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L’Espagne prolonge l’exploitation de la centrale nucléaire d’Almaraz

L'Espagne a prolongé la durée d'exploitation de la centrale nucléaire d'Almaraz jusqu'en juin 2030, revenant sur son projet d'arrêt initial. Cette décision, publiée au Journal officiel de l'État par le ministère de la Transition écologique, répond aux tensions…

L'Espagne prolonge l'exploitation de la centrale nucléaire d'Almaraz

L’Espagne a prolongé la durée d’exploitation de la centrale nucléaire d’Almaraz jusqu’en juin 2030, revenant sur son projet d’arrêt initial. Cette décision, publiée au Journal officiel de l’État par le ministère de la Transition écologique, répond aux tensions sur l’approvisionnement énergétique international et aux demandes des entreprises propriétaires.

Le revirement de Madrid offre un répit de taille à la plus grande installation nucléaire du pays, située dans la région d’Estrémadure. L’unité I, dont la fermeture était programmée pour le 1er novembre 2027, fonctionnera désormais jusqu’en juin 2030, tandis que l’unité II bénéficie de 19 mois supplémentaires au-delà de son échéance initiale d’octobre 2028, selon les informations publiées au Journal officiel de l’État. Les trois entreprises propriétaires du site — Iberdrola, Endesa et Naturgy — avaient formellement introduit cette demande d’extension en octobre 2025.

Le Conseil de sûreté nucléaire et les conditions du gouvernement

La prolongation s’appuie sur un avis favorable émis le 16 juillet par l’autorité de sûreté nucléaire en Espagne (CSN), qui a certifié que le site répond à toutes les exigences de sécurité nécessaires pour poursuivre ses activités. Cette validation technique répondait directement à l’une des conditions fixées par le Premier ministre socialiste Pedro Sánchez, qui exigeait des garanties de sûreté irréprochables et l’absence de coûts supplémentaires pour le contribuable.

En 2025, le site a d’ailleurs obtenu le niveau d’excellence internationale en sûreté nucléaire, une distinction qui démontre, selon les responsables de l’exploitation, que l’infrastructure est pleinement préparée pour durer. La contribution de cette électricité à bas coût garantit la stabilité d’un réseau soumis à la variabilité des énergies renouvelables.

Tensions énergétiques internationales et impact sur le mix électrique

Le ministère de la Transition écologique et du Défi démographique justifie ce changement de cap par l’instabilité géopolitique et la volatilité des marchés des combustibles fossiles. La crise au Moyen-Orient et les répercussions des conflits en Ukraine ont pesé lourdement sur les approvisionnements en gaz naturel, poussant les autorités à reconsidérer un calendrier de sortie qui menaçait la sécurité d’approvisionnement de la péninsule ibérique. Un an après une importante panne de courant survenue dans la région, le maintien d’Almaraz — qui a représenté 7% de la production nationale d’électricité l’an passé — est perçu comme un rempart contre les fluctuations des prix mondiaux.

L’analyse ministérielle indique que cette prolongation n’entravera que de façon minime les objectifs de transition vers le tout renouvelable, réduisant la production verte de seulement 1,4% en 2030, tandis que l’activité des centrales à gaz chuterait de 7%. De son côté, la Commission européenne a récemment incité les États membres à éviter toute fermeture prématurée de leurs capacités nucléaires afin de limiter le recours aux énergies fossiles.

Le soulagement des habitants d’Almaraz et la mobilisation locale

Dans la commune d’Almaraz, village de 1.500 habitants niché dans la région défavorisée d’Estrémadure, l’annonce de la prolongation a été accueillie avec un grand soulagement. Le collectif citoyen Sí a Almaraz, Sí al Futuro, fondé au début de l’année 2025 pour s’opposer au déclin démographique et économique de la zone, a salué une excellente nouvelle.

L'Espagne prolonge l'exploitation de la centrale nucléaire d'Almaraz
Photo: Upday

« Nous respirons enfin, soulagés, et nous voyons la lumière au bout du tunnel. »

Fernando Sánchez Castilla, via Lalibre

Le tissu économique local, qui dépend étroitement de la centrale — représentant environ 5% du PIB régional et 4.000 emplois directs et indirects —, craignait de voir disparaître la première industrie de la région. Les opérations de rechargement en combustible, menées chaque année, mobilisent des centaines de travailleurs contractuels aux côtés des 800 employés permanents, générant des retombées financières vitales pour les commerces et la restauration de la commune.

Perspectives et arbitrages politiques pour 2035

Malgré ce report d’échéance à 2030, la trajectoire énergétique à long terme de l’exécutif reste orientée vers une transition accélérée. Le gouvernement maintient son objectif de porter la part des énergies renouvelables à 81% du mix électrique d’ici 2030, contre environ 60% actuellement, et vise une sortie définitive du nucléaire à l’horizon 2035. Une ambition qui continue de diviser, Greenpeace Espagne qualifiant la politique initiale de sortie de nécessaire tout en appelant le gouvernement à maintenir le cap face aux pressions industrielles.

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À propos de l’auteur: Clara Dubois

Clara Dubois suit l’actualité internationale, les affaires diplomatiques et les grands équilibres géopolitiques. Son travail met l’accent sur le contexte, les faits vérifiables et les conséquences concrètes des événements mondiaux.