Le Bangladesh a franchi le seuil critique des 500 décès liés à une épidémie de rougeole, avec 512 victimes recensées selon la Direction générale des services de santé. Cette crise sanitaire, touchant 58 des 64 districts du pays, frappe principalement les enfants de moins de cinq ans en raison de graves pénuries de vaccins.
L’accélération est brutale. En seulement 24 heures, le pays a enregistré 13 décès supplémentaires, portant le total à 512 morts. Selon The Daily Star, among ces derniers décès, un seul a été confirmé en laboratoire, tandis que 12 restent classés comme suspects. Cette disparité souligne la difficulté du diagnostic rapide dans un système de santé saturé.
Le bilan global est alarmant. Les cas confirmés s’élèvent désormais à 8 494, mais c’est le chiffre des cas suspects qui donne le vertige : 62 507 infections potentielles. Le rythme de transmission reste effréné, avec une moyenne quotidienne dépassant les 1 100 cas signalés depuis le 9 avril.
L’ampleur du désastre ne se limite pas aux chiffres ; elle se lit dans les couloirs des hôpitaux. Dans certaines régions, les patients sont contraints de recevoir des soins à même le sol, faute de lits disponibles.
L’effondrement vaccinal : une tragédie prévisible
Cette crise n’est pas l’œuvre d’un hasard biologique, mais le résultat d’une défaillance administrative systémique. Le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF) affirme avoir alerté à plusieurs reprises le gouvernement intérimaire précédent, dirigé par Muhammad Yunus, sur l’épuisement imminent des stocks de vaccins.

« Dès 2024, nous avertissions le gouvernement que la pénurie de vaccins pourrait mener à une épidémie. De 2024 à 2025, puis en 2026, nous avons envoyé des lettres et tenu 10 réunions différentes pour signaler que c’était un problème et que des commandes de vaccins devaient être passées. Ils ne l’ont pas fait. »
Rana Flowers, représentante de l’UNICEF au Bangladesh, via The Hans India
L’analyse de cette rupture révèle un paradoxe financier. L’argent était disponible ; le ministère des Finances avait alloué les fonds nécessaires dans le budget. Le blocage était procédural. Le gouvernement de transition avait décidé de modifier le mode d’acquisition, passant d’un achat direct via l’UNICEF à un système hybride incluant des appels d’offres ouverts. Ce changement a entraîné des délais fatals dans la chaîne d’approvisionnement.
Le coût humain de cette hésitation bureaucratique est dévastateur. Il s’agit d’une grave épidémie de rougeole dans ce pays. Nous avons maintenant plus de 50 000 cas de rougeole. C’est un chiffre non confirmé… Mais 50 000 est certainement un nombre important pour n’importe qui, et pour moi, c’est déchirant
, a déploré Rana Flowers.
Une géographie de la vulnérabilité : des villes aux camps de réfugiés
La maladie ne frappe pas au hasard. Elle s’est engouffrée dans les zones de haute densité et les populations les plus fragiles. Comme le rapporte The Indian Express, la ville de Chittagong enregistre le plus grand nombre de décès à ce jour.

La structure démographique des victimes est sans équivoque : les enfants de moins de cinq ans représentent 81 % des cas signalés. La plupart sont soit trop jeunes pour avoir été vaccinés, soit n’ont reçu qu’une seule dose, alors que deux sont indispensables pour une protection complète.
Le risque s’étend désormais au-delà des frontières nationales. La porosité des frontières du Bangladesh rend la situation régionale instable.
« La maladie a désormais été détectée dans 58 des 64 districts du pays, elle est donc présente dans la majeure partie du territoire, et ce pays connaît des mouvements à travers des frontières poreuses avec les pays voisins »
Miguel Mateos Munoz, chef de la communication de l’UNICEF au Bangladesh, via CBS News
Les camps de réfugiés Rohingya, notamment à Cox’s Bazar et Bhasan Char, constituent des foyers critiques. Bien que des campagnes de vaccination y aient été menées, on y dénombre déjà 595 cas suspects, 60 cas confirmés et cinq décès.
L’héritage toxique et la course à la vaccination
Le nouveau gouvernement dirigé par le Parti Nationaliste du Bangladesh (BNP) se trouve dans une position délicate. Le ministre de la Santé, Sakhawat Hossain, a affirmé que son administration a hérité d’une pénurie absolue, sans une seule dose de vaccin en stock au moment où Tarique Rahman a pris ses fonctions de Premier ministre plus tôt cette année.
Pour stopper l’hémorragie, une réponse d’urgence a été déployée. Une campagne de vaccination lancée en avril visait 1,2 million d’enfants âgés de 6 mois à 5 ans dans 18 districts à haut risque. Les résultats initiaux, détaillés par ReliefWeb, montrent une mobilisation massive :

- Couverture vaccinale : 18,3 millions d’enfants vaccinés via la campagne nationale contre la rougeole et la rubéole (MR), atteignant 102 % de l’objectif initial.
- Soutien humanitaire : Déploiement d’agents de santé de première ligne et installation de capacités de triage et d’isolement temporaires.
- Extension : Le gouvernement envisage de prolonger la campagne d’un mois pour atteindre les zones les plus reculées.
Malgré ces efforts, la situation reste précaire. L’efficacité d’une campagne d’urgence ne peut effacer instantanément des années de couverture vaccinale défaillante. Le gouvernement a lancé une enquête sur la gestion des stocks sous l’administration précédente, et l’UNICEF s’est engagé à fournir toutes les preuves nécessaires pour éclaircir les responsabilités.
L’enjeu d’une élimination compromise
Le Bangladesh avait initialement fixé l’objectif d’éliminer la rougeole et la rubéole d’ici 2020. Si le contrôle de la rubéole a été atteint en 2018, l’épidémie actuelle représente un recul brutal pour la santé publique du pays.
Le risque majeur est désormais la mutation de cette crise locale en un problème régional. Avec des milliers de cas suspects et une transmission hebdomadaire qui reste élevée, le Bangladesh devient un réservoir pour le virus, menaçant les pays voisins.
L’urgence n’est plus seulement médicale, elle est politique. La capacité du gouvernement actuel à stabiliser l’approvisionnement vaccinal et à restaurer la confiance des parents dans le système de santé déterminera si le pays peut sortir de ce cycle de décès évitables.
Note : Cet article présente des informations de santé publique. Pour tout conseil médical ou question sur la vaccination, veuillez consulter un professionnel de santé qualifié.
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