Mondial de football : les politiques migratoires américaines dans le viseur de l’ONU
Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme a alerté mercredi 10 juin 2026 sur les politiques migratoires américaines qui risquent de ternir l'image du Mondial de football. L'ONU dénonce des refus de visas et des expulsions…
Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme a alerté mercredi 10 juin 2026 sur les politiques migratoires américaines qui risquent de ternir l’image du Mondial de football. L’ONU dénonce des refus de visas et des expulsions touchant des arbitres, des joueurs et des supporters avant le coup d’envoi jeudi.
Le tournoi, co-organisé par les États-Unis, le Canada et le Mexique, débute dans un climat de tension diplomatique. Alors que le match d’ouverture oppose le Mexique à l’Afrique du Sud ce jeudi 11 juin, une série d’incidents aux frontières américaines soulève des questions sur l’accessibilité réelle de l’événement.
L’expulsion d’Omar Artan et la réaction de la FIFA
L’un des incidents les plus documentés concerne Omar Artan, arbitre somalien et meilleur arbitre africain de 2025 selon la Confédération africaine de football (CAF). Arrivé samedi 6 juin à l’aéroport international de Miami, l’officiel, détenteur du statut FIFA depuis 2018, a été refoulé par les autorités américaines.
Selon franceinfo, l’arbitre a subi un interrogatoire de onze heures et a été détenu plusieurs heures en cellule avant d’être renvoyé vers Istanbul. Le Département d’État américain a justifié cette décision auprès de l’AFP en affirmant que l’homme était lié à des personnes soupçonnées d’appartenir à des organisations terroristes.
« J’avais les bons documents, j’avais tout, j’avais le bon visa. Je ne suis qu’un arbitre qui tentait de vivre son rêve, le plus grand rêve de ma vie : participer à la Coupe du monde. »
Omar Artan, arbitre, via New York Times
L’ambassade de Somalie au Kenya a contesté cette version, précisant que l’homme possédait un passeport diplomatique et un visa à entrées multiples valide, délivré après une enquête approfondie. De son côté, la FIFA a refusé de contester la décision.
« La Fifa n’intervient pas dans les procédures d’immigration du pays hôte, y compris dans l’octroi des visas »
Communiqué de la FIFA
Malgré son expulsion, Omar Artan a été accueilli en héros à son retour en Somalie, comme le rapporte L’Équipe.
Obstacles migratoires pour les délégations et les joueurs
Photo: Courrier international
Le cas de l’arbitre somalien n’est pas isolé. Plusieurs équipes nationales et membres de staffs font face à des restrictions sévères. L’équipe d’Iran a notamment été contrainte de déplacer son camp d’entraînement de l’Arizona vers le Mexique après que certains de ses responsables se sont vu refuser un visa. Environ quinze membres de son staff sont touchés.
D’autres incidents ont été signalés lors des arrivées sur le sol américain :
Le photographe officiel de l’équipe d’Irak a été arrêté et refoulé à l’aéroport de Chicago, tandis que le buteur Aymen Hussein a été interrogé pendant sept heures, rapporte Courrier International.
Des images diffusées sur les réseaux sociaux montrent les joueurs et le staff technique du Sénégal subir des contrôles rigoureux sur le tarmac d’un aéroport, passant individuellement par des détecteurs de métaux.
Breel Embolo, buteur suisse né au Cameroun, et le défenseur marocain Zakaria El-Ouahdi n’ont pas pu voyager normalement en raison de problèmes liés à leur demande d’autorisation électronique de voyage (ESTA).
L’impact s’étend également aux supporters. Des fans originaires d’Écosse et du Maroc ont vu leurs documents de voyage refusés ou révoqués juste avant leur départ, malgré des frais d’organisation importants.
L’ONU dénonce une « déshumanisation » des voyageurs
Photo: franceinfo
Face à ces événements, Volker Türk, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, a exprimé ses inquiétudes. Il a rappelé que les grands événements sportifs devraient être des moments d’unité et de paix, et que la Coupe du monde doit offrir un environnement digne et sûr pour tous.
Selon UN News, M. Türk a averti que ces pratiques mettent en lumière des problèmes plus larges dans l’application des contrôles migratoires. Il a appelé à mettre fin à la déshumanisation des migrants, des réfugiés et des demandeurs d’asile, soulignant que les pays hôtes ont la responsabilité de respecter les normes internationales.
L’analyse de l’ONU suggère que si ces tensions ne sont pas résolues, elles risquent de transformer un événement mondial en une démonstration d’exclusion, ternissant ainsi l’image de la compétition.
Contexte politique et contradictions sécuritaires
Ces tensions surviennent malgré les promesses initiales. En août 2025, le président de la FIFA, Gianni Infantino, avait assuré que « tout le monde sera le bienvenu au Canada, au Mexique et aux Etats-Unis pour la Coupe du monde de la Fifa l’année prochaine ».
Cependant, la réalité administrative a basculé en décembre 2025. La Maison Blanche a alors annoncé des restrictions d’entrée visant plusieurs pays pour protéger les États-Unis « contre les menaces pour la sécurité nationale et la sécurité publique ». Parmi les nations visées figurent des pays qualifiés pour le tournoi, comme le Sénégal, la Côte d’Ivoire, Haïti et l’Iran.
Cette politique s’inscrit dans un climat politique polarisé. Fin novembre, Donald Trump avait qualifié la Somalie de « pays pourri » et exprimé son intention de supprimer le statut spécial protégeant les ressortissants somaliens de l’expulsion.
L’enjeu pour les États-Unis est désormais de concilier leurs impératifs de sécurité nationale avec l’image d’ouverture internationale qu’ils souhaitent projeter lors de ce Mondial. Pour des pays comme la Somalie, la participation d’un officiel comme Omar Artan représentait l’un des rares moyens de se sentir pleinement intégré à l’événement.
Nicolas Lefèvre couvre l’actualité française, de la vie politique aux questions sociales et économiques. Il privilégie les explications claires, les faits datés et les informations directement utiles au lecteur.