L’OTAN a annoncé le 7 juillet 2026, lors du sommet d’Ankara, l’acquisition prochaine de jusqu’à dix avions de surveillance GlobalEye de la firme suédoise Saab. Ce système, basé sur le jet Global 6500 de Bombardier, remplacera la flotte vieillissante d’E-3A AWACS en service depuis les années 1980.
Le remplacement des AWACS et la montée en puissance de l’OTAN
Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a officialisé le choix du GlobalEye comme solution de détection lointaine et de contrôle (AEW&C) pour l’Alliance. Cette décision marque la fin d’une époque pour les avions E-3A AWACS, basés à Geilenkirchen en Allemagne et opérés par du personnel issu de 21 pays membres depuis 1982. Selon Nordic Defence Sector, Saab doit maintenant engager des négociations contractuelles formelles avec l’Agence OTAN de soutien et d’acquisition (NSPA).
L’annonce s’inscrit dans un plan global de modernisation dévoilé lors du Forum des industries de défense à Ankara. Outre les avions-radars, Mark Rutte a annoncé la livraison prochaine du 10e Airbus A330 MRTT pour la flotte multinationale de ravitaillement, ainsi que l’acquisition du drone Triton de Northrop Grumman pour la surveillance maritime.
Pour accélérer ces capacités, l’OTAN lance deux nouvelles initiatives : le Guichet OTAN pour l’industrie, une plateforme facilitant les interactions avec les entreprises, et le NATO Engine, visant à relier les capacités de production civiles et militaires des pays membres. L’initiative Drone Edge sera également déployée pour accroître les investissements dans la lutte anti-drone et la formation des opérateurs, rapporte l’OTAN.
Le Canada comme plaque tournante industrielle du GlobalEye
Le gouvernement de Mark Carney a transformé cet achat militaire en un levier industriel majeur. Ottawa négocie pour que le Canada ne soit pas qu’un simple client, mais un centre de production. L’objectif est d’assembler sur le sol canadien environ le tiers des 40 appareils GlobalEye prévus à l’échelle mondiale sur les 15 prochaines années, dont les douze destinés aux partenaires de l’OTAN.
Cette stratégie vise à réduire la dépendance envers les États-Unis, qui absorbent actuellement 75 % des dépenses d’équipement de la Défense canadienne. Le premier ministre a précisé que le Global 6500 ne contient qu’environ 20 % de contenu américain.
L’impact économique prévu est significatif. Le gouvernement et Saab estiment que ce programme pourrait soutenir plus de 3 000 emplois dans le secteur aérospatial et de la défense, couvrant l’ingénierie, l’informatique et la fabrication de capteurs.
Nous ne serons pas en mesure de produire l’ensemble des GlobalEye en Suède, nous avons besoin de deux, voire trois nouvelles installations pour réaliser les intégrations de nos systèmes et de tout ce qui vient avec le GlobalEye. C’est pourquoi un de ces pôles sera implanté au Canada.
Anders Carp, directeur général délégué de Saab, via Le Devoir
L’éviction des constructeurs américains et les tensions internes
Saab GlobalEye Officially Selected as NATO’s Next-Gen AWACS to Replace Aging Boeing E-3 Fleet
Le choix de Saab sonne comme un coup d’arrêt pour Boeing et L3Harris. Le Boeing E-7 Wedgetail était le concurrent direct pour le contrat de l’OTAN, mais l’Alliance a abandonné ce projet en 2025 après que les États-Unis ont modifié leurs propres plans pour l’appareil.
Au Canada, la situation est plus complexe. Si le gouvernement Carney a écarté les prétendants américains pour le contrat de surveillance, dont l’enveloppe dépasse les 5 milliards de dollars pour au moins six appareils, ce choix ne fait pas l’unanimité au sein de l’Aviation royale canadienne (ARC).
Selon des sources citées par Radio-Canada, certains militaires considèrent que le E7 Wedgetail de Boeing répondrait mieux aux exigences militaires minimales. L’approche du gouvernement est critiquée par des analystes qui y voient un manque de stratégie militaire claire, privilégiant les retombées industrielles sur les préférences opérationnelles.
L’effet domino : vers une flotte mixte de chasseurs ?
Photo: North Atlantic Treaty Organization | NATO
Le partenariat avec Saab pourrait s’étendre bien au-delà des avions-radars. Des sources gouvernementales et industrielles indiquent qu’Ottawa étudie l’acquisition de chasseurs Gripen-E suédois, en utilisant la chaîne d’approvisionnement mise en place pour le GlobalEye.
L’idée serait de ne pas simplement remplacer les F-35 américains, mais d’augmenter massivement la flotte de combat. Un scénario est à l’étude pour acquérir 72 appareils Gripen, ce qui pourrait créer jusqu’à 9 000 emplois. Conjugué aux 72 à 88 F-35 envisagés, le Canada pourrait se retrouver avec une flotte totale d’environ 140 avions, un niveau comparable à celui des années 1980.
Cette perspective inquiète L3Harris, qui emploie plus de 1 000 personnes à Mirabel. L’entreprise américaine craint que le pivot vers Saab ne torpille ses ambitions de faire du complexe de Mirabel un centre nord-américain d’entretien pour les F-35.
Bombardier : un gagnant systématique
Peu importe le vainqueur des contrats de surveillance, Bombardier s’est imposé comme l’acteur incontournable. Son jet Global 6500 sert de plateforme tant pour le GlobalEye de Saab que pour le Phoenix de L3Harris.
L’entreprise québécoise accélère son virage vers la défense. En plus des avions-radars, Bombardier a récemment conclu un contrat de 753 millions de dollars pour livrer six Global 6500 à l’ARC pour le transport de dignitaires et les évacuations médicales, remplaçant des modèles Challenger d’ici 2027, rapporte La Presse.
Aspect
Détails du programme GlobalEye
Plateforme
Bombardier Global 6500
Volume OTAN
Jusqu’à 10 appareils
Investissement Canada
Plus de 5 milliards $ (pour 6 appareils)
Emplois prévus (Canada)
Plus de 3 000
Objectif industriel
Production d’un tiers de la flotte mondiale au Canada
Le succès de ce déploiement dépendra désormais de la capacité de Saab à implanter son pôle d’intégration au Canada et de la volonté d’Ottawa de maintenir ce cap malgré les résistances internes de l’armée.
Amélie Bernard traite l’économie, les entreprises, les marchés et les transformations du travail. Son approche relie les chiffres, les décisions publiques et leurs effets dans la vie quotidienne.