Publié le 12 janvier 2026 à 23h15. Les récentes avancées dans le domaine des fusées super-lourdes, notamment avec les succès de SpaceX et Blue Origin, pourraient révolutionner l’astronomie en rendant la construction et le lancement de télescopes spatiaux beaucoup plus abordables et performants.
- Les nouvelles fusées, comme Starship et New Glenn, offrent une capacité de charge utile considérablement accrue et des dimensions permettant de transporter des télescopes plus grands sans nécessiter de mécanismes de pliage complexes.
- Cette capacité accrue pourrait permettre de construire des télescopes couvrant un spectre électromagnétique plus large, ouvrant de nouvelles perspectives sur l’univers et ses mystères.
- Plusieurs projets de télescopes de nouvelle génération, comme Origins et Primaire, sont déjà en cours d’étude pour profiter de ces avancées technologiques.
Après une série d’essais difficiles, la fusée géante Starship de SpaceX a finalement réussi son vol d’essai le 13 octobre 2025. Un mois plus tard, son concurrent Blue Origin a également réussi le lancement de sa fusée New Glenn, également de taille impressionnante, qui a mis en orbite des sondes destinées à l’exploration de Mars. Ces succès marquent une étape importante dans l’accès à l’espace, mais leur impact pourrait s’étendre bien au-delà des missions planétaires.
Martin Elvis, astrophysicien senior au Centre d’Astrophysique | Harvard & Smithsonian, estime que ces fusées à très forte capacité de charge utile pourraient propulser la recherche astronomique vers de nouveaux sommets. Spécialiste des trous noirs supermassifs, de l’utilisation des astéroïdes et de l’économie spatiale, il est l’auteur de près de 500 articles scientifiques cités plus de 38 000 fois, et a publié en 2021 un ouvrage sur les astéroïdes intitulé « Astéroïdes : comment l’amour, la peur et la cupidité détermineront notre avenir dans l’espace ». Il a également présidé le comité des utilisateurs du télescope spatial Hubble et la division haute énergie de l’American Astronomical Society. La planète 9283 Martinelvis porte d’ailleurs son nom, en hommage à son travail.
L’astronomie a besoin d’espace, explique-t-il. Les télescopes situés au-dessus de l’atmosphère terrestre peuvent observer un spectre électromagnétique beaucoup plus large que la lumière visible, détectant des rayonnements de longueurs d’onde inaccessibles depuis le sol. C’est comme écouter un piano sur une seule octave : la musique serait bien plus riche si le musicien pouvait utiliser toutes les touches. En élargissant le spectre observé, les astronomes peuvent étudier des objets célestes beaucoup plus froids ou beaucoup plus chauds que ceux visibles à l’œil nu, ouvrant ainsi de nouvelles fenêtres sur l’univers.
Cependant, cette approche a un coût. Le télescope spatial James Webb, dernier grand observatoire lancé, a coûté environ 10 milliards de dollars américains (environ 9,3 milliards d’euros). Un tel investissement rend difficile la construction de télescopes similaires couvrant l’ensemble du spectre électromagnétique. La NASA pourrait devoir attendre jusqu’en 2045, voire plus tard, pour voir un nouveau grand observatoire spatial voir le jour.
Les nouvelles fusées pourraient offrir une solution à ce problème. Elles permettraient de transporter en orbite des charges utiles dix fois plus lourdes pour le même prix, et leur diamètre plus important faciliterait la construction de télescopes plus grands, sans avoir recours à des mécanismes de pliage complexes et risqués. Le télescope Webb, par exemple, a dû être plié comme un origami pour être inséré dans la fusée Ariane 5, ce qui a considérablement augmenté sa complexité et ses coûts.
Plusieurs équipes travaillent déjà sur des projets de télescopes de nouvelle génération. Le projet Origins, un télescope infrarouge profond, utiliserait une fusée super-lourde. Des chercheurs de Caltech étudient également une version plus petite, appelée Primaire. Un autre projet, décrit dans un rapport, vise à construire un télescope à rayons X capable de produire des images aussi nettes que le télescope Webb. Enfin, une étude publiée en 2025 propose un radiotélescope pour très basses fréquences, baptisé GO-LoW, qui pourrait être composé de 100 000 petits télescopes produits en série.
Ces nouveaux télescopes pourraient être cent fois plus sensibles que leurs prédécesseurs et au moins aussi performants que le télescope Webb dans leurs domaines respectifs. Si les coûts pouvaient être réduits de moitié, la NASA pourrait même lancer deux grands observatoires pour le prix d’un seul. Cependant, il est important de rester réaliste : ces fusées pourraient ne pas fonctionner comme prévu, et les coûts pourraient être plus élevés que prévu. Néanmoins, investir dans des études initiales semble être un pari rentable.
Comme le disait le poète Goethe sur son lit de mort, les astronomes demanderont toujours « plus de lumière ». Mais il est crucial que les agences spatiales parviennent à maîtriser les ambitions des astronomes tout en tirant pleinement parti des nouvelles possibilités offertes par les fusées pour transporter des charges utiles très lourdes. Dans ce cas, notre compréhension de l’univers pourrait progresser à un rythme sans précédent au cours de la prochaine décennie.
Source :
https://www.space.com/
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https://arxiv.org/pdf/1912.06213