Le Maroc et les États-Unis ont franchi un cap stratégique majeur en réalisant une première démonstration de tir réel à longue portée au Centre d’entraînement et d’expérimentation multidomaine pour l’Afrique, situé à Tan-Tan.
Le partenariat militaire entre le Maroc et les États-Unis entre dans une phase résolument opérationnelle. Entre le 3 et le 7 août, la ville côtière de Tan-Tan a abrité une première démonstration de tir réel d’envergure, menée conjointement par les Forces armées royales et les forces armées américaines, selon les informations rapportées par la presse locale. Cet exercice intensif marque la première concrétisation sur le terrain des capacités hébergées par le Centre d’entraînement et d’expérimentation multidomaine pour l’Afrique, plus connu sous l’acronyme AMTEC.
Le centre AMTEC et les ambitions de l’infrastructure de Tan-Tan à l’horizon 2030
L’infrastructure, dont l’ouverture complète est programmée à l’horizon 2030, doit s’articuler autour de trois composantes majeures : une zone d’entraînement multidomaine, une académie des drones et un centre d’innovation et d’expérimentation, d’après les précisions publiées par AFRICOM.
Le général Mohammed Berrid, commandant de la zone Sud des Forces armées royales, a souligné que les installations existantes et la qualification du personnel garantissent une transition rapide du concept à la réalité opérationnelle. Pour la partie marocaine, le colonel Zouhir El Hamdani, officier responsable de la coordination, a confirmé que cette première phase permet de faire passer les capacités nationales d’un niveau purement théorique ou simulé à une expérimentation pratique et concrète.
Essais de missiles de croisière et participation de l’industrie de défense américaine
Sur le plan purement technique, l’exercice de début août a permis de tester en conditions réelles des capacités de frappe de précision à longue portée. Les opérations ont impliqué le tir d’un missile de croisière conçu pour être à la fois performant et économique, marquant l’entrée de l’infrastructure marocaine dans le réseau des champs d’essais externes de l’armée américaine, ainsi que l’ont noté les observations relayées par la plateforme spécialisée DefenseScoop.


Des équipes mixtes composées de militaires, d’ingénieurs et de techniciens issus d’entreprises de défense civiles et militaires ont participé à l’installation d’un site d’essais expéditionnaire. Leurs travaux ont consisté à vérifier la résistance aérodynamique des structures, la tolérance des composants, les systèmes de télécommunication et la précision globale du ciblage, tout en collectant de précieuses données météorologiques.
« Cette première démonstration de tir réel constitue une étape majeure dans la concrétisation de cette vision. »
Le colonel Zouhir El Hamdani, officier de coordination des Forces Armées Royales, via Le360
Réactions stratégiques et questions politiques soulevées en Espagne
Du côté de l’état-major américain, le général Dagvin Anderson, commandant de l’AFRICOM, a salué le rôle pivot du Maroc sur le continent africain, estimant que ce partenariat d’exception accélère la préparation opérationnelle et la réactivité des troupes alliées. Le colonel Michael Gacheru a quant à lui qualifié l’événement d’exemple concret de l’évolution de l’entraînement multinational.
Cependant, la proximité de ces essais avec le territoire européen a suscité des réactions diplomatiques. Situé à un peu plus de 200 kilomètres des îles Canaries, le site de Tan-Tan a conduit la députée Cristina Valido, membre de Coalición Canaria au Congrès espagnol, à adresser des questions écrites aux ministères de la Défense et des Affaires étrangères à Madrid, exigeant des explications sur le niveau d’information préalable détenu par l’exécutif concernant la mise en service et les activités de l’AMTEC.