Hollywood semble avoir une nouvelle obsession : réhabiliter les méchants. Des sorcières incomprises aux belles-mères injustement diabolisées, les figures traditionnellement antagonistes sont désormais au centre de récits qui cherchent à en révéler les motivations et à susciter l’empathie du public.
Ce penchant pour la réinterprétation des vilains a pris racine il y a plus de trente ans, avec « Terminator 2 : Le Jugement dernier » (1991). James Cameron, confronté à la popularité grandissante d’Arnold Schwarzenegger, alors devenu une star grâce à des rôles de héros musclés dans des films comme « Predator », « Commando » et « L’Homme courant », a pris un pari audacieux. Plutôt que de le cantonner à nouveau au rôle du tueur impitoyable, il a transformé son T-800 en protecteur de Sarah Connor (Linda Hamilton). Ce revirement a contribué à faire de « T2 » l’une des suites les plus réussies du cinéma moderne.
La tendance s’est confirmée plus récemment avec « Wicked : Pour le bien » qui explore les origines de la Méchante Sorcière de l’Ouest, incarnée par Cynthia Erivo, et révèle une femme incomprise, victime de préjugés et manipulée par le magicien Oz (Jeff Goldblum). Même Dorothy et ses amis se retrouvent à interagir avec cette version plus nuancée d’Elphaba à la fin du film.
En 2021, « Cruella » avait déjà amorcé ce mouvement en présentant Emma Stone dans le rôle d’une harpie obsédée par les dalmatiens, mais dont les motivations étaient, en fin de compte, compréhensibles. Variety avait même qualifié le personnage de « modèle inattendu ».
Cependant, toutes les tentatives de réhabilitation ne rencontrent pas le succès. « M3GAN 2.0 », la suite du film d’horreur/comédie surprise de 2022, a été un échec notable en 2025. Le public n’a pas semblé intéressé par la transformation de la robot tueuse en figure héroïque.
Malgré cet échec, les studios continuent d’explorer cette voie. Netflix proposera prochainement « Steps », un film qui revisite l’histoire de Cendrillon. Le synopsis promet une nouvelle perspective sur les « méchantes » belles-sœurs : « Vous croyez connaître les belles-sœurs ‘méchantes’ de Cendrillon ? Détrompez-vous ! Lorsque Lilith (Ali Wong), incomprise, est accusée d’avoir saboté le bal royal avec une baguette magique volée, elle transforme accidentellement sa sœur Margot (Stephanie Hsu) en grenouille et laisse le royaume entre les mains d’une princesse obsédée par les beaux garçons. Lilith doit alors s’allier à Cendrillon (et à un troll étonnamment charmant) pour sauver le royaume, réparer le conte de fées brisé et prouver que même les soi-disant méchants méritent une chance de vivre heureux pour toujours. »
Un autre projet est en cours, cette fois basé sur Gaston, l’antagoniste de « La Belle et la Bête ». Il est peu probable que ce film explore les aspects les plus désagréables du personnage, mais plutôt qu’il invite le public à reconsidérer ses motivations.
Cette tendance à réhabiliter les méchants répond à plusieurs enjeux, notamment la reconnaissance de la marque et un certain malaise face aux personnages purement héroïques. Elle s’inscrit également dans la lignée des anti-héros populaires ces dernières années, tels que Walter White (« Breaking Bad »), Tony Soprano (« Les Soprano »), les membres de la Suicide Squad, Venom ou encore Dexter Morgan (« Dexter ») et Don Draper (« Mad Men »).
Ce phénomène soulève également une question plus fondamentale : Hollywood semble parfois avoir du mal à concevoir des figures héroïques convaincantes. Il a fallu attendre longtemps pour voir Superman revenir sur grand écran, et la version de Zack Snyder (« Man of Steel ») arborait une apparence plus sombre et était confrontée à des doutes existentiels. Ce n’est que récemment, avec le film de James Gunn, que le Superman plus optimiste et attachant des générations précédentes a fait son retour.
Le genre des super-héros continue généralement de privilégier les figures héroïques, même si certains personnages sont confrontés à des dilemmes moraux (« Captain America: Brave New World ») ou luttent pour faire le bon choix (« Thunderbolts »). Il n’est donc pas surprenant que des films mettant en scène des héros sans ambiguïté, comme « Sound of Freedom » et « Top Gun: Maverick », attirent un large public. Une approche simple et directe, sans compromis ni fascination pour le côté obscur.