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Les diagnostics de TDAH chez les mères augmentent dans les années qui suivent l’accouchement

by Sophie Martin

Publié le 2024-11-21 10:32:00. Devenir mère est une période de bouleversements, mais pour certaines femmes, cela peut révéler un trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (TDAH) jusqu’alors non diagnostiqué, selon une étude danoise récente.

  • Une étude de grande envergure révèle une diminution des diagnostics de TDAH pendant la grossesse, suivie d’une augmentation significative dans les années qui suivent l’accouchement.
  • Les symptômes du TDAH, souvent masqués chez les femmes par des stratégies d’adaptation, peuvent être exacerbés par le manque de sommeil, les horaires imprévisibles et la charge mentale liés à la parentalité.
  • Les chercheurs soulignent l’importance d’un dépistage plus attentif du TDAH chez les nouvelles mères, notamment en cas d’antécédents de troubles de l’humeur.

La transition vers la parentalité est un moment de vie intense, synonyme de joie mais aussi de défis considérables. Une nouvelle recherche met en lumière un aspect souvent négligé : l’émergence ou la révélation d’un trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (TDAH) chez certaines femmes après l’accouchement. L’étude, menée par une équipe de l’Université du Danemark du Sud et publiée dans le Journal of Attention Disorders, révèle une tendance surprenante : une baisse des diagnostics pendant la grossesse, suivie d’une augmentation notable dans les années qui suivent la naissance.

Le TDAH, trouble neurodéveloppemental caractérisé par l’inattention, l’impulsivité et l’hyperactivité, est traditionnellement plus souvent diagnostiqué chez les garçons. Cette disparité a longtemps conduit à un sous-diagnostic chez les filles et les femmes, qui présentent souvent des symptômes d’inattention plus subtils, parfois confondus avec des traits de personnalité. Elles développent fréquemment des stratégies d’adaptation, comme la mise en place de routines strictes, pour compenser leurs difficultés et fonctionner efficacement dans leur vie professionnelle et personnelle.

Cependant, l’arrivée d’un enfant représente un bouleversement majeur. Le manque de sommeil chronique, les horaires irréguliers et la surcharge cognitive liée aux soins infantiles peuvent déstabiliser ces mécanismes de compensation. Parallèlement, les fluctuations hormonales importantes pendant la grossesse et l’après-accouchement, notamment celles des œstrogènes et de la progestérone, ont un impact sur le fonctionnement cérébral et peuvent exacerber les symptômes du TDAH. Cette combinaison de facteurs biologiques et de stress environnemental peut rendre les difficultés plus visibles et conduire à une demande d’aide.

Pour comprendre ce lien entre la chronologie de l’accouchement et le diagnostic de TDAH, les chercheurs danois ont analysé les données de plus de 363 904 mères ayant accouché entre 2010 et 2018, grâce aux registres nationaux de santé danois. Ils ont suivi ces femmes pendant cinq ans avant et cinq ans après l’accouchement, en excluant celles ayant déjà reçu un diagnostic de TDAH au début de la période d’étude. L’objectif était d’identifier les nouveaux cas de TDAH et d’observer l’évolution des taux de diagnostic au fil du temps.

Les résultats ont confirmé l’hypothèse initiale. Pendant la grossesse, le taux de nouveaux diagnostics de TDAH a chuté de 72 %. Cette diminution pourrait s’expliquer par des changements biologiques temporairement atténuant les symptômes, ou par une moindre propension des femmes enceintes à solliciter une aide psychiatrique, voire par une certaine réticence des médecins à initier un diagnostic ou un traitement pendant cette période. La tendance est restée basse pendant les deux premières années après l’accouchement, une phase où la fatigue et les difficultés liées à la petite enfance sont souvent considérées comme normales.

Cependant, entre deux et cinq ans après l’accouchement, la situation a radicalement changé. Le taux de nouveaux diagnostics a commencé à augmenter, dépassant même les niveaux d’avant la grossesse. À quatre ou cinq ans après la naissance, le taux était 24 % plus élevé qu’avant la grossesse. Ce délai suggère que les femmes peuvent mettre du temps à reconnaître que leurs difficultés dépassent le stress parental habituel et à demander de l’aide. Les exigences cognitives liées à l’éducation d’un enfant en bas âge, notamment en matière de fonctions exécutives, augmentent progressivement, mettant à l’épreuve les capacités d’adaptation des mères atteintes de TDAH non diagnostiqué.

Un élément particulièrement intéressant est ressorti de l’analyse des antécédents de santé mentale des femmes diagnostiquées avec un TDAH post-partum : plus de la moitié (53,9 %) avaient déjà consulté pour d’autres problèmes de santé mentale, tels que la dépression, l’anxiété ou la toxicomanie, entre l’accouchement et le diagnostic de TDAH. Cela suggère un niveau de détresse préexistant et soulève la question d’un éventuel diagnostic erroné ou tardif. Il est fréquent que le TDAH coexiste avec l’anxiété et la dépression, mais la chronologie observée dans cette étude suggère que les troubles de l’humeur pourraient parfois être une conséquence d’un TDAH non traité.

Les chercheurs appellent à une plus grande vigilance de la part des professionnels de santé. Les médecins et les sages-femmes doivent être conscients que le TDAH peut se manifester pour la première fois dans les années qui suivent l’accouchement, et que les symptômes peuvent être différents de ceux observés chez les garçons. Un dépistage précoce du TDAH chez les nouvelles mères, en particulier celles ayant des antécédents de troubles de l’humeur, pourrait permettre d’éviter des années de souffrance et de traitement inefficace. Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour mieux comprendre les mécanismes à l’œuvre et développer des interventions parentales adaptées aux besoins spécifiques des mères atteintes de TDAH.

L’étude, “Maternal ADHD diagnoses before and after childbirth: A Danish population-based cohort study“, a été réalisée par Kathrine Bang Madsen, Mette Winther, Amalie Thea Jensen, Katrine Marcussen, Trine Munk-Olsen, Rikke Wesselhoeft et Sarah Kittel-Schneider.

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