Publié le 16 janvier 2026 à 21h29. Une nouvelle réglementation financière italienne menace les exportations suisses de machines, avec un impact potentiel d’un milliard de francs, alors que les entreprises helvétiques se heurtent à une concurrence déloyale sur le marché italien.
- Une loi italienne favorise l’amortissement fiscal des machines européennes, excluant de fait les produits suisses.
- Les exportations suisses de machines vers l’Italie, représentant environ 5 % du volume total, sont directement menacées.
- Les industriels suisses craignent un effet domino et appellent à une exception pour la Suisse, similaire à celle accordée à l’EEE.
L’alerte a été donnée début janvier, lorsque les premiers retours d’Italie ont révélé les conséquences d’une nouvelle loi financière romaine. Cette législation, qui entrera en vigueur le 30 janvier, offre aux entreprises italiennes la possibilité d’amortir leurs investissements dans de nouvelles machines à un taux considérablement plus élevé – jusqu’à 2,8 fois leur valeur comptable – si ces machines sont fabriquées dans l’Union européenne ou l’espace économique européen (EEE). Les machines suisses, en revanche, ne bénéficieront que de l’amortissement standard de 100 %.
Pour Jean-Philippe Kohl, directeur adjoint de Swissmem, l’association des industries technologiques suisses, les enjeux sont considérables. « C’est beaucoup d’argent », a-t-il déclaré, soulignant que cette situation s’ajoute à d’autres défis auxquels est confrontée l’industrie suisse, tels que les droits de douane américains, le ralentissement économique européen, les incertitudes géopolitiques et la force du franc suisse.
L’impact se fait déjà sentir sur le terrain. Kilian Hintermann, patron de Swiss Qprint, un fabricant d’imprimantes numériques grand format basé dans le canton de Saint-Gall, a vu trois commandes italiennes annulées en quelques jours.
« C’est beaucoup d’argent. »
Kilian Hintermann, patron de Qprint en Suisse
Ses clients italiens ne souhaitent plus investir dans ses imprimantes suisses s’ils ne peuvent pas profiter de l’avantage fiscal offert par la nouvelle loi.
Selon les calculs de Hintermann, une entreprise italienne réalisant un bénéfice peut amortir un total de 1,4 million d’euros sur plusieurs années en achetant une de ses machines à 500 000 euros, ce qui lui permettrait d’économiser jusqu’à 216 000 euros d’impôts. Pour son entreprise, qui emploie 140 personnes, cette nouvelle réglementation pourrait entraîner une perte de chiffre d’affaires de l’ordre de 10 %.
La situation est également préoccupante pour Grünig-Signtronic, un fabricant d’applications de sérigraphie avec des sites de production à Rüti (SG) et Schwarzenburg (BE). Son patron, Andreas Ferndriger, qualifie la situation de « catastrophique », soulignant que l’Italie est devenue un marché « très important » pour son entreprise, représentant jusqu’à 15 % de ses ventes.
Le groupe Netstal, qui produit des machines de moulage par injection à Näfels (GL) et réalise environ 5 % de son chiffre d’affaires en Italie, estime que cette perte serait « gérable », mais constitue néanmoins un « coup dur ». Son patron, Renzo Davatz, craint surtout que l’Italie ne donne le ton et que d’autres pays européens n’adoptent des mesures similaires, ce qui pourrait avoir des conséquences désastreuses pour l’industrie suisse, qui réalise 40 % de ses ventes en Europe.
Swissmem se mobilise auprès du gouvernement fédéral et de l’ambassade d’Italie à Berne pour obtenir une exception pour la Suisse, similaire à celle accordée à l’EEE. Le Secrétariat d’État à l’économie (Seco) confirme avoir été informé de la situation et assure soutenir les intérêts des entreprises suisses. Cependant, les efforts de lobbying dans le domaine de l’acier n’ont, pour l’instant, pas porté leurs fruits.
Pour Jean-Philippe Kohl, cette affaire dépasse le simple aspect économique et touche à la crédibilité de la politique suisse à l’égard de l’UE.
« Comment pouvons-nous expliquer à la population qu’il vaut la peine d’entretenir de bonnes relations avec l’UE si elle nous discrimine continuellement ? »
Jean-Philippe Kohl
Il souligne que cette situation pourrait nuire au soutien à Bilatérales III, le prochain ensemble d’accords institutionnels entre la Suisse et l’UE.
Kohl insiste sur le fait que l’Italie n’a pas intentionnellement cherché à pénaliser la Suisse, mais plutôt par négligence. Néanmoins, les conséquences pourraient être lourdes pour l’économie suisse, illustrant une tendance à privilégier l’Europe d’abord, et la Suisse en dernier.
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