Publié le 14 janvier 2026 à 15h01. Au-delà de l’agressivité souvent pointée du doigt, les jeux vidéo pourraient bien stimuler une forme d’obstination fascinante, une quête de défis inutiles qui révèle une part insoupçonnée de notre psyché.
- Les études scientifiques ont largement démenti un lien de causalité entre jeux vidéo et violence.
- Les jeux vidéo peuvent avoir des effets positifs sur le bien-être émotionnel et la gestion du stress.
- Un concept émergent, le « cerveau de joueur », décrit une motivation particulière pour des réalisations objectivement inutiles.
Longtemps accusés de favoriser l’agressivité, les jeux vidéo sont aujourd’hui réhabilités par la recherche scientifique. Plus d’une décennie d’études n’ont en effet pas permis d’établir de lien de causalité entre pratique vidéoludique et comportements violents dans la vie réelle. Au contraire, les recherches se concentrent désormais sur les bénéfices cognitifs et émotionnels que peuvent apporter les jeux. L’exécution de tâches complexes sollicitant à la fois le cerveau et la motricité fine serait ainsi bénéfique pour la santé, contribuant au bien-être émotionnel et à la gestion du stress. Une étude de l’université d’Oxford a notamment mis en évidence ces effets positifs.
Mais au-delà de ces bienfaits avérés, c’est un autre aspect de l’expérience vidéoludique qui fascine : cette quête de défis apparemment dénués de sens. Cette tendance à recommencer inlassablement un mini-jeu pour améliorer son score, à explorer les limites d’un niveau en espérant découvrir un secret caché, ou à persévérer dans un jeu bien au-delà du raisonnable pour débloquer un trophée, relève d’une forme d’obstination particulière. C’est ce que l’on pourrait appeler le « cerveau de joueur ».
Reste à savoir si les jeux vidéo sont à l’origine de cette inclination, ou si les personnes naturellement obstinées sont simplement plus attirées par ce type de divertissement. Quoi qu’il en soit, ce trait de caractère semble commun à de nombreux joueurs. Il s’agit de cette volonté de ne pas céder, de plier les règles du jeu à sa propre volonté. L’exemple extrême est celui des joueurs qui s’acharnent à maîtriser des morceaux de musique complexes sur Guitar Hero à une vitesse multipliée par deux, ou ceux qui participent à des événements comme Games Done Quick (GDQ), des marathons de jeu caritatifs où les participants relèvent des défis toujours plus insolites, comme terminer The Legend of Zelda: Majora’s Mask les yeux bandés, ou jouer à une version modifiée et aléatoire de Halo.
C’est d’ailleurs en observant GDQ que l’auteur de cet article a été amené à réfléchir à nouveau au « cerveau de joueur ». Il a également été frappé par ce phénomène en jouant à Baby Steps, un jeu qui explore avec humour cette notion. Le personnage principal, Nate, incarne à merveille les traits typiques du joueur obstiné, notamment sa réticence à demander de l’aide.
Gabe Cuzillo et Bennett Foddy, les créateurs de Baby Steps, ont expliqué lors d’une interview que le jeu est truffé de situations qui incitent le joueur à tenter des exploits absurdes. On peut ainsi tomber volontairement dans des trous sans fond, ou s’acharner à gravir une tour inutile, malgré les avertissements d’un personnage non-joueur.
« Il y a un chemin normal près d’une falaise que vous pouvez escalader en toute sécurité, puis le long de la falaise se trouve une série de piquets en bois que vous pouvez emprunter à la place, si vous voulez risquer de perdre 20 minutes de progression », explique Foddy. « C’est une blague que vous faites avec le joueur, car pour qu’il trouve ça drôle, il faut qu’il sache qu’il est tenté de marcher sur les piquets. Si le joueur n’a rien ressenti d’autre que : « Oh, ce n’est pas la bonne voie à suivre, je ne marcherai pas sur ces piquets », alors il n’y a pas de blague. Mais le joueur comprend parce qu’il veut faire la chose difficile. »
Bennett Foddy, créateur de Baby Steps
L’exemple le plus frappant est peut-être celui des lunettes qui révèlent un chemin invisible menant à un trophée également invisible. Le joueur peut choisir de prendre un chemin dangereux pour les trouver, au risque de perdre une heure de progression. Une fois les lunettes obtenues, Nate exulte devant ce trophée imaginaire, qu’il montre à un compagnon de randonnée qui ne voit, bien sûr, rien du tout.
Selon Foddy, Baby Steps reflète l’état psychologique du joueur.
« La blague profonde, c’est que ce type, cette patate de canapé, c’est en fait vous en ce moment. »
Bennett Foddy, créateur de Baby Steps
Cuzillo, qui prête également sa voix à Nate, estime que la conception des niveaux offre une opportunité d’introspection sur les raisons qui poussent les joueurs à jouer.
Le « cerveau de joueur » est souvent associé à une masculinité toxique, mais Foddy nuance cette idée. Il souligne que cette tendance se reflète dans la culture du jeu et dans les personnages que les joueurs sont invités à incarner, comme Nathan Drake dans Uncharted, déterminé et courageux, mais aussi obstiné et acharné.
Baby Steps est un jeu qui ne peut être pleinement apprécié que par ceux qui ont un peu de « cerveau de joueur » en eux. Il est difficile d’expliquer pourquoi il est drôle, il faut comprendre la contrainte et l’étrange satisfaction de poursuivre des objectifs inutiles. Mais l’essentiel est que ces choses ne sont pas inutiles si elles ont une signification pour vous.
À quoi jouer
En commençant à jouer à Sword of the Sea hier soir et en surfant sur des dunes de sable animées, j’ai immédiatement pensé à Journey. L’esthétique, l’animation et les exigences minimales du jeu rappellent ce titre emblématique. Mais après 15 ans, il est agréable de retrouver ces sensations. On se promène dans le désert, on saute de temps en temps, on appuie sur une touche pour activer un mécanisme, on trouve des endroits où notre épée magique peut redonner vie à l’environnement aride. Après avoir inondé le désert, on surfe sur l’eau, entouré de créatures marines. C’est beau, apaisant et réconfortant, même si un peu insubstantiel.
Disponible sur : PS5, PC
Durée de lecture estimée : 2-3 heures
Que lire
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Cette semaine, j’ai écrit sur mon expérience avec Hollow Knight : Silksong tout en vivant avec une douleur chronique. Ce jeu magnifique et impitoyable est devenu le symbole d’une période où je réfléchissais beaucoup à la nature de la souffrance.
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Lego a enfin dévoilé ses sets Pokémon, comprenant un ensemble d’évolutions Kanto à 579,99 £ et un Pikachu au regard particulièrement triste. L’ensemble Venusaur, Charizard et Blastoise est très attrayant, mais on se demande qui peut se permettre des jouets nostalgiques aussi chers dans le contexte économique actuel.
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Les employés de Rockstar Games licenciés l’année dernière, accusés d’actes de lutte antisyndicale, contestent l’entreprise devant les tribunaux, soutenus par le Syndicat des travailleurs indépendants de Grande-Bretagne. Après une audience préliminaire à Glasgow la semaine dernière, un juge a rejeté leur demande de versement d’une indemnité pendant la durée du procès.
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Bloc de questions
Le correspondant aux jeux, Keith Stuart, répond à la question suivante d’un lecteur, David :
Ma résolution pour la nouvelle année est de réduire mon temps sur Baldur’s Gate 3 et Battlefield et de jouer à des jeux indépendants expérimentaux. Mais comment les trouver ?
Tout d’abord, félicitations pour cette décision d’élargir votre horizon vidéoludique. Les jeux à succès sont très bien, mais il est enrichissant de découvrir de nouvelles expériences, parfois surprenantes. Outre les sélections indépendantes régulières du Guardian, la page d’accueil de la boutique de jeux vidéo numériques Itch.io est un bon point de départ. De nombreux petits développeurs y présentent leurs nouveaux projets, et la plateforme est bien organisée. Steam organise également régulièrement des promotions indépendantes, dont un festival annuel dédié. Il est également intéressant de suivre les festivals IndieCade et Games for Change pour découvrir des titres prometteurs. De nombreux sites de critiques se spécialisent dans les jeux indépendants, comme Indie Game Reviewer et Le trésor enfoui de John Walker. Enfin, Bluesky est un excellent moyen de suivre les développeurs indépendants, avec de nombreuses listes et communautés à rejoindre.
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