’antécédents de maladies définissant le stade SIDA. De plus, une proportion plus importante de patients hypertendus avait été exposée à des schémas thérapeutiques contenant des inhibiteurs de protéase ou de l’abacavir.

Six participants répondaient aux critères diagnostiques du syndrome métabolique. La prévalence du syndrome métabolique était significativement plus élevée chez les patients hypertendus, quelle que soit la définition utilisée (OMS ou AHA).

Le score PDAY a pu être calculé pour 162 participants. 92 (57 %) et 82 (51 %) présentaient un score supérieur ou égal à 1 pour les artères coronaires et l’aorte abdominale, respectivement. L’analyse univariée a révélé que le sexe masculin, la charge virale du VIH, le stade CDC actuel, l’utilisation actuelle d’inhibiteurs de protéase, l’utilisation antérieure d’inhibiteurs de protéase et l’utilisation de lamivudine étaient associés à un score de risque coronarien élevé. En analyse multivariée, le sexe masculin, le stade CDC C et l’utilisation antérieure d’inhibiteurs de protéase sont restés statistiquement significatifs. Pour le score PDAY de l’aorte abdominale, une charge virale du VIH supérieure à 5 000 copies/mL et un stade CDC C étaient associés à un score élevé.

Facteurs de risque cardiovasculaire chez les adultes ayant contracté le VIH périnatal

Points clés et perspectives

L’étude révèle qu’un tiers des participants présentent un risque accru de lésions athéroscléreuses, malgré leur jeune âge et un bon contrôle virologique. Ces résultats suggèrent que les outils d’évaluation du risque cardiovasculaire traditionnels pourraient sous-estimer le risque chez cette population spécifique. Une surveillance plus étroite et une prise en charge proactive des facteurs de risque cardiovasculaire pourraient être nécessaires pour améliorer la santé à long terme des personnes vivant avec le VIH depuis l’enfance.

Pour en savoir plus : Le Brésil élimine la transmission verticale du VIH et enregistre la mortalité la plus faible depuis 32 ans.

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