Publié le 6 janvier 2024 20h58. Le premier roman d’Ulrich Alexander Boschwitz, Mélange berlinois, publié en 1937, offre un portrait saisissant et sombre de l’Allemagne de la fin des années 1920, une époque de misère sociale et de montée des extrémismes qui résonne étrangement avec les préoccupations contemporaines.
- L’œuvre dépeint une société berlinoise en proie à la pauvreté, au chômage et à la violence, exacerbés par les conséquences de la Première Guerre mondiale et la crise économique.
- Boschwitz explore la déshumanisation et le désespoir des marginaux, des mendiants aux prostituées, en passant par les anciens combattants traumatisés.
- Le roman, récemment traduit en anglais, témoigne de la clairvoyance de l’auteur face à la montée du nazisme et aux dangers de l’instabilité sociale.
Mélange berlinois, écrit par Ulrich Alexander Boschwitz à l’âge de 22 ans, plonge le lecteur au cœur d’un Berlin en pleine décomposition. La ville, rongée par l’inflation, le chômage et les dettes de guerre, est un terrain fertile pour la misère et le désespoir. Les rues sont peuplées de mendiants, de prostituées et de personnes souffrant de troubles mentaux, victimes des traumatismes de la Grande Guerre. La nuit, ils se réfugient dans des bars sordides pour noyer leur chagrin dans l’alcool.
Boschwitz ne se contente pas de décrire la pauvreté matérielle, il explore également la détresse psychologique et morale de ses personnages. Fundholz, un ancien ouvrier devenu mendiant, confie :
« Chaque joie de la vie, tout, il faut payer. »
Fundholz, mendiant
Cette phrase résume l’atmosphère générale du roman, où la survie est une lutte constante et où les illusions se dissipent les unes après les autres.
L’auteur s’attache à rendre compte de la réalité granulaire de la pauvreté, des difficultés à se nourrir avec quelques légumes racines et du pain rassis aux stratégies de survie les plus désespérées. Il dépeint également les personnages hauts en couleur qui peuplent le Jolly Huntsman, un bar de quartier où se croisent proxénètes, vétérans alcooliques et autres marginaux. Parmi eux, Sonnenberg, un ancien combattant aveugle, dont la violence envers sa femme Elsi illustre la brutalité et le désespoir qui règnent dans la société de l’époque.
La publication de Mélange berlinois, longtemps resté inédit en dehors de l’Allemagne et de la Suède, intervient dans un contexte de regain d’intérêt pour la période de la République de Weimar. Le succès de séries télévisées comme Babylon Berlin sur Netflix et de romans tels que Le Directeur de Daniel Kehlmann, qui explore l’univers du cinéaste G.W. Pabst, témoignent de cette fascination pour cette époque trouble et décadente. Vertigo par Harald Jähner, une critique des années condamnées et décadentes de Weimar, explore également cette période.
La vie tragique d’Ulrich Alexander Boschwitz reflète le destin de toute une génération d’intellectuels et d’artistes persécutés par le nazisme. Né à Berlin en 1915, il fut contraint de fuir l’Allemagne en 1935 avec sa mère, après la mort de son père. Il trouva refuge en Norvège, puis en France et en Angleterre, avant d’être interné en Australie en tant qu'”ennemi étranger” au début de la Seconde Guerre mondiale. Libéré en 1942, il périt dans le naufrage d’un navire torpillé dans l’Atlantique Nord, à l’âge de 27 ans. Son autre roman, Le Passager, un thriller se déroulant dans l’Allemagne nazie, a connu un succès posthume après sa réédition en 2021.
Mélange berlinois, bien que moins abouti que Le Passager, offre un témoignage poignant et lucide sur les dangers de l’instabilité sociale et de la montée des extrémismes. L’auteur pressentait déjà les catastrophes à venir, comme en témoigne cette prédiction glaçante :
« Il faut s’attendre à ce que dans les années à venir nous connaissions des épisodes d’anéantissement entièrement nouveaux. »
Mélange berlinois par Ulrich Alexander Boschwitz, traduit par Philip Boehm (Presse Pouchkine, 18,99 £, 256 pages). Pour commander un exemplaire, rendez-vous sur timesbookshop.co.uk. Frais de port standard au Royaume-Uni gratuits pour les commandes supérieures à 25 £. Remise spéciale disponible pour les membres Times+.
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