Publié le 13 janvier 2026 à 21h44. Des coupes budgétaires américaines dans les programmes de lutte contre le VIH/sida menacent de compromettre les progrès réalisés en Afrique, en particulier pour les populations les plus vulnérables, et pourraient freiner la recherche de nouveaux traitements et vaccins.
- Les réductions de financement du PEPFAR et de l’USAID mettent en péril l’accès aux antirétroviraux, risquant de favoriser l’émergence de résistances aux médicaments.
- La recherche sur le VIH en Afrique, cruciale pour le développement de nouveaux outils de prévention et de traitement, est fortement impactée par ces coupes budgétaires.
- Des organisations internationales s’inquiètent d’un retour en arrière dans la lutte contre le VIH, avec des conséquences potentiellement graves pour la santé publique mondiale.
Les progrès considérables accomplis dans la lutte contre le VIH/sida en Afrique sont aujourd’hui fragilisés par des décisions budgétaires prises aux États-Unis. Des coupes dans le financement du PEPFAR (President’s Emergency Plan for AIDS Relief) et de l’USAID (United States Agency for International Development) suscitent de vives inquiétudes quant à l’accès aux traitements antirétroviraux et à la poursuite des programmes de prévention, notamment auprès des populations les plus à risque.
Selon la spécialiste du VIH, Boghuma Titanji, professeur adjoint de médecine à l’Université Emory, le manque d’accès aux antirétroviraux pourrait inciter les patients à rationner leurs médicaments, favorisant ainsi le développement de résistances.
« Ils prennent un comprimé tous les trois jours pour prolonger l’approvisionnement. Ainsi, le virus est exposé à une dose inférieure à la dose thérapeutique du médicament et est capable de sélectionner plus facilement des mutations de résistance aux médicaments et de surmonter l’effet du médicament. »
Boghuma Titanji, spécialiste du VIH et professeur adjoint de médecine à l’Université Emory
Le problème est d’autant plus préoccupant que l’Afrique dispose de moins d’alternatives thérapeutiques en cas de résistance aux premiers traitements. La disponibilité des médicaments de deuxième, troisième et quatrième intention est limitée, ce qui pourrait compromettre la prise en charge des patients si l’approvisionnement en médicaments de première ligne venait à être interrompu.
Le financement des programmes de prophylaxie pré-exposition (PrEP), qu’elle soit injectable à action prolongée ou orale, est également menacé. Face à des ressources limitées, les pays pourraient être contraints de choisir entre la prévention et le traitement du VIH.
« Le pays finance-t-il la thérapie antirétrovirale pour garantir que les patients déjà séropositifs puissent avoir accès à leurs médicaments si le PEPFAR n’est plus là ? Ou financent-ils les préservatifs, le contrôle des naissances et les options de PrEP injectable et orale ? »
Boghuma Titanji, spécialiste du VIH et professeur adjoint de médecine à l’Université Emory
Les conséquences de ces coupes budgétaires s’étendent également au domaine de la recherche. Richard Jefferys, directeur du projet Sciences fondamentales, vaccins et remèdes au Treatment Action Group (TAG), cite des exemples de projets de recherche en Afrique du Sud qui ont dû être interrompus ou réduits, comme un essai clinique évaluant différentes stratégies pour induire une réponse immunitaire protectrice contre le VIH. Plus d’informations sur les impacts en Afrique du Sud (Treatment Action Group)
TAG souligne que l’Afrique du Sud, un pays pionnier dans la recherche sur le VIH et d’autres maladies infectieuses, est particulièrement touchée. Des projets américains, notamment un programme de sept ans visant à développer un vaccin contre le VIH, ont également été suspendus. Selon Titanji, la réduction des financements compromet l’infrastructure de recherche et l’innovation dans le développement de vaccins et de traitements plus efficaces. Elle souligne également que les États-Unis pourraient se priver de patients essentiels pour mener des essais cliniques pertinents, étant donné que 75 % des personnes vivant avec le VIH dans le monde se trouvent en Afrique.
Les organisations internationales tirent la sonnette d’alarme. Mitchell Warren, directeur exécutif de l’AVAC, une organisation qui milite pour le développement de stratégies de prévention du VIH, qualifie le PEPFAR et le Fonds mondial de « programmes de santé mondiaux – et d’efforts diplomatiques – les plus réussis de l’histoire ». Le Fonds mondial est un partenariat mondial qui investit jusqu’à 5 milliards de dollars par an pour lutter contre le sida, la tuberculose et le paludisme dans les 100 pays les plus touchés.
Warren dénonce une politique à courte vue, qui risque de faire dérailler les progrès vers l’objectif de l’ONU d’éliminer le VIH comme menace pour la santé publique d’ici 2030. Il critique notamment la décision de l’administration Trump de limiter le soutien du PEPFAR à la prévention primaire, au-delà de la PrEP pour les femmes enceintes et allaitantes.
« Il y a encore 1,3 million de nouvelles infections au VIH chaque année, ce qui signifie que le nombre de personnes ayant besoin d’un traitement augmentera rapidement sans davantage de prévention. »
Mitchell Warren, directeur exécutif de l’AVAC
Malgré ces difficultés, des initiatives positives se poursuivent. Unitaid a récemment annoncé un financement pour l’Afrique du Sud et la Zambie afin d’élargir l’accès au lénacapavir, un nouveau médicament de prévention du VIH administré par injection deux fois par an. De plus, plusieurs essais cliniques de vaccins expérimentaux contre le VIH sont en cours, notamment un essai initié par l’IAVI (International AIDS Vaccine Initiative) en Afrique du Sud. Suivez l’évolution des essais cliniques de vaccins contre le VIH (AVAC) et Communiqué de presse de l’IAVI sur le lancement d’un essai clinique de phase 1.
Titanji reste prudemment optimiste, espérant que les pays africains trouveront d’autres sources de financement pour s’appuyer sur l’héritage du PEPFAR en matière de formation et d’infrastructure. Elle souligne l’importance de ne pas céder au pessimisme et de souligner la nécessité d’une réduction progressive des financements plutôt qu’une interruption brutale.
À lire aussi
- Fièvre Q : la sécheresse pourrait accroître la propagation en Australie
- Cour suprême de Californie examine l’affaire Gilead sur le ténofovir
- EN DIRECT, incendies : dans le Var, 1 500 sapeurs-pompiers mobilisés pour tenter de stabiliser l’incendie ; 375 personnes interpellées dans toute la France, selon le ministère de l’intérieur (lederniereheure.com)