L’année 2026 s’ouvre sous le signe d’une politique étrangère américaine de plus en plus assertive, voire impérialiste, marquée par la recherche effrénée de ressources stratégiques et une volonté de contourner les alliances traditionnelles. De l’Amérique latine au Groenland, en passant par le Vénézuela, Washington semble déterminé à restaurer sa domination, quitte à bafouer le droit international.
Cette nouvelle doctrine, que certains surnomment déjà la « doctrine Donroe », se traduit par une approche musclée en matière de sécurité nationale, comme le révèle le document officiel publié par l’administration américaine. Il y est stipulé que l’Europe ne doit pas s’immiscer dans les affaires américaines, tandis que les États-Unis se réservent le droit de « restaurer leur prééminence dans l’hémisphère occidental » et d’« empêcher leurs concurrents extérieurs » – notamment la Chine – d’acquérir des « actifs vitaux ».
Le pétrole, le gaz naturel et les terres rares sont au cœur de cette stratégie. L’administration américaine a ainsi récemment orchestré le retour de Maduro à New York et convoqué les géants pétroliers Chevron, ConocoPhillips et Exxon Mobil pour sécuriser l’accès aux 303 milliards de barils de pétrole brut vénézuélien. Parallèlement, des pressions sont exercées sur le Danemark pour céder l’île arctique, riche en ressources minérales essentielles à la nouvelle économie technologique.
Cette politique agressive est étroitement liée à l’ascension de la « techno-droite », un courant idéologique combinant nationalisme économique et capitalisme numérique. Elon Musk, qui a rebaptisé Twitter en X l’année dernière, en est une figure emblématique, bien que son influence directe semble aujourd’hui amoindrie. Le pacte entre le trumpisme antilibéral et le turbocapitalisme numérique reste cependant solide, et se manifeste par des investissements massifs dans les technologies de pointe, notamment l’intelligence artificielle et les centres de données.
Les entreprises du secteur de la défense et de la technologie affichent des performances boursières exceptionnelles. Alphabet, Microsoft, Google et Amazon prévoient d’investir plus de 400 milliards de dollars (environ 370 milliards d’euros) cette année, tandis qu’OpenAI s’engage à en dépenser 1 400 milliards d’ici 2030. Cette concentration de pouvoir économique inquiète, d’autant plus qu’elle s’accompagne d’un affaiblissement des réglementations.
La preuve en est le refus de visa opposé à l’ancien commissaire européen Thierry Breton, perçu comme un obstacle à la domination technologique américaine. Cet incident marque une nouvelle étape dans la guerre froide technologique entre les États-Unis et l’Union européenne, après les amendes infligées à Microsoft, Google, Apple et Meta ces dernières années. Musk a d’ailleurs publiquement déclaré que « l’UE doit être dissoute ».
Pour la techno-droite, la liberté d’expression n’est qu’un prétexte pour agir sans contraintes dans le domaine de l’intelligence artificielle et du contrôle des données. L’objectif est de repousser la Chine dans la course à la domination technologique, même au prix d’une rupture avec les alliés traditionnels. Des figures influentes comme Marc Andreessen, fondateur de Netscape et conseiller de Donald Trump, affirment que « la force économique, culturelle et militaire découle de la force technologique » et qu’une « Amérique technologiquement forte est une force du bien dans un monde dangereux ».
Cette vision est partagée par Curtis Yarvin, un informaticien de la Silicon Valley considéré comme un « philosophe » du trumpisme, qui estime que l’Amérique doit « se débarrasser de sa phobie des dictateurs » et être dirigée par « un PDG doté de pouvoirs absolus pour mettre en œuvre ce qui est véritablement dans l’intérêt du peuple américain ». Peter Thiel, l’inventeur de Palantir, va même jusqu’à affirmer qu’il ne croit plus que « démocratie et liberté soient compatibles ».
Dans ce contexte, le droit international, les organisations multilatérales et les alliances traditionnelles sont considérés comme des obstacles à surmonter. Le « Gladiateur Yankee », comme le surnomme l’auteur, continue de se plaindre de ne pas avoir reçu le prix Nobel de la paix, malgré les actions controversées menées par son administration.
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