Publié le 13 janvier 2026. Une vingtaine de représentations diplomatiques, dont celle de la France, ont exprimé leur inquiétude face à une nouvelle loi kazakhe qui interdit la « propagande » des orientations sexuelles non traditionnelles, craignant une atteinte aux droits fondamentaux et une restriction des libertés.
- Une loi kazakhe interdit désormais la promotion des orientations sexuelles autres que l’hétérosexualité dans les médias et l’espace public.
- Vingt ambassades, dont celles de plusieurs pays européens, dénoncent une législation susceptible d’ouvrir la voie à des interprétations arbitraires et à des discriminations.
- Cette loi pourrait compliquer l’exil des personnes LGBTQIA+ russes vers le Kazakhstan, qui était jusqu’à récemment une voie de sortie.
Adoptée fin 2025 et entrée en vigueur le 1er janvier 2026, la loi kazakhe suscite une vive préoccupation au sein de la communauté diplomatique. Dans une déclaration conjointe publiée à Astana, les ambassades d’Australie, de plusieurs États membres de l’Union européenne (dont la France, l’Allemagne, l’Espagne et la Suède), ainsi que celles de la Norvège, de la Suisse et du Royaume-Uni, et la délégation de l’Union européenne, ont fait part de leur « profonde préoccupation ».
Les signataires estiment que les nouvelles dispositions législatives « ouvrent la voie à des interprétations arbitraires susceptibles de porter atteinte aux libertés fondamentales », notamment la liberté d’expression et le principe de non-discrimination. Ils dénoncent également l’amalgame établi par la loi entre orientation sexuelle et pédophilie, rappelant que ce dernier constitue « une infraction pénale grave » qui n’a aucun lien avec l’orientation sexuelle.
Le texte interdit la diffusion de tout contenu considéré comme faisant la promotion d’orientations sexuelles autres que l’hétérosexualité, que ce soit dans les médias, sur les plateformes en ligne ou dans l’espace public. Sa formulation imprécise pourrait entraîner des sanctions administratives et restreindre l’accès à l’information, ainsi que la liberté d’association, en particulier pour les personnes LGBTQIA+ et les organisations qui les soutiennent.
Au-delà de ses conséquences internes, cette législation inquiète également quant à ses répercussions régionales. L’ambassadeur de France pour les droits des personnes LGBT+, Jean-Marc Berthon, a déclaré :
« C’est d’abord une mauvaise nouvelle pour les personnes LGBT au Kazakhstan, où s’installe une forme d’homophobie d’État. C’est aussi très préoccupant, car le Kazakhstan constituait jusqu’à très récemment l’un des points de sortie pour des personnes LGBT russes qui pouvaient s’y rendre sans passeport avant de poursuivre leur exil vers des pays plus sûrs. Désormais, cette voie d’exil risque de devenir beaucoup plus difficile à emprunter. »
La déclaration conjointe met en garde contre l’impact négatif de cette législation sur l’image internationale du Kazakhstan. Les pays signataires se disent toutefois prêts à engager un « dialogue constructif » avec les autorités kazakhes. Plusieurs organisations de défense des droits humains, dont STOP homophobie, dénoncent une remise en cause des engagements internationaux du pays en matière de liberté d’expression et d’égalité, et alertent sur les conséquences pour les minorités sexuelles et de genre, déjà confrontées à des discriminations.
Pour l’heure, les autorités kazakhes n’ont pas réagi publiquement à cette déclaration diplomatique. Sur le terrain, des militants craignent l’instauration d’un climat de censure et une marginalisation accrue des personnes concernées.