Airbus envisage de céder ses activités spatiales aux États-Unis, regroupant une usine en Floride et la gamme de satellites Arrow. Cette décision stratégique vise à recentrer les efforts du géant aérospatial sur un projet de rapprochement paneuropéen avec Thales et Leonardo, dans l’attente du feu vert de la Commission européenne pour 2027.
Le constructeur aéronautique franco-allemand prépare un tournant majeur pour sa division spatiale. Selon des informations publiées par le Financial Times, Airbus évalue actuellement l’intérêt d’acquéreurs potentiels pour ses activités situées outre-Atlantique, cherchant à se défaire d’une branche américaine qui regroupe des actifs industriels notables sur la côte spatiale de la Floride.
Les actifs visés et la transition américaine d’Airbus
La division américaine concernée par ce projet de cession comprend une usine située à Merritt Island en Floride, ainsi que la gamme de petits satellites baptisée Arrow
, conçue pour des applications commerciales, institutionnelles et liées à la sécurité nationale. Le site floridien, implanté à proximité immédiate du Centre spatial Kennedy et de l’entreprise Blue Origin, emploie plus de 200 personnes. Au total, l’activité spatiale d’Airbus emploie environ 11 000 salariés à travers le monde, tandis que le chiffre d’affaires de la branche américaine est estimé par des sources proches du dossier à à plusieurs centaines de millions de dollars
.
Cette présence industrielle aux États-Unis s’était renforcée en janvier 2024, lorsque Airbus était devenu l’unique propriétaire d’AOS (Airbus OneWeb Satellites) et de l’unité de production floridienne après le rachat des parts de son partenaire Eutelsat-OneWeb. Fondée en 2016, cette coentreprise avait alors construit plus de 600 satellites de communication en orbite basse pour la première génération de la constellation OneWeb.
Le rachat des parts et le rapatriement des chaînes de production en Europe
Parallèlement à la réflexion menée sur ses actifs américains, Airbus a amorcé un rapatriement progressif de sa production de satellites vers le Vieux Continent. L’entreprise prévoit de fabriquer 440 satellites en orbite terrestre basse directement dans ses ateliers toulousains, un mouvement salué par le groupe comme nouvelle avancée pour la souveraineté européenne
. Ces commandes proviennent de la société française Eutelsat, propriétaire de OneWeb depuis la restructuration financière de cette dernière.
Ce recentrage géographique répond à des difficultés financières enregistrées sur l’ensemble du secteur spatial européen. Le groupe a comptabilisé, pour la seule année 2024, 1,3 milliard d’euros de charges sur ses programmes spatiaux, incluant 300 millions d’euros sur le seul quatrième trimestre. Les fabricants européens subissent de plein fouet les mutations de la demande, exacerbées par la domination croissante de la société SpaceX d’Elon Musk, illustrée notamment par l’utilisation militaire et civile du réseau Starlink, ainsi que par l’affirmation de la concurrence chinoise.
Vers un champion paneuropéen face à la concurrence mondiale
Pour faire face à ces pressions géopolitiques et industrielles, Airbus a entrepris d’unir ses forces avec les industriels italien Leonardo et français Thales. Un protocole d’accord a été signé en octobre 2025 en vue d’une fusion tripartite visant à regrouper les activités allant de la fabrication de satellites aux systèmes et services spatiaux.

Le projet, placé sous le nom de code Bromo
, attend actuellement le feu vert des autorités de régulation de la concurrence à Bruxelles. Les groupes partenaires espèrent obtenir les autorisations réglementaires requises afin de rendre la nouvelle entité opérationnelle d’ici 2027. Bien que cette restructuration suscite des réserves chez d’autres acteurs européens du secteur, à l’instar des allemands d’OHB et des espagnols d’Indra Space, les partisans du rapprochement misent sur la nécessité absolue de bâtir des champions industriels capables de garantir l’autonomie stratégique de l’Union européenne dans les domaines des télécommunications, du renseignement et de la reconnaissance.