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Du poisson au lieu de la restauration rapide | Actualités UZH

by Sophie Martin

Publié le 8 janvier 2024 06:29:00. L’essor de l’agriculture, il y a 7 000 ans, a profondément modifié notre physiologie, notamment notre capacité à digérer le lactose et les féculents. Une évolution génétique qui continue de façonner notre alimentation et notre santé intestinale aujourd’hui.

  • La consommation de lait, initialement réservée aux nourrissons, est devenue possible à l’âge adulte grâce à des mutations génétiques apparues dans certaines populations.
  • L’augmentation massive de la consommation de féculents avec l’agriculture a entraîné des adaptations de notre système digestif, mais peut poser problème avec les régimes restrictifs en glucides.
  • Une alimentation équilibrée, riche en fibres, en végétaux et modérée en protéines animales, reste la clé d’une bonne santé, selon les recommandations actuelles.

L’avènement de l’agriculture, il y a environ 7 000 ans, au Néolithique, a marqué un tournant décisif dans l’histoire de l’humanité. Ce bouleversement a non seulement conduit à la sédentarisation des populations et à la domestication des plantes et des animaux, mais a également déclenché une série d’adaptations biologiques chez l’homme. Parmi ces adaptations, la capacité à digérer le lactose à l’âge adulte et la gestion de quantités importantes de féculents sont particulièrement notables.

La digestion du lait est, chez la plupart des mammifères, limitée à la période de l’enfance. L’enzyme responsable de cette digestion, la lactase, cesse généralement de se produire après le sevrage. Pourtant, depuis le Néolithique, des populations humaines ont développé la capacité de continuer à digérer le lactose grâce à des mutations génétiques. Ces mutations ont été observées notamment en Europe, au Moyen-Orient et dans certaines régions d’Afrique, tandis qu’elles restent rares en Asie.

« C’est un processus d’évolution, cette enzyme mutée est encore en train de se propager. »

Nicole Bender, médecin évolutionniste

Même au sein d’une même région géographique, la tolérance au lactose peut varier considérablement, et diminuer avec l’âge. Cette variabilité souligne le caractère continu de l’évolution en action.

Parallèlement à l’évolution de la digestion du lactose, l’agriculture a entraîné une augmentation spectaculaire de la consommation de féculents. Les céréales, l’orge, les pommes de terre, le riz et le maïs sont devenus des piliers de l’alimentation humaine, transformés en pain, en bouillies, en galettes et autres préparations. Cette abondance de glucides a mis à rude épreuve le système digestif, qui a dû s’adapter pour gérer ces nouvelles sources d’énergie.

Selon Nicole Bender, cette adaptation représente l’un des changements génétiques les plus récents ayant façonné notre alimentation actuelle. Elle met en garde contre les régimes populaires à faible teneur en glucides, soulignant l’importance des fibres pour la santé intestinale.

« Le problème est la consommation réduite de fibres. Les fibres sont essentielles à la santé intestinale. Certains d’entre eux sont absents de l’alimentation moderne. »

Nicole Bender, médecin évolutionniste

De nombreuses personnes se plaignent de ballonnements ou de troubles digestifs après avoir consommé des pâtes ou du pain. Nicole Bender explique que ces symptômes peuvent être liés au blé moderne, riche en gluten et souvent associé à des additifs utilisés pour optimiser la production. Nos organismes ne sont pas toujours préparés à traiter ces aliments ultra-transformés.

Faut-il pour autant adopter un régime paléo, inspiré de l’alimentation de l’âge de pierre ? Nicole Bender tempère cet enthousiasme, jugeant ce régime trop riche en viande. Elle préconise une alimentation équilibrée, à base de légumes, de fruits, de céréales complètes, de légumineuses et de fruits à coque, complétée par une consommation modérée de protéines animales (viande et poisson). Cette approche correspond aux recommandations de la pyramide alimentaire de l’Office fédéral de la santé publique, où elle est responsable du chapitre lait et produits laitiers. Privilégier les produits frais, de saison et biologiques, produits localement, est également un conseil essentiel.

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