Publié le 14 janvier 2024 09:02:00. L’hésitation vaccinale, exacerbée par la pandémie de Covid-19, a entraîné une résurgence de maladies infectieuses comme la rougeole. Une étude récente révèle que si une part importante des personnes initialement réticentes ont finalement accepté la vaccination, les raisons de cette hésitation restent complexes et évolutives.
- Une étude de l’Imperial College de Londres, publiée dans The Lancet, analyse les motivations derrière l’hésitation vaccinale contre le Covid-19 au Royaume-Uni.
- 65 % des personnes initialement hésitantes ont finalement reçu au moins une dose de vaccin.
- Les préoccupations concernant l’efficacité du vaccin et les effets secondaires restent les principales raisons de l’hésitation.
La résistance à la vaccination constitue un enjeu de santé publique majeur, particulièrement visible depuis le début de la pandémie de Covid-19. La baisse des taux de vaccination a contribué à la réapparition de maladies comme la rougeole, qui étaient auparavant sous contrôle. Ironiquement, cette situation se produit après que la vaccination rapide et massive ait été cruciale pour limiter la propagation du SARS-CoV-2 à travers le monde.
La vaccination a permis d’alléger les contraintes liées aux quarantaines et autres restrictions mises en place pendant la première année de la pandémie. Cependant, une partie de la population a exprimé une forte opposition au vaccin contre le Covid-19, parfois relayée par des personnalités publiques. Une nouvelle étude menée par l’École de santé publique de l’Imperial College de Londres et publiée dans la revue The Lancet, apporte un éclairage sur les principales craintes qui ont motivé cette réticence.
Une étude américaine précédente avait estimé qu’une augmentation de 1 % du taux de vaccination pendant la pandémie de Covid-19 aurait pu éviter 45 décès supplémentaires par million d’habitants. L’article du Lancet souligne que « les taux d’hésitation vaccinale étaient plus élevés chez les personnes d’origine ethnique non blanche, celles ayant un niveau d’éducation inférieur et celles en situation de précarité économique ».
L’originalité de cette recherche réside dans le suivi des personnes initialement hésitantes afin de déterminer leurs actions ultérieures. Les résultats sont surprenants : 65 % de ces personnes ont finalement accepté de recevoir au moins une dose de vaccin. L’étude a porté sur 1,1 million de participants résidant au Royaume-Uni et âgés de plus de 18 ans. Parmi eux, 37 982 (3,3 % de l’échantillon) ont exprimé un certain degré d’hésitation, dont 10 316 (0,9 %) ont déclaré refuser ou envisager de refuser le vaccin Covid-19. 27 666 autres personnes (2,4 %) se sont dites indécises ou ont préféré ne pas répondre.
Le taux d’hésitation vaccinale a évolué au fil du temps, atteignant un pic de 7,9 % en janvier 2021 avant de diminuer à 1,1 % début 2022, puis de remonter à 2,3 % en février et mars 2022. Les raisons du refus de vaccination ont été regroupées en huit catégories principales.
Le groupe A regroupait les inquiétudes concernant l’efficacité du vaccin et les effets indésirables à court et à long terme. Le groupe B concernait les difficultés d’accès aux centres de vaccination. Le groupe C englobait une faible perception du risque lié au Covid-19 et une méfiance envers les laboratoires pharmaceutiques. Le groupe D portait sur des problèmes de santé personnels. Le groupe E incluait la peur des vaccins, basée sur des expériences antérieures ou une opposition générale à la vaccination. Le groupe F concernait les questions de fertilité et le manque de nécessité perçue, notamment chez les personnes ayant déjà contracté le Covid-19. Le groupe G regroupait les inquiétudes liées à la grossesse ou à l’allaitement, ainsi que les réponses “Je préfère ne pas le dire”. Enfin, le groupe H comprenait les réponses “Autre” et les préoccupations concernant la disponibilité des doses.
Les raisons d’hésitation les plus fréquemment citées relevaient toutes du groupe A (efficacité du vaccin et effets secondaires). Sur les 30 701 participants ayant pu indiquer leurs raisons, 12 498 (40,7 %) ont exprimé des inquiétudes concernant les effets à long terme sur la santé, 11 953 (38,9 %) ont déclaré vouloir attendre de voir les résultats du vaccin et 11 287 (36,8 %) ont manifesté des craintes face aux effets secondaires.
L’évolution des raisons d’indécision a suivi une tendance similaire : une prévalence maximale au début de 2021, une diminution jusqu’à un minimum début 2022, puis une nouvelle augmentation en février-mars 2022. Les raisons du groupe C (faible confiance et perception du risque) ont connu une forte augmentation en 2022, revenant à des niveaux proches de ceux observés au début de l’étude.
La raison « Je ne pense pas avoir besoin du vaccin parce que j’ai déjà eu le coronavirus » (groupe F) a enregistré la plus forte augmentation, sa prévalence ayant plus que doublé début 2022 par rapport au début 2021. En revanche, les motivations du groupe A, liées à l’efficacité des vaccins et aux problèmes de santé, n’ont connu qu’une légère augmentation en 2022 par rapport aux niveaux initiaux.
Pour une analyse longitudinale de la vaccination, les chercheurs ont suivi 847 914 participants (74,5 % de l’échantillon total) ayant donné leur consentement jusqu’en mai 2024, avec un suivi moyen de 1 076 jours. Sur les 37 982 participants ayant exprimé des doutes, 24 229 (63,8 %) ont pu être mis en relation avec les données officielles de vaccination. Parmi ceux-ci, 15 744 (65 %) avaient reçu au moins une dose de vaccin au 7 mai 2024.
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