Publié le 7 janvier 2026 à 13h03. Après l’arrestation du président vénézuélien Nicolás Maduro par les États-Unis, l’administration Trump relance une vieille idée : prendre le contrôle du Groenland, suscitant l’inquiétude en Europe et une réponse ferme de Copenhague et de Nuuk.
- Les États-Unis réitèrent leur intérêt pour le contrôle du Groenland, invoquant des raisons de sécurité nationale.
- Le Danemark et le Groenland affirment fermement leur souveraineté et rejettent les revendications américaines.
- L’Europe est confrontée à la question de savoir comment réagir à cette provocation et au risque d’une intervention américaine.
La récente arrestation de Nicolás Maduro par les États-Unis a ravivé un projet délaissé de l’administration Trump : l’acquisition du Groenland. Washington justifie cette ambition par des impératifs de sécurité nationale, ravivant les tensions avec le Danemark et le gouvernement groenlandais. Les premiers ministres danois, Mette Frederiksen, et groenlandais, Jens-Frédérik Nielsen, ont immédiatement condamné ces revendications, réaffirmant leur attachement à la souveraineté du Groenland.
Le Groenland, loin d’être un territoire isolé, revêt une importance stratégique considérable pour l’ensemble de l’Europe. En tant que Pays et territoire d’outre-mer de l’Union européenne, il bénéficie d’un statut particulier. Les habitants du Groenland sont citoyens du Royaume du Danemark et, par conséquent, citoyens de l’UE, jouissant de la libre circulation. Sa position géographique en fait un point névralgique de l’Arctique, un espace de plus en plus convoité en raison de ses ressources naturelles et de l’ouverture de nouvelles routes maritimes induites par le changement climatique. Le contrôle du Groenland conférerait une influence significative sur la politique de sécurité européenne.
Face à cette nouvelle provocation américaine, l’Europe se trouve à un carrefour. Une première option consiste à adopter une attitude prudente, en espérant que les institutions américaines et la Constitution limiteront les ambitions de l’administration Trump. Cette stratégie, bien que réaliste, présente des risques. Elle pourrait être interprétée comme un manque de fermeté et encourager les États-Unis à agir unilatéralement. La présence militaire américaine déjà établie au Groenland, notamment à la base de Pituffik, faciliterait une intervention potentielle, permettant de renverser le gouvernement légitime de Nuuk et d’exploiter les ressources naturelles du territoire.
Une seconde voie, plus audacieuse, serait une coopération renforcée entre les pays européens, le Danemark et le gouvernement groenlandais. Cela pourrait se traduire par le déploiement de forces militaires européennes supplémentaires à Nuuk, afin de soutenir les structures existantes et d’assurer une protection aérienne et navale. Une telle démonstration de force enverrait un signal politique fort et répondrait à un besoin objectif de sécurité dans un contexte arctique de plus en plus contesté.
Plusieurs dirigeants européens ont déjà exprimé leur soutien à l’intégrité territoriale du Groenland. Le président français, Emmanuel Macron, avait réaffirmé en juin 2025 son
« soutien indéfectible »
Emmanuel Macron, président de la République française
pour le Groenland lors d’une visite à Nuuk. Le président finlandais, Alexandre Stubb, a adopté une position similaire. Récemment, plusieurs pays européens ont publié une déclaration commune en faveur du Groenland, bien que le gouvernement allemand ait initialement affiché une certaine prudence.
Cependant, une simple convergence de vues et des déclarations de soutien ne suffisent pas à garantir la sécurité du Groenland. Les pays de l’Union européenne doivent prendre conscience qu’une stratégie efficace nécessite une coopération militaire étroite. L’administration Trump a raison sur un point : le Danemark seul ne peut assurer la sécurité du Groenland. Seule une action collective européenne structurée permettra de répondre à ce défi. L’UE dispose déjà d’un outil pertinent, la Capacité de déploiement rapide de l’UE, dont l’activation ne serait pas perçue comme une provocation, mais comme un signe de maturité stratégique et d’unité européenne.
Les dirigeants européens doivent élaborer une stratégie en étroite collaboration avec le gouvernement de Nuuk, en respectant la souveraineté groenlandaise, comme l’a souligné Alexandre Stubb :
« Personne ne décide pour le Groenland et le Danemark, sauf le Groenland et le Danemark eux-mêmes »
Alexandre Stubb, président de la Finlande
.
Même en cas de déploiement de forces danoises et européennes, les États-Unis pourraient décider d’annexer le Groenland. Toutefois, une présence militaire accrue rendrait une telle action beaucoup plus coûteuse, tant sur le plan politique que militaire, et pourrait susciter des résistances internes aux États-Unis. Une démonstration de force européenne pourrait également ouvrir la voie à des négociations sérieuses avec Washington. La base américaine au Groenland pourrait alors être renforcée, dans le cadre d’une coopération mutuellement bénéfique, dans l’intérêt de la sécurité transatlantique. Il convient de rappeler que pendant la guerre froide, jusqu’à 10 000 soldats américains étaient stationnés au Groenland, en vertu de l’accord de défense de 1951, qui engage toujours les États-Unis et le Danemark à défendre le territoire. En agissant avec détermination, l’Europe modifierait également le contexte politique intérieur américain et définirait une nouvelle relation transatlantique, permettant au peuple groenlandais de choisir son propre avenir.
L’Europe doit agir sans délai, aux côtés de Copenhague et de Nuuk, avec calme, détermination et coordination. Les expressions de solidarité doivent se traduire par une stratégie militaire concrète. Une démonstration de force européenne pourrait même déboucher sur une coopération accrue avec les États-Unis au Groenland.
Des versions préliminaires de cet article ont été publiées dans Le Monde et dans Journal du Handelsblatt.
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