L’industrie de la voiture autonome, longtemps auréolée de promesses révolutionnaires, traverse une période de remises en question. Des déconvenues de Tesla aux difficultés rencontrées par General Motors avec son projet Cruise, le développement de véhicules capables de rouler sans intervention humaine s’avère plus complexe et coûteux que prévu.
Cependant, un nouvel élan est perceptible, porté par les avancées de l’intelligence artificielle et des collaborations stratégiques. Au cœur de cette dynamique se trouve Nvidia, le géant des puces spécialisé dans l’IA, qui offre aux constructeurs automobiles occidentaux une opportunité de rivaliser avec la Chine, où les technologies de conduite autonome progressent rapidement.
Les États-Unis, berceau de nombreuses innovations dans ce domaine, se trouvent à un tournant. Tesla, dont le PDG Elon Musk avait annoncé en 2019 la mise sur les routes d’un million de véhicules autonomes dès l’année suivante, a finalement lancé un service limité de robotaxis fin 2025, avec six ans de retard. Le principal obstacle réside dans la gestion des situations imprévues, ces « cas extrêmes » qui peuvent déstabiliser les systèmes autonomes.
Plusieurs constructeurs traditionnels ont d’ailleurs abandonné leurs propres programmes. General Motors a mis fin aux activités de Cruise après un incident impliquant un piéton, tandis que Ford a également renoncé à développer en interne des véhicules autonomes, jugeant l’investissement trop important. Seule Waymo, filiale d’Alphabet, continue de proposer des services de robotaxis de niveau 4 dans certaines villes américaines.
Parallèlement, la Chine prend de l’ampleur, soutenue par des politiques gouvernementales favorables et un déploiement rapide de ces technologies. Les constructeurs chinois contrôlent désormais environ 70 % de la production mondiale de véhicules électriques, et des entreprises comme BYD, Baidu et Pony.ai développent leurs propres services de robotaxis en Asie et au Moyen-Orient. Récemment, le gouvernement chinois a approuvé deux véhicules dotés de capacités de conduite autonome de niveau 3, autorisant une conduite sans intervention dans certaines conditions.
Lors du salon CES 2026 de Las Vegas, Nvidia a présenté Alpamayo, une plateforme conçue pour simplifier le développement de systèmes de conduite autonome. Cette solution complète fournit aux constructeurs automobiles les outils nécessaires pour créer des systèmes autonomes sans avoir à repartir de zéro : modèles de raisonnement, outils de simulation et ensembles de données pour l’entraînement de l’IA. Alpamayo est capable de traiter les informations provenant des capteurs (caméras, radars) et de prendre des décisions concernant la direction, le freinage et l’accélération, tout en justifiant son raisonnement.
L’originalité d’Alpamayo réside dans son caractère open source, permettant à toute entreprise de l’utiliser et de la modifier librement. Cette approche contraste avec la stratégie plus fermée de Tesla. Certains experts comparent cette situation à la concurrence entre l’écosystème fermé d’Apple et la plateforme ouverte d’Android, Nvidia offrant ainsi une base commune qui pourrait accélérer les progrès de l’ensemble du secteur.
Mercedes-Benz a déjà annoncé que son nouveau modèle CLA sera équipé de capacités de conduite basées sur la technologie Nvidia et sera disponible aux États-Unis plus tard cette année. Une alliance entre Lucid Group, Nuro et Uber utilisera également les puces et la plateforme de Nvidia.
Ali Kani, directeur général de la division automobile de Nvidia, estime que les récentes avancées en matière d’IA ont permis de surmonter les principaux obstacles qui freinaient le développement de la conduite autonome, suggérant que l’industrie pourrait être au bord d’une percée.
En janvier 2026, l’action Nvidia (NVDA) s’échangeait à environ 185 dollars (environ 138 euros), avec une capitalisation boursière d’environ 4,5 billions de dollars (environ 3,4 billions d’euros), ce qui en faisait l’une des entreprises les plus valorisées au monde. Le titre a enregistré une performance remarquable, avec une hausse de plus de 32 % sur l’année écoulée et de 1 297 % sur cinq ans, surpassant largement le gain de 81 % enregistré sur la même période. Malgré cette valorisation élevée, les indicateurs financiers restent solides : chiffre d’affaires de 57 milliards de dollars (environ 42,6 milliards d’euros) au troisième trimestre de l’exercice 2026, bénéfice de 31,8 milliards de dollars (environ 23,8 milliards d’euros), dépassant les attentes des analystes.
Le ratio cours/bénéfice (P/E) s’établit actuellement à environ 46, avec un P/E prévisionnel de 24, reflétant des attentes élevées. Cependant, le ratio PEG de 0,70 suggère que la valorisation pourrait être justifiée compte tenu de la croissance attendue des bénéfices. Nvidia affiche une rentabilité solide, avec une marge bénéficiaire supérieure à 53 % et un rendement des capitaux propres supérieur à 100 %. Les analystes restent globalement optimistes quant aux perspectives de l’entreprise, avec un objectif de prix consensuel de 252 dollars (environ 189 euros), soit une hausse d’environ 36 % par rapport aux niveaux actuels.