Publié le 16 janvier 2026. Une nouvelle étude révèle que jusqu’à 2 % de la population pourrait être porteuse de variantes génétiques associées à des maladies oculaires héréditaires sans jamais en développer de symptômes, remettant en question la compréhension actuelle de ces affections.
- Jusqu’à 2 % de la population pourrait être porteuse de variantes génétiques liées à des troubles oculaires héréditaires sans jamais développer de problèmes de vision.
- La pénétrance de ces gènes, c’est-à-dire la probabilité qu’une personne porteuse d’une variante génétique développe effectivement la maladie, est bien plus faible qu’on ne le pensait.
- Cette découverte pourrait influencer la manière dont les tests génétiques sont interprétés et la recherche de nouveaux traitements.
Les dégénérescences rétiniennes héréditaires (DRH), également connues sous le nom de maladies oculaires rétiniennes héréditaires, constituent une cause majeure de cécité chez les adultes en âge de travailler. Longtemps, on a cru que la présence d’une variante génétique nuisible entraînait presque systématiquement le développement de la maladie. Cependant, une étude récente, publiée le 8 janvier 2026 dans la American Society of Human Genetics, remet en question cette hypothèse.
Des exemples de DRH incluent la rétinite pigmentaire, caractérisée par la mort progressive des cellules rétiniennes sensibles à la lumière, l’amaurose congénitale de Leber, qui se manifeste dès la petite enfance par de graves troubles de la vision, et la maladie de Stargardt, affectant la macula et entraînant une perte de vision centrale. Jusqu’à présent, la conviction que ces maladies étaient directement liées à un seul gène a guidé les tests génétiques et la recherche de traitements.
Pour mieux comprendre la fréquence à laquelle les variantes génétiques associées aux DRH conduisent réellement à une perte de vision, des chercheurs de l’Université de la Colombie-Britannique, de l’Ocular Genomics Institute du Massachusetts Eye and Ear et de la Harvard Medical School ont analysé les données génétiques, médicales et d’imagerie oculaire de centaines de milliers de participants issus de vastes biobanques, notamment le programme de recherche All of Us et la biobanque britannique. Ils ont identifié les gènes liés aux DRH et validé les modèles de transmission des variantes pathogènes.
Leurs analyses ont révélé 481 personnes porteuses de variantes génétiques liées aux DRH parmi les 317 964 participants à All of Us disposant de données génétiques et de dossiers médicaux. La majorité de ces variantes se trouvaient dans des gènes à dominance autosomique, suivies par des gènes liés au chromosome X et des gènes récessifs autosomiques, représentant 167 variantes différentes dans 33 gènes. Les fréquences de la maladie variaient de 9,4 % pour une définition stricte des DRH à 28,1 % pour une définition plus large, ce qui indique que la plupart des porteurs ne développent pas la maladie.
L’étude a également mis en évidence que certaines variantes étaient associées à d’autres affections oculaires, telles que la dégénérescence maculaire liée à l’âge et l’œdème maculaire cystoïde. L’imagerie rétinienne de la UK Biobank a confirmé une faible pénétrance, avec seulement 16,1 à 27,9 % des porteurs présentant des anomalies. L’âge semblait légèrement augmenter le risque de maladie, mais même chez les personnes de plus de 60 ans, les problèmes de vision restaient rares.
Les chercheurs soulignent que cette faible pénétrance suggère que des facteurs génétiques ou environnementaux supplémentaires sont nécessaires pour déclencher la maladie. Ils recommandent une approche prudente lors de l’interprétation des tests génétiques chez les personnes asymptomatiques et appellent à des recherches plus approfondies sur les facteurs influençant la pénétrance et la gravité de ces maladies.
Les points forts de cette étude résident dans l’utilisation de vastes biobanques reliant les informations génétiques aux dossiers médicaux, la validation rigoureuse des variantes génétiques et la confirmation par imagerie oculaire. Ces éléments permettent de mieux comprendre la fréquence réelle à laquelle les gènes liés aux DRH provoquent des maladies et de confirmer la fiabilité des codes de diagnostic présents dans les dossiers de santé.
Les auteurs reconnaissent certaines limites, notamment le biais potentiel lié aux participants des biobanques, qui pourraient être en meilleure santé ou plus aisés, ainsi que le fait que certaines variantes génétiques rares n’ont pas été détectées dans tous les ensembles de données. De plus, l’imagerie oculaire ne couvrait qu’une partie de la rétine.