Un vaste examen international publié en septembre 2026 exhorte la communauté scientifique mondiale à lancer un programme pluriannuel pour explorer le bassin sous-glaciaire Wilkes, dans l’Antarctique oriental. Cette région isolée contient assez d’eau gelée pour provoquer une élévation catastrophique du niveau des mers mondiales de trois à quatre mètres.
Des chercheurs de 14 et 17 pays, réunis à travers diverses institutions internationales dont l’Université de Tasmanie, le British Antarctic Survey et la Colorado School of Mines, ont mis en lumière une menace majeure cachée sous les glaces de l’Antarctique. L’étude, parue dans la revue Reviews of Geophysics et dans Nature Reviews Earth & Environment, démontre que les lacunes d’observation le long de la zone côtière antarctique empêchent les modèles informatiques de prédire avec exactitude la rapidité de la fonte future. Les scientifiques soulignent que la zone côtière représente le véritable point de contrôle du système, car c’est là que l’océan, la glace, l’atmosphère et le socle rocheux interagissent directement.
Un bassin sous-glaciaire largement méconnu et difficile d’accès
Son socle rocheux repose par endroits à plus de 2 000 mètres sous le niveau de la mer. Malgré ces dimensions colossales et son potentiel dévastateur pour les littoraux de la planète, cette zone reste l’un des endroits les plus inhospitaliers et inexplorés de la Terre.

D’après les observations rapportées, aucun navire ne s’est jamais approché à moins de 150 kilomètres du front du glacier Cook, l’un des principaux émissaires de la région. Les données topographiques in situ du fond marin font totalement défaut, tout comme les informations précises sur les conditions océaniques profondes. Les efforts historiques menés il y a plus d’un siècle par l’explorateur Douglas Mawson et par Cecil Madigan s’étaient heurtés à la rudesse du climat et aux tragédies de terrain, laissant cette zone vierge de toute exploration humaine directe.
Le rôle destructeur de l’eau chaude et l’instabilité de la calotte glaciaire
Pendant longtemps, la communauté scientifique a considéré l’Antarctique oriental comme une structure beaucoup plus stable et résistante au réchauffement climatique que sa partie occidentale. Cette perception a volé en éclats à la lumière des récentes synthèses géologiques et océanographiques. L’ennemi principal de la glace n’est pas seulement l’air ambiant, mais l’océan lui-même, dont les interactions sous les plateformes de glace accélèrent la perte de masse.
L’eau de mer chaude qui entre en contact avec la base du glacier provoque un amincissement rapide. Comme le plancher rocheux du bassin de Wilkes s’enfonce en pente descendante vers l’intérieur des terres, le recul initial de la glace expose des surfaces de plus en plus profondes à l’action corrosive de l’océan. Ce phénomène de marine ice-sheet instability risque d’enclencher un processus de retrait irréversible et auto-entretenu sur plusieurs siècles.

Zhao Chen a déclaré que « l’eau de mer chaude qui entre de plus en plus en contact avec la calotte glaciaire et la fait fondre par le dessous pourrait entraîner une perte de glace accélérée et potentiellement imparable à grande échelle ».
Les enseignements du passé et l’urgence d’une collaboration internationale
Les registres géologiques de la période du Pliocène, il y a environ trois millions d’années, montrent que lorsque les températures mondiales étaient supérieures de 2 à 3 degrés Celsius par rapport aux niveaux préindustriels, les calottes glaciaires de cette région s’étaient retirées de centaines de kilomètres à l’intérieur des terres, provoquant une élévation des océans de 6 à 23 mètres. Face à la trajectoire climatique actuelle, les experts alertent sur le fait que la planète approche rapidement de seuils thermiques similaires.

Pour combler les immenses lacunes entre les mesures satellitaires — qui ne peuvent percer l’épaisseur de la glace pour cartographier le socle — et les modèles informatiques, le groupe d’action RINGS du Comité scientifique pour la recherche antarctique (SCAR) et le Conseil des gestionnaires de programmes antarctiques nationaux (COMNAP) préconisent une campagne multinationale coordonnée. Vingt-huit chercheurs internationaux issus de 14 pays unissent leurs voix pour réclamer des investissements soutenus en vue des futures décennies polaires, soulignant que l’Australie, en raison de sa proximité géographique avec le secteur antarctique concerné, est idéalement positionnée pour impulser cette dynamique de recherche aux côtés de partenaires mondiaux.