Publié le 7 janvier 2026. L’opération américaine ayant mené à la capture du président vénézuélien Nicolás Maduro suscite des inquiétudes quant à un possible effet d’entraînement pour la Russie et la Chine, qui pourraient être tentées d’actions similaires en Ukraine et à Taïwan. Des experts soulignent toutefois que les capacités militaires et l’expérience de ces pays ne leur permettent pas de reproduire aisément ce type d’opération.
- La capture de Maduro par les États-Unis a soulevé la question de la légitimité des interventions ciblant des chefs d’État étrangers.
- Des analystes américains mettent en garde contre le risque que Moscou et Pékin interprètent cette action comme un feu vert pour des opérations comparables.
- L’écart significatif entre les capacités militaires américaines et celles de la Russie et de la Chine constitue un facteur majeur limitant les options de ces derniers.
L’opération américaine au Venezuela, qui a abouti à la capture du président Nicolás Maduro, a provoqué une onde de choc diplomatique et stratégique. Certains observateurs et responsables américains ont immédiatement tiré la sonnette d’alarme, craignant que cet acte ne puisse encourager la Russie et la Chine à envisager des actions similaires dans leurs sphères d’influence. La logique est simple : si Washington ne reconnaît pas la légitimité du régime de Maduro, Moscou et Pékin ne reconnaissent pas non plus l’indépendance de l’Ukraine et de Taïwan.
La question se pose alors avec acuité : si la Chine venait à s’emparer du président taïwanais Lai Ching-te, ou si la Russie parvenait à capturer le président ukrainien Volodymyr Zelensky, quelle serait la réaction des États-Unis ? Pourraient-ils légitimement s’opposer à de telles actions, alors qu’ils ont eux-mêmes franchi le pas au Venezuela ?
L’apparente facilité avec laquelle l’opération a été menée a contribué à alimenter ces interrogations. Pour les non-initiés, le tableau peut sembler simple : des hélicoptères arrivent, extraient la cible et repartent sans rencontrer de résistance significative. Certains ont même émis l’hypothèse que Maduro aurait été abandonné par son propre gouvernement dans le cadre d’un accord secret selon certains observateurs.
Il est tentant de penser que la Russie et la Chine s’abstiennent de telles actions par respect des normes internationales, tandis que les États-Unis, sous la présidence de Donald Trump, seraient moins préoccupés par les considérations morales. Cette analyse est toutefois erronée. En réalité, aucune norme internationale n’interdit formellement de cibler des dirigeants étrangers. La Russie l’a démontré dès les premiers jours de son invasion à grande échelle de l’Ukraine en 2022, et la Chine intègre déjà cette possibilité dans sa planification militaire en cas de crise à Taïwan.
L’opération américaine au Venezuela ne doit pas masquer la complexité et les ressources considérables qu’elle a impliquées. Des milliers de militaires américains et des agents de renseignement ont travaillé en étroite collaboration, en utilisant des technologies de pointe. L’opération a été menée par les forces les plus élitistes des États-Unis, avec le recours à des cyberattaques, du renseignement clandestin, des frappes préparatoires contre les défenses aériennes vénézuéliennes et l’utilisation d’hélicoptères hautement spécialisés pilotés par des experts. Les États-Unis disposent d’une combinaison unique de technologie de pointe et de décennies d’expérience dans la conduite d’opérations spéciales à haut risque.
La Russie a tenté une opération similaire au début de l’invasion de l’Ukraine, en infiltrant des agents à Kiev avec pour mission de capturer Zelensky et de le retenir jusqu’à l’arrivée des troupes aéroportées à Hostomel. L’opération a échoué, les unités aéroportées russes subissant de lourdes pertes et le réseau d’agents à Kiev étant démantelé. Depuis, Moscou s’est concentrée sur une stratégie de force brute, abandonnant les opérations spéciales au profit d’attaques massives. La bataille de l’aéroport d’Hostomel illustre parfaitement cet échec.
L’armée chinoise, bien que technologiquement plus avancée que l’armée russe, souffre d’un manque cruel d’expérience au combat. La dernière guerre majeure à laquelle la Chine a participé remonte à 1979, lors du conflit sino-vietnamien. Le renouvellement du personnel au sein de l’Armée populaire de libération (APL) est rapide, et il est difficile de retenir les sous-officiers expérimentés. La Chine manque donc d’un encadrement de vétérans capables de former la prochaine génération à la conduite d’opérations spéciales complexes. L’APL s’entraîne certes à simuler de telles opérations, et a même construit une réplique grandeur nature du bureau présidentiel taïwanais dans un centre d’entraînement, mais la simulation ne remplace pas l’expérience réelle.
De plus, Taïwan n’est pas aussi vulnérable que le Venezuela. L’armée taïwanaise, bien que manquant d’expérience récente en matière de combat, est très performante dans la surveillance et l’interdiction des activités aériennes hostiles, et dispose de systèmes d’alerte précoce sophistiqués. Pour réussir une opération comparable à celle menée au Venezuela, la Chine devrait frapper des centaines de cibles, ce qui nécessiterait des jours de frappes préparatoires et permettrait aux dirigeants taïwanais de se disperser. Capturer Lai Ching-te dans sa résidence sécurisée à Taipei n’est pas une opération envisageable sans une invasion à grande échelle, qui marquerait le début d’une guerre.
L’APL semble consciente de ces difficultés et a opté pour une approche plus simple : bombarder les dirigeants taïwanais. Lors d’exercices militaires récents, la Chine s’est entraînée à bloquer Taïwan et à mener des frappes de précision contre les forces taïwanaises. Un commentateur du média officiel Militaire chinois en ligne a décrit la « décapitation des dirigeants » comme un objectif central de ces exercices, signalant que l’APL peut « imposer à tout moment des mesures punitives précises contre les principaux instigateurs ». Un message clair, bien que peu subtil.
L’opération américaine au Venezuela met en évidence la tendance des États-Unis à sous-estimer la perception de leur propre supériorité militaire. Les forces américaines sont si performantes que leurs opérations peuvent sembler presque magiques. Au cours de la dernière année, les États-Unis ont mené des opérations de combat au Yémen, en Iran et au Venezuela sans perdre un seul avion piloté sous le feu ennemi. En revanche, les forces russes perdent régulièrement des avions de combat en Ukraine, et l’APL est consciente de la supériorité tactique américaine au point que ses pilotes s’entraînent à éviter le combat aérien.
Cela ne signifie pas pour autant que la Russie et la Chine ne représentent pas une menace. Elles compensent leur infériorité tactique par la force brute, ce qui peut être efficace dans certains contextes, mais pas dans le domaine des opérations spéciales de précision. La Russie et la Chine ne seront pas « encouragées » à mener des opérations ciblant leurs dirigeants dans un avenir proche, non pas en raison de normes internationales, mais simplement parce que la Chine ne se croit pas prête et que la Russie a déjà tenté le coup et a échoué.