Publié le 2024-05-21 10:22:00. Une étude américaine révèle que le lait maternel transmet directement des bactéries bénéfiques à l’intestin des nourrissons, influençant le développement de leur système immunitaire et de leur métabolisme.
- La composition du microbiote intestinal du nourrisson est cruciale pour sa santé future.
- Des chercheurs ont identifié des bactéries, notamment du genre Bifidobacterium, présentes à la fois dans le lait maternel et dans les intestins des bébés.
- L’étude a également mis en évidence un transfert de gènes de résistance aux antimicrobiens par le lait maternel.
La première année de vie est une période charnière pour le développement du microbiote intestinal, cette communauté complexe de micro-organismes qui joue un rôle essentiel dans la santé. L’alimentation, et en particulier l’allaitement maternel, est un facteur déterminant dans la formation de ce microbiote. Recommandé comme alimentation exclusive pendant les six premiers mois, le lait maternel apporte non seulement des nutriments et des éléments immunologiques, mais aussi des micro-organismes qui peuvent influencer la stabilité et la diversité du microbiote intestinal du nourrisson.
Une étude publiée dans la revue Communications Nature a analysé 507 échantillons de lait maternel et les selles de 195 mères et de leurs bébés pendant les six premiers mois de leur vie. Les chercheurs ont découvert que certaines bactéries, en particulier celles du genre Bifidobacterium, étaient présentes à la fois dans le lait maternel et dans l’intestin des nourrissons, contribuant ainsi à la formation et au maintien de la flore intestinale des enfants.
Réalisée principalement aux États-Unis dans le cadre du projet Mères et nourrissons liés pour une croissance saine (MILK), cette étude a utilisé des analyses métagénomiques avancées pour suivre le transfert direct et persistant de bactéries du lait maternel vers le tractus intestinal des nourrissons. Les échantillons ont été collectés entre 2014 et 2023 dans les États du Minnesota et de l’Oklahoma, en se concentrant sur la période allant du premier au sixième mois après la naissance.
Les analyses ont révélé que le lait maternel, bien que moins riche en diversité microbienne que les selles des nourrissons, partage des genres bactériens clés, tels que les Bifidobacterium. L’étude a même identifié douze cas où la même souche bactérienne était présente à la fois dans le lait maternel et dans l’intestin du bébé, confirmant ainsi une transmission directe de la mère à l’enfant.
Outre les Bifidobacterium, des espèces telles que Staphylococcus epidermidis et Streptococcus salivarius ont également été identifiées. L’étude a également détecté la présence d’espèces potentiellement pathogènes, comme Escherichia coli et Klebsiella pneumoniae, dans le lait maternel, sans qu’elles ne provoquent de maladies chez les mères ou les bébés, ce qui témoigne de la diversité microbienne transmise par l’allaitement.
Une découverte surprenante a été l’observation de bactéries présentes dans la cavité buccale, comme Streptococcus salivarius et Veillonella parvula, dans le lait maternel. Cela suggère un phénomène de transfert rétrograde : lors de la succion, le bébé pourrait transférer des microbes de sa bouche vers le canal mammaire, intégrant ainsi ces espèces dans le microbiote du lait maternel.
Concernant la persistance des bactéries, l’étude indique qu’environ 19 % des souches présentes dans les selles au premier mois sont restées présentes jusqu’au sixième mois, ce qui suggère que certaines bactéries transmises par le lait maternel favorisent la stabilité à long terme du microbiote intestinal. Les bébés nés par voie vaginale ont présenté une plus grande persistance des souches que ceux nés par césarienne.
L’analyse a également révélé le transfert de gènes de résistance aux antimicrobiens par le lait maternel, une découverte considérée comme pertinente même en l’absence d’exposition préalable aux antibiotiques. La résistance aux tétracyclines, aux macrolides et aux aminosides prédominait dans le résistome intestinal des bébés.
« Le lait maternel est la source de nutrition exclusive recommandée pour les nourrissons au cours de leurs premiers mois de vie, mais des questions importantes demeurent sur le microbiome laitier. »
Pamela Ferretti, chercheur à l’Université de Chicago et auteur principal de l’étude
Les chercheurs soulignent que la relation observée entre la composition microbienne du lait et celle de l’intestin du nourrisson est plus marquée au niveau individuel qu’au niveau de la population, ce qui met en évidence l’influence de facteurs tels que la génétique et l’alimentation. Ils insistent sur la nécessité de mener des études longitudinales pour mieux comprendre comment le microbiote et les autres composants du lait maternel peuvent influencer la santé à long terme.
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