Deux fragments de la célèbre Tapisserie de Bayeux, prélevés illicitement par un scientifique nazi pendant la Seconde Guerre mondiale, ont été restitués à la France par les autorités allemandes du Schleswig-Holstein. Cette restitution, intervenue mercredi, marque une étape importante dans la restitution du patrimoine culturel pillé pendant l’Occupation.
Les deux petits morceaux de lin non brodé, mesurant entre un et deux centimètres de long, ont été découverts fortuitement en 2023 dans les archives personnelles de Karl Schlabow, un spécialiste des textiles anciens et ancien directeur de musée allemand décédé en 1984. Schlabow avait été chargé par le régime nazi d’étudier la Tapisserie de Bayeux au cours de l’été 1941, dans le cadre d’une recherche pseudoscientifique visant à établir un lien entre l’œuvre et « l’héritage ancestral de la race aryenne ». Cette étude, qui n’a jamais été publiée, servait de prétexte à une appropriation du patrimoine.
« C’est lors de l’inventaire de cette collection en 2023 qu’une plaque de verre contenant des morceaux de tissus a été découverte, avec d’autres documents », a expliqué le directeur du musée du Schleswig-Holstein. « Grâce à l’étiquetage de la plaque, il a été possible d’identifier ces fragments comme provenant de la Tapisserie de Bayeux. » Il a ajouté : « Il était évident que ces morceaux de tissus emportés par les nazis il y a 85 ans devaient être restitués à la France. »
Les fragments sont désormais de retour au musée de Bayeux, en Normandie, où la tapisserie est habituellement conservée. Actuellement en stockage en raison de travaux de rénovation, elle devrait être transportée en Angleterre plus tard dans l’année pour une exposition au British Museum. Cette perspective suscite toutefois des inquiétudes quant à la fragilité de l’œuvre, compte tenu de son grand âge.
La Tapisserie de Bayeux, longue de 70 mètres, est une broderie sur toile de lin du XIe siècle qui relate la conquête de l’Angleterre en 1066 par Guillaume le Conquérant, duc de Normandie. Ce n’est pas la première restitution de fragments de la tapisserie : un autre morceau brodé avait été rendu à la France en 1872 par le South Kensington Museum – aujourd’hui Victoria and Albert Museum – à Londres, après avoir été prélevé en 1816 par l’artiste britannique Charles Stothard, envoyé sur place pour en réaliser une copie.