L’administration Trump a ordonné à l’entreprise Anthropic, le vendredi 13 juin 2026, de bloquer l’accès aux modèles d’IA Fable 5 et Mythos 5 pour tous les ressortissants étrangers. Invoquant la sécurité nationale, cette mesure a conduit Anthropic à désactiver temporairement ces outils pour l’ensemble de sa clientèle mondiale afin de garantir sa conformité.
Le déclencheur : une faille de sécurité et des tensions politiques
La décision du gouvernement américain, rapportée par Al Jazeera, s’appuie sur une directive de contrôle des exportations. Selon des informations de Semafor relayées par le média, l’ordre aurait été motivé par des soupçons indiquant qu’un groupe lié à la Chine aurait accédé aux nouveaux modèles d’Anthropic. David Sacks, conseiller du président Trump, a affirmé sur X que le gouvernement avait été alerté d’une possibilité de « jailbreak » (contournement des sécurités) de Fable 5, et que le PDG d’Anthropic, Dario Amodei, n’aurait pas réagi après avoir été notifié.

Anthropic conteste fermement cette version. L’entreprise a précisé dans un billet de blog que Washington n’avait fourni que des preuves verbales d’un jailbreak potentiel « étroit et non universel », consistant essentiellement à demander au modèle de lire un code spécifique pour corriger des failles logicielles. Pour la firme de San Francisco, ce standard est disproportionné, car des modèles concurrents comme GPT-5.5 d’OpenAI possèdent des capacités similaires.
Ce bras de fer s’inscrit dans un contexte judiciaire déjà tendu. Anthropic a récemment poursuivi l’administration Trump après avoir été placée sur une liste noire de la chaîne d’approvisionnement, suite à son refus de permettre à l’armée américaine d’utiliser ses modèles pour la surveillance intérieure et les systèmes d’armes totalement autonomes.
Une paralysie mondiale pour garantir la conformité
Bien que la directive vise initialement les ressortissants étrangers, l’impact technique a été total. Pour éviter toute violation des règles américaines, Anthropic a pris la décision radicale de couper l’accès à Fable 5 et Mythos 5 pour tous ses utilisateurs, y compris ceux basés aux États-Unis.

« L’effet net de cet ordre est que nous devons désactiver brusquement Fable 5 et Mythos 5 pour tous nos clients afin de garantir la conformité. »
Anthropic, via communiqué officiel
Cette interruption brutale souligne la vulnérabilité des infrastructures numériques dépendantes de fournisseurs américains. Selon The Globe and Mail, des experts canadiens s’inquiètent désormais de l’intégration de ces technologies dans des flux de travail critiques. Martin Kon, ancien président de la société d’IA canadienne Cohere Inc., a averti que personne ne souhaite voir les outils coûteux intégrés à son entreprise cesser de fonctionner du jour au lendemain.
Le risque est d’autant plus grand que les modèles Mythos, selon des experts cités par Reuters, pourraient accélérer des cyberattaques sophistiquées s’ils tombaient entre de mauvaises mains, particulièrement dans le secteur bancaire où les systèmes sont souvent anciens et interconnectés.
L’Europe face au choc de la souveraineté numérique
À Bruxelles et Paris, la réaction a été immédiate. Pour de nombreux responsables politiques, cet incident n’est pas une simple erreur administrative, mais une démonstration de force géopolitique. Comme le rapporte Euronews, l’événement est perçu comme un signal d’alarme sur la dépendance européenne envers la Silicon Valley.
« La décision de Washington de couper l’accès aux modèles les plus puissants d’Anthropic devrait servir d’avertissement. Dans la course à l’intelligence artificielle, une nation qui dépend des autres pour sa technologie est une nation qui peut être débranchée du jour au lendemain. »
Bruno Retailleau, ancien ministre de l’Intérieur et candidat à la présidentielle de 2027
Le sentiment est partagé au Royaume-Uni. Al Carns, député et ancien ministre des Forces armées, a déploré que des hôpitaux et des entreprises britanniques aient vu leurs pilotes de tests interrompus par une décision étrangère, affirmant que ce n’est pas seulement une histoire d’IA, mais l’histoire de chaque industrie où l’Occident a perdu son leadership.
Les réactions se déclinent en plusieurs axes stratégiques :
- L’investissement massif : Benjamin Haddad, ministre délégué pour l’Europe, appelle l’Europe à cesser d’être un simple marché ouvert et à soutenir ses propres innovateurs pour maîtriser les technologies du XXIe siècle.
- Le réarmement technologique : Bruno Retailleau souligne les atouts de la France, notamment l’électricité nucléaire décarbonée et des entreprises comme Mistral, OVHcloud ou Scaleway, pour concurrencer les géants américains.
- La redéfinition de la souveraineté : Tom Tugendhat, député britannique, estime que la souveraineté nationale dépend désormais davantage du code informatique que des canons.
L’IA comme nouvel instrument de puissance étatique
L’épisode Anthropic marque un tournant dans la gestion des technologies de pointe. Jusqu’ici, les restrictions américaines visaient principalement l’exportation de composants physiques, comme les puces électroniques. En s’attaquant désormais à l’accès logiciel via des directives de contrôle des exportations, Washington transforme le modèle d’IA en un actif stratégique national, similaire aux armes nucléaires ou aux technologies aérospatiales.

Cette approche crée un paradoxe pour les entreprises comme Anthropic. D’un côté, elles cherchent une expansion mondiale et une valorisation pré-IPO élevée ; de l’autre, elles sont soumises à la doctrine « America First ». Kirsten Davies, directrice de l’information du Pentagone, a d’ailleurs rappelé sur X que certaines priorités de sécurité nationale sont plus importantes que les cycles de revenus ou les valorisations boursières.
Pour les alliés des États-Unis, le message est clair : l’accès aux outils les plus performants n’est pas un droit acquis, mais une concession révocable. Cette instabilité pourrait accélérer la migration vers des alternatives locales, comme Mistral en France ou Cohere au Canada, même si ces dernières n’ont pas encore la portée mondiale d’Anthropic ou d’OpenAI.
La résolution de ce « malentendu », comme le qualifie Anthropic, déterminera si l’IA restera un outil de collaboration mondiale ou si elle deviendra le principal champ de bataille d’une guerre froide technologique où le code définit la puissance.
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