Publié le 2024-10-27 10:30:00. De nouvelles découvertes paléontologiques en Chine et une analyse approfondie d’un fossile d’archéoptéryx à Chicago remettent en question notre compréhension de l’évolution précoce des oiseaux, suggérant une diversification plus rapide et plus complexe qu’on ne le pensait.
- La découverte du fossile de Baminornis en Chine révèle la présence d’un pygostyle (coccyx fusionné), une caractéristique des oiseaux modernes, absent chez l’archéoptéryx.
- Une analyse détaillée d’un spécimen d’archéoptéryx au Field Museum de Chicago a révélé la présence de plumes tertiaires, suggérant une capacité de manœuvre aérienne plus sophistiquée.
- Ces découvertes, publiées dans la revue Nature, suggèrent que l’origine et la diversification des oiseaux pourraient être plus anciennes qu’on ne le croyait.
L’évolution des oiseaux, un sujet de fascination pour les paléontologues depuis plus de 160 ans, est une fois de plus remise en question. Des recherches récentes, menées en Chine et aux États-Unis, apportent de nouvelles données qui obligent les scientifiques à reconsidérer les théories établies sur l’émergence et la diversification de ces créatures ailées.
Il y a environ 150 millions d’années, pendant le Jurassique, l’Europe était un archipel baigné par des mers tropicales. C’est dans cet environnement unique que coexistaient certains des oiseaux les plus anciens, dont l’archéoptéryx, un animal de la taille d’un corbeau doté de griffes sur les ailes et de dents dans le bec, témoignant de ses liens étroits avec les dinosaures théropodes.
L’archéoptéryx, découvert en Allemagne dans les années 1860, est longtemps resté le seul oiseau jurassique connu. Il est considéré comme un fossile de transition emblématique, mais son aptitude au vol soutenu a toujours fait débat. Il possédait des plumes adaptées au vol, mais manquait d’un sternum osseux et d’une longue queue, soulevant des questions sur sa capacité à voler efficacement. Comme l’explique Stephen Brusatte, paléontologue à l’Université d’Édimbourg :
« Il manquait un sternum osseux et doté d’une longue queue, ce qui a soulevé des doutes parmi les scientifiques quant à son aptitude à un vol soutenu. »
La rareté des fossiles d’oiseaux primitifs est un défi majeur pour les paléontologues. Leurs os fragiles et les conditions de conservation exceptionnelles requises pour leur préservation rendent les découvertes particulièrement difficiles. Les archives fossiles du Jurassique ont longtemps souffert de lacunes importantes.
La situation a évolué en 2025 avec la découverte de Baminornis dans la province du Fujian, en Chine. L’équipe dirigée par Min Wang a mis au jour un fossile présentant un pygostyle, le coccyx fusionné caractéristique des oiseaux modernes, une structure absente chez l’archéoptéryx. Selon Wang, cette découverte suggère que l’origine des oiseaux pourrait remonter à une période encore plus ancienne et que leur diversification a commencé plus tôt qu’on ne le pensait.
« Cela suggère que l’origine des oiseaux pourrait être localisée dans une période encore plus ancienne et que cette diversification a commencé plus tôt qu’on ne le pensait auparavant. »
Parallèlement, une nouvelle analyse d’un spécimen d’archéoptéryx conservé au Field Museum de Chicago a révélé la présence de plumes tertiaires, situées entre les ailes et le corps. Ces plumes, selon les chercheurs, auraient contribué à améliorer la manœuvrabilité de l’oiseau en vol. Jingmai O’Connor, paléontologue au Field Museum de Chicago, souligne la nécessité de rester prudent dans l’interprétation des données :
« Les oiseaux et les dinosaures ressemblant à des oiseaux sont extrêmement rares dans les archives fossiles. »
D’autres experts, comme Talia Lowi-Merri de l’Université Harvard, suggèrent que le sternum a évolué progressivement chez les oiseaux et que l’archéoptéryx pourrait avoir possédé une structure cartilagineuse, insuffisante pour un vol puissant.
Le débat sur l’origine du vol chez les dinosaures reste ouvert. O’Connor défend l’idée que le vol a pu évoluer à plusieurs reprises de manière indépendante, citant des fossiles comme Microraptor, un dinosaure à quatre ailes, et Yi, qui présentait des membranes similaires à celles d’une chauve-souris. D’autres chercheurs, comme Lowi-Merri, privilégient une transition progressive unique des dinosaures incapables de voler vers les oiseaux modernes.
Malgré ces progrès, les archives du Jurassique restent fragmentaires. Les scientifiques soulignent que l’expansion rapide des oiseaux au Crétacé, en Asie, en Amérique, en Espagne, à Madagascar et en Antarctique, contraste avec la rareté des découvertes de cette période. De nouvelles fouilles, notamment en Asie, sont essentielles pour combler ces lacunes et mettre au jour des espèces encore plus anciennes et révélatrices.
Après plus de 160 ans d’études, l’archéoptéryx continue de fasciner et de fournir de nouvelles informations fondamentales sur l’origine des oiseaux, comme le soulignent les scientifiques de la revue Nature.