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Drame de Crans-Montana: au terme de l’audition conjointe des Moretti, «on sent que les procureures tissent leur toile

Le couple Jacques et Jessica Moretti, propriétaires du bar Le Constellation, a été auditionné pendant près de dix heures ce vendredi 5 juin 2026 à Sion. L'enquête sur l'incendie meurtrier de Crans-Montana, ayant fait 41 morts, s'est accélérée…

Le nouveau chef d'inculpation pour faux dans les titres

Le couple Jacques et Jessica Moretti, propriétaires du bar Le Constellation, a été auditionné pendant près de dix heures ce vendredi 5 juin 2026 à Sion. L’enquête sur l’incendie meurtrier de Crans-Montana, ayant fait 41 morts, s’est accélérée avec l’ajout d’un nouveau chef d’inculpation pour faux dans les titres visant Jessica Moretti.

L’atmosphère était lourde ce vendredi au bâtiment universitaire de Sion. Cette audition dite « de confrontation » n’était pas une simple formalité. Pour les procureures du Valais, il s’agissait de confronter les gérants aux pièces à conviction, face à face, sur les mêmes faits. Si le début de la journée semblait serein, la tension est montée d’un cran avec des révélations sur la gestion sécuritaire de l’établissement et des documents comptables suspects. Comme l’a analysé Le Temps, on sent désormais que les procureures « tissent leur toile » autour des propriétaires.

Le nouveau chef d’inculpation pour faux dans les titres

Le tournant majeur de cette journée est sans doute la notification d’un nouveau chef d’inculpation à Jessica Moretti : le faux dans les titres. Ce grief ne concerne pas directement le déclenchement du feu, mais une pièce comptable qui soulève des questions fondamentales sur l’origine des matériaux utilisés dans le bar.

Selon BFMTV, l’enquête s’est focalisée sur une facture suspecte liée à l’achat de mousse insonorisante auprès d’un fabricant allemand en 2015. Cette mousse, installée au plafond du sous-sol, est l’élément central de la tragédie : elle s’est embrasée en quelques secondes sous l’effet d’étincelles provenant de bougies « fontaine ».

« Mise en prévention pour une fausse facture. Pas n’importe quelle facture en plus, une facture en lien avec la provenance de la mousse »

Me Romain Jordan, avocat des parties civiles

Pour les avocats des victimes, cette facture n’est pas un détail administratif. Elle pose la question de la traçabilité du produit. Qui a acheté cette mousse ? Quand ? Quel était le fournisseur réel ? Me Christophe de Galembert a fustigé une « inertie incroyable » lors des auditions pour obtenir ces réponses.

Des SMS compromettants sur la sécurité et la mousse

Au-delà de la comptabilité, ce sont les communications numériques des Moretti qui ont créé les moments les plus électriques de l’audition. Les enquêteurs ont mis sous les yeux du couple des échanges de SMS avec leurs employés, envoyés avant le drame, qui suggèrent une connaissance des risques.

Des SMS compromettants sur la sécurité et la mousse
cluster (priority): Orange Actualités

Le premier point de friction concerne une issue de secours au sous-sol. Dans un échange rapporté par RTL, Jacques Moretti demandait si la porte de secours en face des toilettes était « toujours bloquée ». La réponse de l’employé fut sans équivoque : « Oui la porte est toujours bloquée ! […] on en avait parlé et non on ne laisse pas les portes ouvertes ».

Des SMS compromettants sur la sécurité et la mousse
cluster (priority): RTL.fr

L’interprétation de ce mot, « bloquée », est au cœur du débat judiciaire. Pour l’accusation, cela signifie que la porte était fermée et inaccessible. Pour Jacques Moretti, il s’agissait au contraire d’une porte maintenue en position ouverte.

Plus accablant encore, un SMS envoyé par Jessica Moretti à un serveur mentionnait explicitement le danger des « scintillants » (feux de Bengale). Elle y écrivait : « S’ils veulent des scintillants faites très attention, restez jusqu’à ce que le scintillant s’éteigne car s’il tombe, sur le canapé ou le sol et crame la mousse au plafond, le Constel brûle… ».

Ce message est perçu par les parties civiles comme l’aveu que la cogérante connaissait la haute inflammabilité de la mousse en polyuréthane. La défense, elle, y voit une simple consigne de prudence élémentaire.

La colère des familles et le sentiment de victimisation

L’aspect humain de l’affaire a refait surface avec la présence de proches des victimes. Parmi eux, Laetitia Brodard-Sitre, dont le fils Arthur, 16 ans, a péri dans l’incendie. Vêtue de blanc, une photo de son fils sur le cœur, elle a exprimé une douleur mêlée d’indignation.

« Sans le savoir, nous avons mis nos enfants dans un établissement qui n’était pas aux normes au niveau sécuritaire »

Laetitia Brodard-Sitre, mère d’une victime

L’amertume des familles s’est cristallisée sur l’attitude des Moretti durant l’audition. Mme Brodard-Sitre a notamment déploré que les propriétaires « sont dans la victimisation ». Ce sentiment est exacerbé par le fait que le drame a principalement touché des adolescents et de jeunes adultes, dont beaucoup étaient Français ou Italiens, venus célébrer le Nouvel An dans la station de ski.

La stratégie de défense des Moretti

Face à ces accusations, la défense tente de dissocier les erreurs administratives de la tragédie elle-même. Concernant le nouveau chef d’inculpation pour faux, Orange Actualités rapporte que les avocats parlent d’un « achat réel » qui aurait simplement été mal intégré dans la comptabilité sous une autre bannière. Pour eux, ce fait datant de 2015 n’a « aucun lien » avec l’incendie.

La stratégie de défense des Moretti
cluster (priority): news.google.com

Sur le plan émotionnel, Me Yaël Hayat, avocate de Jessica Moretti, a souligné la souffrance de sa cliente, affirmant que celle-ci a parfois le sentiment qu’on lui reproche « d’avoir survécu quand d’autres ont succombé ».

Le bilan humain et judiciaire reste colossal :

  • Bilan humain : 41 morts et 115 blessés.
  • Enquête pénale : 14 personnes placées sous investigation.
  • Chefs d’inculpation principaux : Incendie par négligence, homicide par négligence et lésions corporelles graves par négligence.
  • Nouveau grief : Faux dans les titres (pour Jessica Moretti).

La suite de l’instruction devra déterminer si les SMS et la facture suspecte constituent des preuves de négligence criminelle ou de simples maladresses de gestion. Pour l’heure, le dossier s’épaissit, et la pression judiciaire sur le couple Moretti ne cesse de croître.

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À propos de l’auteur: Nicolas Lefèvre

Nicolas Lefèvre couvre l’actualité française, de la vie politique aux questions sociales et économiques. Il privilégie les explications claires, les faits datés et les informations directement utiles au lecteur.