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Pourquoi 40 % des cas de crise cardiaque surviennent chez des personnes à faible risque ?

by Sophie Martin

Publié le 2024-10-27 10:30:00. Une vaste étude internationale révèle que près de 40 % des crises cardiaques surviennent chez des personnes considérées à faible risque selon les méthodes d’évaluation actuelles, soulignant une lacune majeure dans la prévention des maladies cardiovasculaires.

  • Quarante pour cent des crises cardiaques surviennent chez des individus qui ne sont pas considérés comme prioritaires par les stratégies de prévention.
  • L’étude PURE, menée auprès de 200 000 personnes dans 21 pays, met en évidence l’influence des facteurs sociaux et environnementaux sur la santé cardiovasculaire.
  • Le style de vie, incluant l’alimentation, l’activité physique et la gestion du stress, joue un rôle déterminant dans la prévention des maladies cardiaques et des accidents vasculaires cérébraux.

Des résultats surprenants issus de l’étude PURE (Épidémiologie rurale urbaine prospective) remettent en question les méthodes traditionnelles d’évaluation du risque cardiovasculaire. Selon cette vaste recherche internationale, impliquant près de 200 000 participants issus de 21 pays répartis sur cinq continents – dont le Brésil – quatre crises cardiaques sur dix touchent des personnes qui, selon les critères actuels, ne présentent pas de profil à risque élevé.

Cette découverte souligne une faille importante dans les stratégies de prévention actuelles. Ces individus, qui ne bénéficient généralement pas d’une surveillance médicale intensive ni d’une attention particulière des politiques de santé, se retrouvent ainsi pris au dépourvu. Concrètement, cela signifie que 40 % des crises cardiaques se produisent « hors du radar » des médecins et des chercheurs, nécessitant une réévaluation des outils et des approches utilisés pour prédire et prévenir les maladies cardiovasculaires.

L’étude PURE, une cohorte prospective internationale, suit le même groupe de personnes sur une longue période afin d’observer les liens entre différents facteurs et l’apparition de maladies ou de décès. Son objectif principal est d’identifier les déterminants de la santé et de la mortalité, en particulier en ce qui concerne les maladies cardiovasculaires, en comparant les modes de vie urbains et ruraux ainsi que les niveaux de revenus dans différentes régions du monde.

Pour rendre ces informations scientifiques accessibles au grand public, les chercheurs ont choisi de les présenter sous forme de « leçons » tirées de l’étude PURE et d’autres recherches complémentaires, telles que InterHeart et InterStroke, menées par le même Centre international de recherche de l’Hôpital Alemão Oswaldo Cruz.

La société façonne la maladie

Ces différentes études ont analysé les facteurs associés aux crises cardiaques et aux accidents vasculaires cérébraux dans diverses régions du monde. Elles convergent vers une idée centrale : la santé et la longévité ne sont pas uniquement une question de génétique ou de choix individuels, mais sont profondément influencées par l’organisation de la société. L’objectif est d’atteindre une « LongerVitality », basée sur des preuves scientifiques et non sur de simples promesses.

Le modèle de transition épidémiologique illustre ce phénomène : l’amélioration des conditions sanitaires de base et de la couverture vaccinale entraîne une diminution des maladies infectieuses, mais l’urbanisation et les modes de vie modernes introduisent de nouveaux risques. La sédentarité, une alimentation riche en calories et le stress émotionnel se multiplient, favorisant l’obésité, l’hypertension artérielle, les troubles du cholestérol et le diabète, qui à leur tour augmentent le risque de crises cardiaques, d’accidents vasculaires cérébraux et de cancers.

L’étude InterHeart a identifié neuf facteurs qui expliquent 90 % du risque de crise cardiaque : le tabagisme, l’hypertension artérielle, la dyslipidémie, l’obésité abdominale, le diabète, une mauvaise alimentation, la sédentarité, la consommation d’alcool, le stress et la dépression. Au Brésil, la dyslipidémie, l’obésité abdominale, le tabagisme, l’hypertension et le stress émotionnel sont particulièrement prévalents.

De même, l’étude InterStroke a révélé un schéma similaire pour les accidents vasculaires cérébraux, avec dix facteurs expliquant 90 % des cas, incluant des facteurs comportementaux et métaboliques liés aux maladies cardiaques, ainsi que des affections cardiaques telles que la fibrillation auriculaire. Comme pour les crises cardiaques, la plupart des accidents vasculaires cérébraux pourraient être évités grâce à une prévention efficace.

La relation entre accès et survie

L’étude PURE a également mis en lumière un paradoxe du risque cardiovasculaire : les pays à revenus élevés présentent un risque cardiovasculaire plus élevé, mais enregistrent moins d’événements cardiaques graves et une mortalité plus faible que les pays à faible revenu. La différence réside principalement dans l’accès au diagnostic, aux traitements, aux médicaments et aux services de santé. Là où l’accès aux soins est garanti, les chances de survie sont plus élevées, même chez les personnes qui ne seraient pas considérées comme à haut risque selon les critères traditionnels.

L’alimentation joue un rôle crucial. Les données montrent que les régimes riches en glucides sont associés à une mortalité plus élevée, tandis que la consommation de fruits et légumes est liée à une mortalité réduite. Les protéines sont également associées à un risque de décès plus faible. De manière surprenante, les graisses animales semblent être associées à une mortalité plus faible, tandis que les gras trans ont un effet clairement nocif. La consommation de sel et de potassium est également importante : un excès ou un manque de sel augmente le risque cardiovasculaire, tandis qu’une consommation modérée et une alimentation riche en potassium (présent naturellement dans les aliments) ont un effet protecteur.

L’activité physique est un pilier essentiel de la prévention. L’activité aérobie est associée à moins de crises cardiaques, d’accidents vasculaires cérébraux et à une mortalité globale et cardiovasculaire plus faible. De plus, la force musculaire s’est révélée être un puissant marqueur de protection : plus la force musculaire est importante, plus le risque de décès, y compris d’origine cardiovasculaire, est faible. Maintenir le corps en mouvement et préserver la masse musculaire sont des éléments clés d’une vie longue et en bonne santé.

L’hypertension artérielle reste le principal facteur de risque au Brésil et dans le monde. Environ 45 % des adultes brésiliens sont hypertendus, mais le contrôle de la tension artérielle reste faible : seuls 10 % des personnes hypertendues dans le monde et 18 % au Brésil maintiennent leur tension artérielle à un niveau optimal. Un facteur aggravant est qu’environ la moitié des personnes hypertendues ne sont même pas conscientes de leur condition.

La connaissance existe, mais il faut en profiter

Même après une crise cardiovasculaire, la prévention secondaire est souvent défaillante. L’étude PURE a montré que, bien que des thérapies post-infarctus efficaces existent pour prévenir de nouveaux événements, elles sont encore sous-utilisées. Au Brésil, environ 20 % des patients ayant subi un infarctus et 30 % de ceux ayant subi un accident vasculaire cérébral ne prennent aucun médicament préventif. Ce constat souligne la difficulté de traduire les preuves scientifiques en pratiques cliniques cohérentes.

En conclusion, l’étude démontre que 12 facteurs représentent environ 70 % des événements cardiovasculaires dans le monde. En Amérique du Sud, dix facteurs expliquent une proportion similaire. Environ 70 % des décès précoces sont associés à un ensemble limité de facteurs modifiables, tels que le tabagisme, l’hypertension, un faible niveau d’éducation, l’obésité abdominale, une mauvaise alimentation, une force musculaire réduite, l’inactivité physique, la dépression, l’alcool et la pollution.

Le message final est clair : le style de vie compte, et des changements durables et fondés sur des données probantes peuvent augmenter l’espérance de vie et améliorer la qualité de vie. La prévention doit être mise en œuvre dès la grossesse, tout au long de l’enfance, de l’adolescence, de l’âge adulte et du vieillissement.

Aujourd’hui, le plus grand défi en matière de santé cardiovasculaire n’est pas de découvrir de nouveaux facteurs de risque, mais de mettre en œuvre les connaissances que nous possédons déjà. Nous savons ce qui réduit les crises cardiaques et les accidents vasculaires cérébraux, et nous savons ce qui augmente le risque. Il est impératif de transformer ces connaissances en routine clinique, en politiques publiques et en choix de vie durables.

La LongVitalité recherchée n’est pas un concept abstrait. Elle englobe une augmentation de l’espérance de vie sans maladies cardiovasculaires ni cancer, une diminution du déclin cognitif, une plus grande autonomie et des bienfaits prouvés associés à la spiritualité, tels que le sens de la vie, la gratitude et la capacité de pardonner. C’est le résultat d’une prévention efficace, d’un accès aux soins, d’une observance rigoureuse des traitements et de choix répétés au fil du temps. En intégrant ces éléments, nous gagnons non seulement des années de vie, mais aussi de la qualité de vie.

*Álvaro Avezum, professeur titulaire de cardiopneumologie à l’USP et directeur du Centre international de recherche, Hôpital Alemão Oswaldo Cruz.

Cet article est republié à partir de La Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original ici.

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