Publié le 15 janvier 2026. Les États-Unis ont revu leurs recommandations vaccinales pour les enfants, réduisant le nombre de vaccins universellement conseillés et introduisant une approche plus personnalisée. Cette décision suscite des interrogations quant à son impact sur la couverture vaccinale et la santé publique.
- Le ministère américain de la Santé et des Services sociaux (HHS) a publié un nouveau calendrier vaccinal réduisant le nombre de vaccins universellement recommandés de 17 à 11.
- Les vaccins contre l’hépatite A et B, le rotavirus, la méningococcie, la grippe, le VRS et le COVID ne sont désormais recommandés qu’après une discussion clinique partagée avec les professionnels de santé ou pour les enfants à risque.
- Le nombre de doses recommandées pour le vaccin contre le virus du papillome humain (VPH) a également été réduit.
Ce changement de politique intervient dans un contexte de débat sur la confiance envers les vaccins et l’importance de l’immunisation collective. Bill Hanage, professeur d’épidémiologie à la Harvard T.H. Chan School of Public Health, souligne les risques potentiels d’une baisse des taux de vaccination.
Selon le professeur Hanage, une diminution de la couverture vaccinale se traduira inévitablement par une augmentation des maladies évitables, des souffrances et des décès. L’ampleur et la rapidité de cet impact dépendront de chaque maladie et du vaccin associé. Il prend l’exemple de l’hépatite B, qui peut entraîner des maladies chroniques à long terme, et de la méningite à méningocoque, une infection aiguë potentiellement mortelle. Il rappelle également que le rotavirus, avant l’introduction du vaccin, était une cause majeure de diarrhée sévère chez les enfants, nécessitant des hospitalisations.
Les enfants issus de milieux défavorisés, sans accès facile aux soins de santé ou à une assurance, sont particulièrement vulnérables face à cette évolution. Ils risquent d’être les plus touchés par une baisse de la couverture vaccinale et d’avoir plus de difficultés à se faire vacciner à l’avenir.
Interrogé sur les raisons de ce retrait de certains vaccins de la recommandation universelle, le professeur Hanage exprime ses réserves. Il explique que l’argument selon lequel la plupart des cas de ces maladies sont bénins est fallacieux, comparant cette approche à une préparation insuffisante face à des catastrophes naturelles ou à un relâchement des normes de sécurité incendie. Il souligne que la faible incidence de ces maladies est en grande partie due à la vaccination elle-même.
« Il semble étrange de suggérer que nous pouvons renforcer la confiance dans la santé publique grâce à des recommandations qui entraîneront davantage de personnes malades. »
Bill Hanage, professeur d’épidémiologie à la Harvard T.H. Chan School of Public Health
Concernant la réduction des doses recommandées pour le vaccin contre le VPH, il explique que l’Organisation mondiale de la santé recommande une seule dose dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, où l’accès aux soins est limité. Il souligne que cette approche vise à maximiser la protection dans des contextes où la couverture vaccinale est difficile à atteindre.
Le professeur Hanage établit également un parallèle avec les leçons tirées de la pandémie de COVID-19. Il rappelle que l’immunité collective, c’est-à-dire la proportion de la population protégée contre une infection, est essentielle pour éliminer un virus. Il prend l’exemple de la rougeole, où des taux de vaccination élevés ont permis d’éradiquer la maladie dans de nombreuses régions. Il précise que, dans le cas de la COVID-19, les vaccins ont considérablement réduit les formes graves de la maladie, même s’ils n’ont pas empêché complètement la transmission du virus.
Il critique l’approche de la « prise de décision clinique partagée », estimant qu’elle risque de complexifier l’accès à la vaccination et de réduire le nombre de personnes vaccinées. Il rappelle que certaines maladies, comme la méningite à méningocoque, peuvent avoir des conséquences graves, voire mortelles, et que tous devraient être protégés.
Enfin, il nuance l’argument selon lequel cette réduction du nombre de vaccins infantiles alignerait les États-Unis sur d’autres pays développés, comme le Danemark. Il souligne que le Danemark dispose d’un système de santé universel et facilement accessible, ce qui n’est pas le cas aux États-Unis. Il prend l’exemple du dépistage de l’hépatite B pendant la grossesse, qui est systématique au Danemark, permettant ainsi de vacciner les bébés exposés au virus. Aux États-Unis, ce dépistage est insuffisant, ce qui rend la vaccination systématique des nourrissons d’autant plus importante.
Le professeur Hanage insiste sur le fait que les recommandations vaccinales doivent être régulièrement réévaluées en fonction des nouvelles données scientifiques, mais que les changements actuels sont sans précédent et pourraient avoir des conséquences négatives sur la santé publique.
Il encourage les personnes souhaitant obtenir des informations fiables sur la vaccination à consulter les associations médicales professionnelles et des initiatives telles que le Vaccine Integrity Project. La saison grippale actuelle est particulièrement sévère, et le vaccin contre la grippe reste un outil essentiel de prévention, même s’il n’est pas parfait.
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