Qualifiant un tel scrutin de risque énorme
et de tsunami
susceptible de fracturer l’État, il répond directement à l’appel controversé lancé par son ex-ministre de la Défense, Mykhaïlo Fedorov.
La question institutionnelle s’invite au cœur du conflit armé après quatre années d’affrontements de grande ampleur. Le chef de l’État, dont le mandat initial s’est achevé en mai 2024, a affirmé lors d’une rencontre avec des journalistes que la tenue d’un scrutin immédiat exposerait l’Ukraine à des divisions internes fatales. La prise de position de Volodymyr Zelensky intervient un mois après le limogeage de Mikhaïlo Fedorov, dont la sortie médiatique a profondément agacé les autorités de Kiev.
Le défi de Mikhaïlo Fedorov et le malaise politique à Kiev
L’ancien ministre de la Défense a provoqué une onde de choc politique en diffusant une vidéo aux allures de clip de campagne. Mikhaïlo Fedorov y dénonce la corruption et réclame la restauration d’un processus démocratique par le biais des urnes, malgré l’invasion russe en cours. Cette initiative a surpris une partie de l’opinion publique et a créé le malaise jusque dans les rangs des partisans de l’ancien gestionnaire gouvernemental.

Ce changement de posture d’un dirigeant perçu jusque-là comme un technicien efficace a suscité des réactions contrastées parmi les citoyens. Une habitante interrogée à Kiev par l’AFP a déploré cette transition vers le personnel politique classique, soulignant que la population attend des patriotes engagés dans la défense du territoire plutôt que des manœuvres partisanes.
« Je pense que dans une guerre comme celle-ci, des élections en tant que telles sont un risque énorme. »
Volodymyr Zelensky, président ukrainien, via Radio-Canada
Obstacles logistiques et consensus de la population ukrainienne
Sur le plan pratique, l’administration présidentielle met en avant l’impossibilité matérielle de garantir un scrutin universel et intègre. La loi martiale, en vigueur depuis février 2022, interdit formellement toute consultation électorale. Le président a rappelé que l’organisation d’un tel processus nécessiterait de surmonter des barrières insurmontables dans le contexte sécuritaire actuel.

Ces contraintes trouvent un écho marqué dans l’opinion publique. Selon le dernier sondage de l’Institut de sociologie de Kiev (KIIS) réalisé entre juillet et août, seules 15 % des personnes interrogées estiment qu’un scrutin devrait se tenir avant la fin des hostilités. Pour la direction de l’institut de sondage, ce chiffre traduit un consensus solide au sein de la société.
Tensions au sommet de l’armée et pénurie d’armements occidentaux
Le limogeage de Mykhaïlo Fedorov à la mi-juillet a déclenché des manifestations publiques rassemblant des milliers de personnes dans plusieurs agglomérations du pays. Face à cette contestation, la présidence a également écarté le commandant de l’armée, Oleksandre Syrsky, perçu comme un rival politique de l’ancien ministre. Le président a défendu le droit de manifester tout en mettant en garde contre le danger d’une fracture entre les civils et les soldats.
Ces turbulences intérieures coïncident avec une situation militaire critique marquée par une intensification des frappes balistiques russes et des difficultés d’approvisionnement en défense anti-aérienne.