Entre juillet 2025 et juin 2026, le Maroc a exporté environ 18 400 tonnes de framboises fraîches vers le Royaume-Uni, générant une valeur supérieure à 132,7 millions de livres sterling, soit près de 155 millions d’euros. Cette performance permet au royaume de s’imposer sur ce marché stratégique malgré une baisse globale des importations britanniques.
La filière agricole marocaine s’impose durablement sur le marché britannique des fruits rouges. Selon les données compilées par EastFruit, le volume des livraisons a progressé de 1,6 % par rapport à la campagne précédente pour s’établir à environ 18 400 tonnes. Bien que cette progression en volume demeure modérée, elle porte la domination marocaine à un niveau inédit : près de deux framboises fraîches importées sur trois consommées au Royaume-Uni proviennent désormais du Maroc.
Une croissance continue sur cinq ans face à la concurrence internationale
Cette percée s’inscrit dans une dynamique de longue date. Le Maroc enchaîne ainsi une cinquième année consécutive de croissance sur ce marché et occupe la première place des fournisseurs depuis la campagne 2022-2023. L’évolution des parts de marché illustre cette accélération : lors de la campagne 2020-2021, le Maroc ne représentait que 21,3 % des importations britanniques de framboises, un chiffre qui atteint 62,9 % cinq ans plus tard, tandis que ses livraisons totales ont été multipliées par 2,6.
Derrière le leader marocain, l’Espagne occupe désormais la deuxième position, devançant le Portugal, l’Allemagne, les Pays-Bas et l’Afrique du Sud. Cet essor s’accompagne d’une réorientation stratégique des producteurs locaux. Une partie des investissements et de la main-d’œuvre de la filière des fruits rouges se dirige vers les framboises, les mûres et les myrtilles, jugées plus rentables, ce qui contraste avec la crise traversée par la fraise fraîche marocaine à l’export.
Les avantages logistiques et le calendrier de production
La progression marocaine repose en grande partie sur un atout géostratégique déterminant. La position géographique du Maroc, proche de l’Europe, offre aux professionnels de l’export la possibilité de limiter significativement les délais de transit et de garantir un acheminement des barquettes à une fraîcheur optimale, en conformité avec les strictes procédures de la grande distribution britannique.
Ce positionnement logistique permet de répondre aux exigences des enseignes tout au long de l’année. Les framboises britanniques sont principalement récoltées entre juin et novembre. Durant le reste de l’année, les distributeurs doivent se tourner vers l’étranger pour assurer une présence continue du fruit dans les rayons, un créneau que les exportateurs marocains occupent grâce à des conditions climatiques favorables et à la rapidité du transport maritime ou routier.
Une mutation structurelle et des défis économiques à relever
Le pays fait désormais partie intégrante des grands fournisseurs mondiaux de fruits rouges, rivalisant directement avec des acteurs historiques comme l’Espagne, le Mexique ou le Chili. La part du Maroc est évaluée à près d’un dixième des exportations mondiales du secteur, avec un volume global dépassant 200.000 tonnes de fraises, framboises et myrtilles exportées pour des recettes générant plus de 600 millions de dollars.

Toutefois, ce succès à l’export s’accompagne de contraintes financières importantes. La culture des framboisiers exige des capitaux considérables, absorbés par l’acquisition de plants, le déploiement d’infrastructures sous serre et une main-d’œuvre qualifiée. L’achat des plants peut ainsi atteindre 120.000 dirhams par hectare. Pour faire face à ces coûts et aux difficultés rencontrées par les exploitations de petite taille, l’agrégation agricole et le regroupement en coopératives constituent des leviers essentiels pour accroître la compétitivité et rationaliser les charges, tandis que la gestion des ressources hydriques demeure un enjeu structurel vital pour l’avenir de l’agriculture marocaine.