Publié le 2024-02-29 14:15:00. Le balado jeunesse Les Odyssées, produit par France Inter et disponible sur OHdio de Radio-Canada, connaît un succès retentissant auprès des enfants et de leurs parents grâce à ses récits captivants d’aventures historiques. Sa créatrice, Laure Grandbesançon, plaide pour des productions jeunesse aussi ambitieuses que celles destinées aux adultes.
- Le balado Les Odyssées a accumulé plus de 50 millions d’écoutes à travers le monde.
- Laure Grandbesançon critique un ton souvent condescendant dans les contenus destinés aux enfants et souhaite leur proposer des histoires complexes et passionnantes.
- La série explore la vie de figures historiques marquantes, en veillant à une représentation équilibrée des genres.
L’offre de podcasts pour enfants s’est considérablement enrichie ces dernières années, et Laure Grandbesançon en est une figure de proue. Avec Les Odyssées, diffusé par France Inter (et accessible sur la plateforme OHdio de Radio-Canada), elle raconte avec un enthousiasme communicatif les exploits de personnages qui ont façonné l’histoire.
« J’étais un peu frustrée de la manière dont on s’adressait aux enfants, explique Laure Grandbesançon, rencontrée à Montréal lors des Rendez-vous RC OHdio, une journée de conférences sur l’univers du balado organisée par Radio-Canada. Il y avait parfois un côté un peu mièvre, un ton condescendant qui me déplaisait profondément. Je ne trouvais pas ça à leur hauteur. » Elle a obtenu le feu vert pour son projet en 2019, alors que peu de producteurs de balados s’intéressaient encore au jeune public.
La créatrice des Odyssées insiste sur la nécessité d’investir autant de moyens dans les productions pour enfants que dans celles pour adultes. « J’avais envie de leur proposer des histoires aussi fortes que celles qu’on construit pour les adultes, des histoires avec autant de cliffhangers et de rebondissements, des moments difficiles, parfois, des passages sombres, de l’émotion pas toujours positive. De tout ce qui fait une bonne histoire, en somme. »
La dernière saison a mis à l’honneur des figures aussi diverses que Léonard de Vinci, surnommé « le génie touche-à-tout », Sarah Bernhardt, considérée comme « la première star mondiale », Pelé, « le roi du football », mais aussi Harriet Tubman, une résistante afro-américaine, et Ella Maillart, une exploratrice suisse. Chaque épisode, fruit du travail d’une équipe de deux recherchistes, deux réalisatrices et de techniciens du son, demande trois semaines de préparation et de post-production, et environ 25 épisodes sont livrés chaque année à France Inter.
« On fait attention dans le choix des sujets pour avoir autant d’hommes que de femmes, souligne Laure Grandbesançon. Il est important que les jeunes filles aient des modèles, mais aussi que les garçons puissent se reconnaître dans ces femmes qui ont marqué l’histoire. »
Le succès des Odyssées repose également sur une réalisation soignée. Laure Grandbesançon compare sa série à « un dessin animé pour les oreilles », grâce à l’attention portée aux voix, aux musiques et aux effets sonores. Ce concept pourrait bientôt évoluer avec l’adaptation des Odyssées en série animée pour la télévision, après une série de livres, des ateliers dans les lycées et des spectacles théâtraux.
« Le son est très impressionnant, il émerveille les enfants, affirme-t-elle. Ils ont parfois l’impression de voir l’histoire en l’écoutant. Je crois que le succès du projet, c’est ce mélange entre le type de récit et la réalisation. » Laure Grandbesançon s’est également intégrée à l’histoire en incarnant un personnage qui interagit avec les sujets de chaque épisode, créant ainsi un lien direct avec les jeunes auditeurs.
Le succès est indéniable, touchant aussi bien les enfants que leurs parents. Bien que n’étant ni pédagogue ni historienne de formation – elle a étudié la philosophie et le théâtre – Laure Grandbesançon se définit avant tout comme une conteuse. « Je travaille avec la matière des historiens, je vulgarise, je transmets l’histoire, que je romance un peu pour en faire une aventure », explique-t-elle, évoquant son enfance auprès d’une mère passionnée d’histoire et d’une collection de cassettes VHS de films historiques (sans oublier la présence médiatique de Stéphane Bern).
« Pour moi, la pédagogie ne se situe pas forcément dans l’information ou le partage des dates clés, mais dans l’idée de donner aux jeunes de l’énergie, de leur faire sentir que ces personnages sont comme nous, qu’ils ne savaient pas, au moment d’agir, qu’ils allaient marquer l’histoire. Avec tout ce qui arrive, on vit une période compliquée. Ce que j’essaie, à ma petite échelle, c’est de donner au maximum du cœur aux enfants pour qu’ils se disent : “Allez, on fonce !” »
« Aujourd’hui, je me dis qu’il y a tellement de gens qui prennent la parole partout que je ressens la responsabilité de transmettre à tout prix ces histoires aux enfants. Et cette responsabilité se répercute sur le choix des sujets. On veut leur faire découvrir le monde en racontant des histoires qui se déroulent en Asie, en Afrique, en Amérique, puisque le monde est fait d’aventuriers. Finalement, ce qu’on transmet, ce sont des valeurs humaines fondamentales. »