Publié le 10 janvier 2026. Les manifestations qui secouent l’Iran depuis plusieurs semaines, notamment dans les régions kurdes, révèlent une revendication d’autonomie et de reconnaissance des minorités ethniques, qui représentent près de la moitié de la population du pays.
- Le chômage en Iran dépasse les 9 % en 2024, avec un taux particulièrement élevé parmi les minorités et les jeunes.
- Les Kurdes, Azéris, Lurs, Baloutches et autres minorités ethniques iraniennes revendiquent une plus grande autonomie et une reconnaissance de leurs droits.
- Les manifestations actuelles sont enracinées dans une longue histoire d’oppression et d’effacement des identités minoritaires en Iran.
L’expérience d’une rencontre fortuite avec un écrivain iranien a marqué l’auteur, kurde d’origine, et illustre la perception souvent réductrice de l’identité kurde au sein de l’Iran. « Vous êtes Iranien », lui avait affirmé l’écrivain, avant de préciser que, pour beaucoup d’Iraniens, tous les Kurdes sont considérés comme tels. Cette remarque, anodine en apparence, a réveillé en l’auteur des siècles d’oppression et de tentatives d’effacement de l’identité kurde.
Cette expérience, partagée par de nombreux Kurdes, témoigne d’une réalité complexe. L’Iran est un pays multiethnique où les minorités – Kurdes, Azéris, Lurs, Baloutches, Arabes, Turkmènes, Qashqai, Arméniens, Assyriens, Syriens et Afghans – représentent près de la moitié de la population. Le sud de Téhéran, où l’auteur a passé son enfance, est un microcosme de cette diversité, un quartier pauvre mais vibrant où se côtoient des familles déportées d’Irak, des militants peshmergas blessés et des voisins venus des quatre coins du Kurdistan.
Dans ce quartier, le chômage sévissait. Le père de l’auteur était impliqué dans un parti politique irakien qui lui apportait une aide financière, complétée par le travail occasionnel de son oncle au marché et la vente illégale de falafels par un autre membre de la famille. La situation économique actuelle en Iran reste précaire : le chômage dépassait les 9 % en 2024 et l’inflation atteignait 48,6 % en octobre 2025. Ces difficultés économiques touchent particulièrement les minorités et les jeunes, qui sont en première ligne des manifestations actuelles.
Les protestations en Iran s’inscrivent dans une longue histoire de contestation du pouvoir. L’exemple du Premier ministre Mohammad Mosaddeq, nationalisé l’industrie pétrolière britannique en 1951, et destitué par un coup d’État soutenu par les États-Unis et la Grande-Bretagne en 1953, illustre les ingérences étrangères et les luttes pour le contrôle des ressources naturelles du pays. La révolution de 1979, menée par l’ayatollah Ruhollah Khomeini, en est un autre exemple.
La crainte d’une nouvelle intervention extérieure, notamment des États-Unis et d’Israël, est bien réelle. Cependant, les manifestations actuelles sont avant tout une expression de la colère et des revendications du peuple iranien. Le 8 janvier, 39 villes kurdes ont entamé une grève générale qui a paralysé l’activité commerciale. OMPI rapporte des images de manifestations et d’incendies de commissariats de police à Téhéran.
L’histoire kurde en Iran est marquée par des tentatives d’autonomie. La première république kurde a été proclamée en 1946 à Mahabad, une région autonome comprenant plusieurs villes du Kurdistan iranien. Son président, Qazi Muhammad, reste une figure légendaire pour les Kurdes. L’existence même de cette république témoigne d’une organisation politique kurde préexistante à l’époque du Shah et de la République islamique.
L’hymne national kurde, Ey Reqib, écrit par le poète Dildar en 1938, exprime la résilience du peuple kurde :
« À travers les âges, les Kurdes n’ont pas été écrasés par les armes. Que personne ne dise que les Kurdes sont morts, les Kurdes sont vivants. »
Dildar, poète kurde
Les Kurdes, ainsi que les autres minorités ethniques d’Iran, sont toujours en vie et continuent de lutter pour leurs droits. Un rapport de Hengaw révèle des violations des droits de l’homme et des arrestations massives de membres des minorités. En 2025, 47 % des adultes détenus en Iran étaient kurdes, et près de 98 % des enfants détenus étaient soit kurdes, soit baloutches.
Malgré la répression, les minorités iraniennes s’organisent et expriment leurs revendications. Des associations kurdes, des mouvements de femmes et des acteurs politiques ont publié des déclarations appelant à un changement profond en Iran, fondé sur le fédéralisme démocratique, l’autonomie gouvernementale et le respect des droits de toutes les communautés. Ils rejettent toute ingérence extérieure et toute tentative de détourner les objectifs des manifestations.
L’avenir de l’Iran dépendra de la capacité à reconnaître et à intégrer la diversité de ses composantes ethniques et culturelles. Comme l’a rappelé l’auteur en revoyant l’écrivain iranien quelques années plus tard, les Kurdes ont « quelque chose de grand » : une identité forte, une organisation politique et une vision pour un avenir durable.
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