Crans-Montana est en deuil après l’incendie d’un bar qui a fait 40 morts et 116 blessés, dont beaucoup sont dans un état critique. La tragédie a mis en lumière de graves lacunes dans les contrôles de sécurité incendie et relance le débat sur l’efficacité du système politique décentralisé suisse.
Le drame s’est produit la nuit du Nouvel An. L’annonce de l’incendie au bar Le Constellation a d’abord provoqué un choc, tant un tel désastre semblait impensable en Suisse. Rapidement, le choc a laissé place au deuil et à l’indignation.
Cette semaine, le maire de Crans-Montana, Nicolas Feraud, a révélé que le bar n’avait pas été inspecté depuis 2019. Or, dans le canton du Valais, où se situe Crans-Montana, les inspections de sécurité incendie relèvent de la responsabilité des maires et doivent être réalisées annuellement. Le maire a admis n’avoir eu connaissance de cette absence de contrôle qu’après l’incendie. Il a également indiqué que seuls 40 des 128 bars et restaurants de la station avaient été contrôlés en 2025.
Interrogé sur les raisons de ce retard, Nicolas Feraud n’a pas su fournir d’explication claire, évoquant un manque d’inspecteurs face au nombre de commerces à vérifier. Romy Biner, la maire de Zermatt, une autre station valaisanne, a confirmé que de nombreuses communes du canton manquaient de ressources pour assurer des contrôles réguliers.
La révélation a suscité une vague de critiques. Lors d’une conférence de presse, les journalistes ont interrogé le maire Feraud sur ses liens avec les propriétaires du bar, ses éventuelles fréquentations du lieu et la possibilité d’une quelconque corruption. « Absolument pas », a-t-il répondu avec véhémence.
Sur les réseaux sociaux, une mère dont les deux fils ont survécu à l’incendie a exprimé sa colère et son désespoir : « Nous avons besoin de réponses complètes et transparentes d’urgence. » Elle a raconté que ses fils avaient initialement cru l’un l’autre mort dans la panique de l’évacuation. « Ils sont sortis, mais ils sont profondément traumatisés. Ils porteront à jamais des cicatrices émotionnelles. »
Cette tragédie met en question le fonctionnement du système politique suisse, caractérisé par une forte décentralisation. Les élus locaux, en plus de la sécurité incendie, sont responsables de la gestion des écoles, des services sociaux et de la perception des impôts. La plupart exercent ces fonctions à temps partiel, cumulant leur mandat avec leur activité professionnelle.
Les réactions à la conférence de presse de Nicolas Feraud ont été virulentes. De nombreux observateurs ont réclamé sa démission ainsi que celle de ses collègues. Le maire a refusé, affirmant : « Nous avons été élus par le peuple. On ne quitte pas le navire en pleine tempête. »
La presse suisse a également été sans concession. Le quotidien Tagesanzeiger a qualifié la situation d’« échec généralisé », soulignant que « la réputation de la Suisse est désormais en jeu ». Le tabloïd Blick a parlé de « désastre total » et d’un « échec total des contrôles de sécurité incendie ».
La Suisse attache une grande importance à sa réputation de pays sûr, stable et fiable. Des crises passées, comme la faillite de Swissair il y a vingt ans et le sauvetage de la banque UBS en 2008, ont montré que les Suisses ne tolèrent pas que leur image soit ternie. Dans le cas de Swissair, la direction avait pris des risques financiers qui ont conduit à la faillite de la compagnie aérienne, surnommée autrefois « la banque volante ». En 2008, l’exposition excessive d’UBS aux prêts hypothécaires à risque avait provoqué une crise bancaire qui avait nécessité l’intervention des contribuables suisses.
L’indignation avait été vive, et lors de l’assemblée générale annuelle de la banque, des actionnaires âgés avaient exprimé leur colère en sifflant, en huant et en brandissant ironiquement des saucisses suisses.
L’incendie de Crans-Montana suscite un sentiment similaire de colère et de trahison. La gravité de la situation est cependant plus grande, car 40 personnes, dont de nombreux jeunes, ont perdu la vie et des dizaines d’autres ont été grièvement blessées.
Les autorités suisses ont promis une enquête « stricte et indépendante ». Matthias Reynard, le président du canton du Valais, était visiblement ému lors d’une cérémonie commémorative, promettant que « les autorités politiques compétentes » seraient tenues pour responsables. Le président suisse Guy Parmelin a déclaré qu’il espérait que justice serait rendue « sans délai et sans clémence ».
Le propriétaire du bar a été placé en détention et fait l’objet d’une enquête pénale. Le rôle des autorités locales sera également examiné. Des voix s’élèvent déjà dans le canton du Valais pour demander que l’inspection de la sécurité incendie soit retirée aux conseils municipaux et confiée aux autorités cantonales.
Romain Jourdan, l’avocat de certaines familles de victimes, a annoncé son intention de porter plainte contre la municipalité de Crans-Montana. Les familles, a-t-il précisé, « exigent que tous les responsables locaux soient interrogés, afin qu’une telle tragédie ne se reproduise plus ».
Au-delà de l’enquête, une profonde introspection est en cours au niveau national. Les Suisses veulent comprendre comment leur système de décentralisation, qu’ils considéraient comme presque parfait, a pu conduire à une telle catastrophe.
Dans les premières heures qui ont suivi l’incendie, beaucoup avaient salué la rapidité de l’intervention des services d’urgence. Cependant, cette fierté s’est estompée. À quoi servent des services d’urgence performants si les contrôles de sécurité de base sont négligés, s’interrogent les Suisses.
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