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IA et data centers transforment les villes en fournaises : +2,2°C près des serveurs

by Thomas Caron
Des data centers qui transforment les villes en radiateurs géants

Les canicules de 2026 ne seront pas seulement plus intenses : elles seront aussi plus étouffantes, aggravées par l’activité des data centers liés à l’intelligence artificielle, qui rejettent une chaleur équivalente à celle de dizaines de milliers de foyers et consomment des volumes d’eau vertigineux, selon les dernières études scientifiques.

Des data centers qui transforment les villes en radiateurs géants

Une étude récente de l’université d’État de l’Arizona, publiée le 18 mai 2026 dans le Journal of Engineering for Sustainable Buildings and Cities, révèle que les data centers, ces usines numériques qui alimentent l’intelligence artificielle, aggravent significativement les canicules urbaines. En équipant des véhicules de capteurs et en mesurant les températures autour de quatre sites majeurs de la région de Phoenix — dont un campus de 169 mégawatts à Chandler — les chercheurs ont constaté que les quartiers situés sous le vent des installations affichaient des températures jusqu’à 2,2 degrés Celsius plus élevées que les zones en amont. La chaleur générée par ces infrastructures reste mesurable jusqu’à 500 mètres des data centers, transformant ainsi les villes en véritables fournaises artificielles. Les systèmes de refroidissement à air, utilisés pour maintenir les serveurs à température, rejettent un air 8 à 14 degrés plus chaud que l’air ambiant. Un seul data center de cette taille produit autant de chaleur que 40 000 foyers. Selon David Sailor, directeur de l’école de sciences géographiques de l’université, « Au fur et à mesure que nous prenons des mesures dans différentes conditions atmosphériques, nous allons observer des effets plus importants autour des data centers. » Ces installations fonctionnent comme des radiateurs géants posés en plein cœur des villes, aggravant les vagues de chaleur déjà extrêmes. En période de canicule, ce surplus de chaleur augmente le risque de décès de 2,5 % pour chaque demi-degré supplémentaire, poussant aussi les habitants à utiliser davantage la climatisation, ce qui génère encore plus de chaleur en retour.

L’IA et la soif d’eau : un paradoxe écologique

L’IA et la soif d’eau : un paradoxe écologique
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Si la chaleur est un problème, la consommation d’eau l’est tout autant. Les data centers, essentiels au fonctionnement de l’intelligence artificielle, consomment des quantités d’eau colossales. Selon la revue scientifique Nature, un data center d’un mégawatt utilise en moyenne 25,5 millions de litres d’eau par an. À l’échelle mondiale, l’Agence internationale de l’énergie estime que les data centers ont consommé 560 milliards de litres d’eau en 2023. Pour donner une idée de l’ampleur du phénomène, l’entraînement du modèle GPT-3 a nécessité 700 000 litres d’eau dans les centres de Microsoft. Entre 2021 et 2022, Microsoft a augmenté sa consommation d’eau de 34 %, tandis que Google a enregistré une hausse de 20 %. Cette course à l’IA, couplée à la multiplication des data centers, pourrait faire tripler la demande mondiale d’ici 2030. Une étude récente estime même que l’empreinte hydrique de l’IA pourrait atteindre entre 312,5 et 764,6 milliards de litres par an dès 2025. Clément Marquet, coordinateur au CNRS, souligne un paradoxe : les opérateurs augmentent volontairement leur consommation d’eau pour améliorer leur note d’efficacité énergétique, une stratégie qui leur permet de se présenter comme plus « verts ». « Une solution pour avoir un bon PUE et se présenter comme plus “vert”, c’est d’utiliser plus d’eau et moins d’électricité », explique-t-il.

Canicules et sécheresses : un cercle vicieux alimenté par le changement climatique

Why Data Centers Are Building In Your Neighborhoods
Les données scientifiques confirment que les vagues de chaleur, suivies de sécheresses soudaines, se multiplient à un rythme alarmant. Une étude publiée dans Science Advances en mars 2026 montre que, dans les années 1980, seulement 2,5 % des terres émergées étaient touchées par ce type d’épisodes extrêmes chaque année. En 2023, ce chiffre a grimpé à 16,7 %, avec une moyenne décennale de 7,9 %. Les chercheurs soulignent que le rythme d’accélération de ces phénomènes est huit fois plus élevé depuis les deux dernières décennies. Les sécheresses éclair, où l’air réchauffé aspire davantage d’eau hors des sols, deviennent de plus en plus fréquentes. Ces épisodes, où la chaleur précède la sécheresse, sont particulièrement destructeurs car ils ne laissent pas le temps aux populations et aux agriculteurs de se préparer. Les climatologues Yong-Jun Kim et Sang-Wook Yeh, de l’université Hanyang en Corée du Sud, insistent sur le fait que ces extrêmes combinés — chaleur et sécheresse — sont les impacts les plus destructeurs du changement climatique.

Que faire face à cette crise ?

Face à cette situation, plusieurs pistes sont évoquées. D’une part, il est urgent de repenser l’implantation des data centers, en les éloignant des zones urbaines denses et en privilégiant des sites moins sensibles à la chaleur. D’autre part, les entreprises doivent revoir leurs pratiques de refroidissement, en privilégiant des méthodes moins gourmandes en eau et en énergie. Enfin, les pouvoirs publics doivent renforcer les politiques de résilience climatique, notamment en protégeant les populations les plus vulnérables et en développant des infrastructures adaptées à ces nouvelles réalités. L’IA, souvent présentée comme une solution pour lutter contre le changement climatique, se révèle aussi comme un facteur aggravant. La question n’est plus seulement de savoir si nous pouvons continuer à développer cette technologie, mais comment nous allons concilier son essor avec la préservation des ressources naturelles et la protection des populations face aux canicules toujours plus étouffantes.

La course à l’IA ne doit pas se faire au détriment de notre survie collective. Les choix d’aujourd’hui détermineront le monde de demain.

Que faire face à cette crise ?
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