Les tensions s’aggravent entre les États-Unis et plusieurs pays européens après la menace de nouvelles taxes douanières proférée par Donald Trump, en représailles à leur désaccord concernant ses ambitions sur le Groenland. De Paris à Londres, en passant par Rome, les réactions se multiplient pour dénoncer un chantage inacceptable et appeler à une réponse unie.
La menace de droits de douane, brandie samedi par l’ancien président américain, vise huit nations européennes – le Danemark, la Norvège, la Suède, la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et la Finlande – et pourrait se traduire par des taxes de 10 % sur leurs exportations vers les États-Unis à partir du 1er février, augmentant à 25 % le 1er juin, jusqu’à ce que, selon Trump, un accord soit trouvé pour l’acquisition complète du Groenland.
L’Union européenne a convoqué en urgence une réunion de ses ambassadeurs à Bruxelles dimanche pour évaluer les options de riposte. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le président du Conseil européen, Antonio Costa, ont mis en garde contre un risque de « spirale descendante dangereuse » et de dégradation des relations transatlantiques.
Emmanuel Macron a appelé à l’activation de l’« instrument anti-coercition » de l’UE, un mécanisme inédit permettant de freiner les importations de biens et de services en réponse à des pressions extérieures. Ce dispositif, surnommé le « bazooka » commercial de l’UE, pourrait être déployé pour contrer les mesures américaines.
Giorgia Meloni, Première ministre italienne, a affirmé avoir exprimé directement à Donald Trump son désaccord avec cette approche. « J’ai parlé à Donald Trump il y a quelques heures et lui ai dit ce que je pensais », a-t-elle déclaré aux journalistes à Séoul, ajoutant qu’imposer de nouvelles sanctions serait une « erreur ». Elle a toutefois tenté d’atténuer le conflit, évoquant un « problème de compréhension et de communication » entre l’Europe et les États-Unis sur la question du Groenland.
Au Royaume-Uni, la ministre de la Culture, Lisa Nandy, a qualifié la menace tarifaire de « fausse » et « contre-productive ». « Nous pensons que c’est profondément inutile et le Premier ministre n’a pas hésité à le dire clairement », a-t-elle déclaré à la BBC, précisant que Keir Starmer envisage de discuter de la situation avec Trump « dans les meilleurs délais ».
La ministre française de l’Agriculture, Annie Genevard, a souligné que les droits de douane américains pénaliseraient également Washington. « Dans cette escalade des droits de douane, (Trump) a aussi beaucoup à perdre, tout comme ses propres agriculteurs et industriels », a-t-elle averti sur Europe 1 et CNews.
Le ministre néerlandais des Affaires étrangères, David van Weel, a dénoncé une forme « inexplicable » de « chantage ».
Par ailleurs, des milliers de personnes ont manifesté samedi à Nuuk, la capitale du Groenland, ainsi qu’à Copenhague et dans d’autres villes danoises, pour exprimer leur opposition à une éventuelle annexion américaine. Le chef du gouvernement groenlandais, Jens-Frederik Nielsen, a participé à une manifestation devant le consulat américain.
Le ministre danois des Affaires étrangères, Lars Lokke Rasmussen, a annoncé qu’il se rendrait prochainement en Norvège, au Royaume-Uni et en Suède pour discuter de la politique de sécurité de l’OTAN dans l’Arctique. L’alliance atlantique est appelée à jouer un rôle actif dans cette crise croissante, selon plusieurs responsables européens.