Publié le 9 janvier 2026 à 14h30. En Indonésie, où la communauté chrétienne est minoritaire, une église mennonite encourage ses fidèles à repenser le sapin de Noël traditionnel en plantant un arbre vivant, symbole d’engagement envers la création et une expression tangible de leur foi.
Pour beaucoup de chrétiens en Indonésie, le sapin de Noël est plus qu’une simple décoration : c’est un marqueur identitaire. Pourtant, certains, comme Danang Kristiawan, un membre de l’Église mennonite javanaise (GITJ) à Jepara, remettent en question la pertinence de cette tradition, surtout face aux préoccupations environnementales. « Ce n’est pas un arbre, dis-je souvent à mes enfants. C’est du plastique qui finira stocké dans un entrepôt comme une poubelle. »
Danang Kristiawan et sa congrégation ont donc décidé de réinventer ce symbole. L’idée est simple : remplacer un sapin artificiel ou coupé par un arbre vivant, planté et entretenu par la communauté. Ce changement de perspective ne se limite pas à un geste écologique, mais devient une expression concrète de leur foi et de leur engagement envers la création divine.
Cette démarche s’inscrit dans une tradition spirituelle javanaise qui considère la nature comme un moyen de se connecter au divin. L’arbre, en particulier, occupe une place centrale dans la cosmologie locale. Il est représenté par le Kayon, l’arbre de vie, symbole du centre de l’univers et de tous les éléments de l’existence. Cette image résonne avec le concept du Christ cosmique, mentionné dans la lettre aux Colossiens (1:17), en qui toutes choses ont été créées et trouvent leur raison d’être.
« Choisir un arbre vivant comme sapin de Noël nous rappelle que le Christ est le cœur de toute réalité », explique Danang Kristiawan. « Le planter devient un symbole du Christ incarné, présent à l’humanité et à toute la création. »
Au-delà de la symbolique, planter un arbre vivant permet de considérer l’histoire du salut dans sa totalité, depuis la Création jusqu’à la restauration promise dans l’Apocalypse (22:2). L’arbre incarne le cycle de la vie : de la graine à la croissance, en passant par la fructification et le retour à la terre, laissant place à une nouvelle vie. C’est une manière de vivre la foi non pas seulement dans la liturgie de l’Église, mais aussi dans la liturgie de la vie quotidienne.
Cette approche s’inscrit également dans la sagesse javanaise du ngrawat, qui prône la nécessité de nourrir la beauté et l’harmonie du monde. Il s’agit de considérer la nature non pas comme un objet à exploiter, mais comme un partenaire dont il faut préserver l’équilibre. L’incarnation du Christ, en choisissant d’être présent et impliqué dans le monde, offre un fondement théologique à cette éthique.
Danang Kristiawan a planté un arbre Kalpataru devant sa maison en 2019, que sa famille considère désormais comme leur sapin de Noël. Il raconte que cet arbre a même eu un impact tangible sur leur quotidien : depuis qu’il a poussé, leur puits n’a pas tari pendant la saison sèche, un problème qu’ils rencontraient chaque année auparavant. « Planter un sapin de Noël vivant, c’est vivre la présence du Christ qui donne la vie », conclut-il. « C’est une manière de participer concrètement à entretenir la vie et à nourrir l’espoir. »
L’idée est maintenant de transformer cette pratique en un rituel communautaire, où chaque célébration de Noël se terminerait par la plantation d’un arbre, un signe durable de l’engagement envers la terre et une expression concrète de la foi.

