Publié le 18 janvier 2024 22:59:00. Des experts débattent de la pérennité et de l’attrait des comédies musicales au cinéma, un genre qui continue de fasciner et de diviser le public, malgré ses hauts et ses bas.
- Les comédies musicales hollywoodiennes, depuis l’avènement du cinéma sonore, restent un genre cinématographique populaire, mais suscitent des opinions divergentes.
- Barrie Hardymon, rédacteur en chef chez NPR, se déclare un fervent admirateur, tandis que Marc Rivers, producteur, affiche un certain scepticisme.
- La discussion aborde l’évolution du genre, son potentiel politique et son impact culturel, en citant des exemples emblématiques comme Chantons sous la pluie, Le Magicien d’Oz et West Side Story.
Depuis les premières images animées accompagnées de musique, les comédies musicales ont marqué l’histoire du cinéma. Des scènes iconiques, telles que Gene Kelly dansant sous la pluie dans Chantons sous la pluie, ou Judy Garland découvrant un monde magique dans Le Magicien d’Oz, continuent de résonner dans la mémoire collective. Malgré une popularité fluctuante, notamment après l’âge d’or des années 1950 et 1960, le genre parvient encore à captiver de nouveaux publics, comme en témoigne le succès de certaines productions contemporaines.
Mais l’engouement pour les comédies musicales n’est pas universel. Pour certains, elles incarnent un divertissement joyeux et innocent, tandis que pour d’autres, elles peuvent paraître kitsch ou artificielles. C’est cette dualité qui a été au cœur d’une discussion animée sur NPR, avec Barrie Hardymon, un passionné assumé, et Marc Rivers, un observateur plus critique.
« C’est exact », a confirmé Barrie Hardymon, se décrivant comme un enfant du théâtre et un musicien. « Je suis attaché au genre depuis toujours. Donnez-moi une comédie musicale et je suis aux premières loges. »
Marc Rivers, en revanche, a exprimé une certaine réserve. « J’ai grandi avec des contenus plutôt orientés vers un public masculin, comme Star Wars ou Matrix », a-t-il expliqué. « Avec le recul, je réalise que même Star Wars est aussi extravagant qu’une comédie musicale. Mais j’ai toujours trouvé un peu ridicule cette soudaine irruption de chansons. La musique semble parfois gommer les enjeux de l’histoire. » Il a illustré son propos en évoquant La Mélodie du bonheur, où, malgré le contexte dramatique de l’occupation nazie, l’atmosphère joyeuse des chansons pouvait sembler déplacée.
« Pourquoi ces Blancs sont-ils si heureux de chanter comme ça ? Il y a des gens qui font des émeutes dans les rues dehors. Tu ne devrais pas être aussi heureux. »
Marc Rivers, producteur
La discussion a également abordé la question de la représentation et de la diversité dans les comédies musicales classiques. Marc Rivers a souligné le manque de diversité et le caractère souvent idéalisé des mondes dépeints dans ces films, se demandant pourquoi les personnages semblaient si détachés des réalités sociales et politiques de leur époque.
Sarah McCammon, l’animatrice, a reconnu que les comédies musicales de son enfance, comme La Mélodie du bonheur et Le Magicien d’Oz, étaient perçues comme un divertissement sûr et familial, exempt de violence ou de langage grossier. Elle a souligné leur rôle dans l’exploration des émotions et l’éveil de l’imagination chez les enfants.
Barrie Hardymon a quant à lui souligné le potentiel utopique des comédies musicales, en citant le critique anglais Richard Dyer qui les considérait comme l’expression la plus complète de l’utopie américaine. « Nous résolvons les problèmes grâce à la musique, grâce à une version idéalisée de l’expression », a-t-il expliqué. « C’est un sentiment de résolution collective des problèmes. »
La conversation a ensuite porté sur des exemples plus contemporains, tels que Sweeney Todd : Le démon barbier de Fleet Street, que Marc Rivers a salué pour son ambiance sombre et sa musique audacieuse. Il a également mentionné West Side Story, tant dans sa version originale que dans le remake de Steven Spielberg, comme une œuvre qui aborde des thèmes sociaux importants tels que les inégalités de classe et les préjugés raciaux.
« Ces deux films parlent de différences irréconciliables entre les classes sociales et les races. Ils parlent de vrais problèmes. Mais ils incarnent aussi ce dont vous parlez, Barrie et Sarah, comme s’exprimer pleinement, à travers la chanson. »
Marc Rivers, producteur
Barrie Hardymon a conclu en exprimant son attachement aux comédies musicales politiques et à celles qui incitent à la réflexion et à l’action. Il a cité Kiss of the Spider Woman, avec Jennifer Lopez, comme un exemple de film qui parvient à allier émotion et engagement politique.
La discussion a mis en lumière la complexité et la richesse du genre de la comédie musicale, capable de susciter à la fois l’enthousiasme et le scepticisme, et de continuer à inspirer et à divertir le public à travers les générations.