L’arrestation brutale de l’imam Kindo et le projet de loi du 19 mars

L’intervention s’est déroulée aux alentours de 14 heures, à la veille de la fête de l’Aïd. Selon des proches du religieux, l’opération a été menée par des forces de sécurité comprenant des policiers et des militaires encagoulés, comme le rapporte Jeune Afrique. La scène a rapidement dégénéré en tensions lorsque des fidèles présents sur place ont tenté de s’opposer à l’arrestation, entraînant des blessés parmi les musulmans.
Le déclencheur de cette crise est un projet de loi adopté en Conseil des ministres le 19 mars. Ce texte vise à encadrer les libertés de culte et, surtout, à interdire la pratique religieuse dans les services publics, incluant les administrations, les hôpitaux et les casernes. Pour le gouvernement, il s’agit d’une mesure d’organisation ; pour les critiques, c’est une atteinte frontale à la liberté religieuse.
L’imam Kindo s’était ouvertement opposé à ce texte sur les réseaux sociaux. Dans un enregistrement largement diffusé, il mettait en garde les autorités contre l’interdiction des prières dans les lieux publics.
Que chacun se méfie et s’abstienne de vouloir interdire les prières dans les lieux publics. Que tu sois chef ou homme fort, tu n’as ni la force ni la puissance de Dieu
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L’imam Mohamed Ishaq Kindo, via Jeune Afrique
Cette prise de position a conduit à une réaction musclée du pouvoir. Quelques heures après son interpellation, des centaines de manifestants sont descendus dans les rues de Ouagadougou pour exiger sa libération. Les forces de l’ordre ont dispersé la foule à coups de gaz lacrymogènes, marquant une nouvelle étape dans la tension entre la junte et une partie de la communauté sunnite, selon RFI.
La stratégie de modération de la Fédération des associations islamiques du Burkina

Face à l’escalade, la Fédération des associations islamiques du Burkina (FAIB) a adopté une posture de médiation prudente. Dans un communiqué publié le 26 mai, l’organisation a confirmé l’interpellation du Dr Kindo, tout en précisant que les motifs ne lui avaient pas encore été officiellement communiqués.
L’approche de la FAIB consiste à maintenir un canal de communication ouvert avec le pouvoir tout en apaisant la base. L’organisation a entrepris des démarches auprès des autorités compétentes pour obtenir des informations précises et une issue favorable au dossier, comme l’indique Burkina24.
La FAIB a explicitement appelé les fidèles musulmans au calme, à la retenue et à la sérénité. Elle a également exhorté la population à éviter les spéculations et la diffusion d’informations non vérifiées, tout en demandant aux coordinations régionales de sensibiliser les fidèles au respect des institutions et à la préservation de la paix sociale.
Un climat de répression : de Mahmoud Barro à Mahamadi Baguian
L’affaire Kindo n’est pas un incident isolé, mais s’inscrit dans une tendance lourde sous le régime d’Ibrahim Traoré. La répression des voix critiques s’intensifie, touchant désormais des figures religieuses et des soutiens initiaux du pouvoir.
La chronologie récente illustre ce durcissement :
Le gouvernement justifie cette politique répressive par le contexte de guerre contre les groupes djihadistes qui occupent une grande partie du territoire depuis plus d’une décennie. Cependant, l’arrestation de figures religieuses pour des critiques sur un projet de loi administrative suggère que le pouvoir cherche également à verrouiller l’espace public intérieur et à neutraliser toute contestation morale ou religieuse qui pourrait fragiliser son autorité.
La bataille de l’information et le démenti du procureur du Faso

La tension est telle que la désinformation s’est propagée presque instantanément après l’arrestation. Dans la nuit du 26 mai, un communiqué attribué au procureur du Faso affirmait que l’imam Mohamed Ishaq Kindo était décédé.
Le procureur du Faso près le Tribunal de grande instance Ouaga II a dû intervenir formellement le 27 mai pour démentir cette information. Selon leFaso.net, le procureur a qualifié ce document de faux et a appelé les populations à la vigilance en s’en tenant aux canaux officiels.
Loin de se contenter d’un simple démenti, la justice burkinabè a transformé cet incident en une nouvelle offensive. Les services de police judiciaire ont reçu l’instruction de mener des enquêtes systématiques pour identifier et interpeller non seulement les auteurs du faux communiqué, mais aussi tous ceux qui ont partagé ces publications.
Cette réaction montre que le régime ne tolère plus aucune zone d’ombre dans la gestion de l’information. Entre l’interdiction des cultes dans les services publics et la traque des relais d’information non officiels, le Burkina Faso s’enfonce dans une logique de contrôle total, où la frontière entre la sécurité nationale et la répression politique devient quasi inexistante. L’issue du dossier de l’imam Kindo sera un indicateur crucial de la capacité du pouvoir à maintenir un dialogue avec la communauté musulmane ou s’il choisira la voie de la rupture.