Publié le 15 janvier 2024 à 14h00. Une nouvelle étude internationale révèle que le jeûne intermittent pourrait avoir des effets bénéfiques sur le cerveau, en réduisant l’inflammation et l’anxiété, grâce à un composé clé du métabolisme énergétique : le succinate.
- Le jeûne intermittent, qui consiste à alterner des périodes d’alimentation et de jeûne, améliore le comportement exploratoire et diminue les niveaux d’anxiété.
- Cette amélioration est liée à une modulation du succinate, un métabolite qui joue un rôle crucial dans la communication entre le corps et le cerveau.
- Les chercheurs espèrent que ces découvertes pourront mener à de nouvelles approches nutritionnelles ou pharmacologiques pour prévenir les troubles cognitifs et les maladies métaboliques liés à l’obésité.
L’obésité, un problème de santé publique croissant, n’affecte pas seulement le corps, mais également le cerveau. Elle augmente le risque de troubles cognitifs, de maladies neurodégénératives et de problèmes de santé mentale. Le jeûne intermittent, une pratique de plus en plus populaire, a déjà montré des effets positifs sur la santé, mais les mécanismes sous-jacents restaient mal compris. Une récente étude menée par une équipe internationale de chercheurs apporte de nouvelles éclaircissements sur ce sujet.
L’étude, publiée dans la revue « Acta Physiologica », est le fruit d’une collaboration entre la Scuola Superiore Sant’Anna de Pise, l’Institut de physiologie clinique du Cnr de Pise, l’Université de Pise, la Scuola Normale Superiore et l’Université de Californie Irvine. Les chercheurs ont utilisé un modèle expérimental d’obésité induite par un régime riche en graisses, en le comparant à une alimentation équilibrée et aux effets du jeûne intermittent, qui alterne la consommation d’une alimentation équilibrée avec des périodes de jeûne de 24 heures.
Les résultats ont démontré que le passage d’un régime riche en graisses à un régime équilibré ou au jeûne intermittent permet de réduire le poids corporel et la masse grasse, et d’améliorer la tolérance au glucose. Cependant, seul le jeûne intermittent a significativement amélioré le comportement exploratoire et diminué les niveaux d’anxiété, des effets corrélés à une réduction de l’inflammation cérébrale.
Grâce à des techniques avancées de métabolomique, l’équipe a identifié le succinate comme une molécule clé qui relie le métabolisme du corps au cerveau. L’analyse des métabolites dans différents tissus et dans la circulation sanguine a révélé une signature métabolique spécifique du jeûne intermittent, caractérisée par une diminution du succinate dans le plasma et une augmentation dans le foie et le tissu adipeux brun.
« Grâce à cette étude, nous avons pu développer des approches nutritionnelles ou pharmacologiques visant à moduler le succinate pour prévenir non seulement le diabète et d’autres maladies cardiométaboliques, mais également les troubles de l’humeur et le déclin cognitif associés à l’obésité, offrant une protection neurobiologique supérieure à celle d’une simple restriction calorique. »
Paola Tognini, chercheuse au Centre des Sciences de la Santé de l’École Sant’Anna et coordinatrice de l’étude
De manière surprenante, l’administration de succinate seul a reproduit une grande partie des effets bénéfiques du jeûne intermittent, notamment en termes de changement de comportement et de réduction de l’anxiété, suggérant que cette molécule pourrait être le principal responsable des effets positifs observés.
« Étonnamment, l’administration seule de succinate reproduit une grande partie des effets du jeûne intermittent, notamment en termes de changement de comportement et de réduction de l’anxiété ; comme si la molécule était le ‘secret’ du jeûne intermittent. »
Andrea Tognozzi, étudiante au doctorat en Sciences Cliniques et Translationnelles à l’Université de Pise
Ces résultats suggèrent que la modulation du succinate, en particulier son augmentation dans le foie et le tissu adipeux brun, et sa réduction dans la circulation sanguine, pourrait représenter un nouveau mécanisme biochimique expliquant les bienfaits du jeûne intermittent sur le métabolisme, le comportement et l’inflammation cérébrale. Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour confirmer ces résultats et explorer le potentiel thérapeutique de la modulation du succinate.
À lire aussi
