Publié le 15 janvier 2026 17:41:00. L’influence de l’Iran dans la région s’est considérablement affaiblie ces derniers mois, suscitant un changement notable dans la couverture médiatique arabe et l’attitude des États du Golfe face à Téhéran. Ce recul, lié aux conflits israélo-palestiniens et aux difficultés internes iraniennes, inquiète néanmoins les pays de la région, craignant les conséquences d’un éventuel effondrement du régime.
- Les médias arabes, autrefois favorables aux manifestants iraniens en 2022, accordent désormais moins d’importance à l’Iran dans leurs reportages.
- Le réseau d’alliés régionaux de Téhéran, notamment le Hezbollah et le régime de Bachar al-Assad, est affaibli par les conflits et les pressions internationales.
- Les États du Golfe, tout en considérant l’Iran affaibli, restent préoccupés par les risques d’escalade et les conséquences d’un possible effondrement de l’État iranien.
Lors des manifestations de 2022, les principaux médias arabes, souvent financés par des pays du Golfe, avaient largement couvert les événements en Iran, affichant un soutien clair aux protestataires. Téhéran avait alors exprimé son mécontentement, le commandant des Gardiens de la révolution de l’époque, Hossein Salami, accusant les médias soutenus par l’Arabie saoudite d’« incitation » et menaçant de représailles.
Aujourd’hui, la situation a évolué. L’Iran est rarement en tête des journaux télévisés arabes et les responsables politiques semblent plus mesurés dans leurs déclarations publiques. Les diplomates expliquent ce changement par deux facteurs principaux : le déclin de la position régionale de l’Iran et la crainte croissante des États du Golfe face à une instabilité accrue.
Les guerres qui ont suivi l’attaque du 7 octobre 2023 ont fragilisé le réseau d’alliés de Téhéran. Le Hezbollah, confronté à des frappes israéliennes quasi-quotidiennes, est affaibli. Le régime de Bachar al-Assad, un allié de l’Iran, semble également s’éloigner de l’équation régionale. L’Iran lui-même a subi des bombardements israéliens et américains en juin, au cours desquels Hossein Salami a été tué.
Cette situation a modifié la perception de l’Iran dans le monde arabe. Au Liban, la visite du ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araqchi en octobre 2024 a suscité une vague de protestations, tandis que sa visite du 8 janvier a été accueillie avec plus de sarcasme que d’indignation, notamment en raison de ses discours sur la coopération économique alors que le pays est confronté à une détérioration des conditions de vie.
Dans une interview accordée à The Economist, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a qualifié l’Iran de « puissance de second ordre », une expression qui se répand parmi les responsables arabes. Ces dernières semaines, les tensions entre l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, ainsi que les affrontements dans le nord de la Syrie, ont dominé l’actualité arabe, sans que l’Iran n’y joue un rôle direct.
Cependant, les États du Golfe ne considèrent pas l’Iran comme totalement impuissant. L’inquiétude grandit face à une possible escalade, notamment après les menaces du président américain Donald Trump de prendre des mesures contre le régime en cas de répression continue des manifestants. Malgré l’affaiblissement de son arsenal de missiles balistiques à longue portée, Téhéran dispose toujours de milliers de missiles à courte portée capables de frapper des cibles dans le Golfe.
L’Iran a déjà tiré des missiles sur la base d’Al Udeid au Qatar en représailles symboliques après un bombardement de ses installations nucléaires, après avoir prévenu Doha et Washington. Les responsables iraniens ont également suggéré qu’ils pourraient élargir la liste des cibles à des pays comme Bahreïn en cas de nouvelles attaques, ce qui explique la prudence des capitales du Golfe.
Selon le magazine britannique, le scénario le plus préoccupant pour les États du Golfe est celui d’un effondrement de l’État iranien. La région connaît déjà les conséquences désastreuses de la désintégration de pays comme l’Irak et la Syrie : flux de réfugiés, prolifération de groupes armés, trafic d’armes et de drogues. L’effondrement d’un pays de 92 millions d’habitants situé à seulement 200 kilomètres du Golfe pourrait engendrer des risques encore plus importants, allant de la perte de contrôle des missiles et des drones à l’incertitude concernant le sort des stocks d’uranium, notamment ceux de l’installation de Fordow.
Les régimes arabes ne cachent pas leur désaccord avec la République islamique. En théorie, ils pourraient accueillir un nouveau gouvernement iranien qui renoncerait à son programme nucléaire et cesserait de soutenir les milices dans la région. Cependant, des années de guerre et d’instabilité ont conduit de nombreux pays arabes à privilégier la prudence : ils craignent que les troubles en Iran n’entraînent davantage de chaos plutôt que la stabilité souhaitée.