Alors que l’école Jean Degoul rouvre ses portes avec des effectifs complets, les familles et les enfants sinistrés oscillent entre soulagement et colère vive face aux autorités.
L’épicentre du mégafeu de Saumos tente de reprendre vie sous les pins calcinés de la Gironde. Plus d’un mois après les incendies dévastateurs qui ont ravagé 42 000 hectares, le village du Porge s’apprête à vivre une rentrée scolaire particulièrement lourde en émotions, ainsi que le rapportent les services de l’académie de Bordeaux et les associations locales de parents d’élèves.
Une rentrée maintenue à l’école Jean Degoul malgré 183 maisons détruites
Dans la commune la plus lourdement touchée de France, où 183 maisons ont été réduites en cendres et 7 000 hectares partis en fumée, l’école Jean Degoul a miraculeusement été épargnée par les flammes. Le groupe scolaire, qui accueille 275 élèves de trois à 11 ans, affichera des effectifs complets dès mardi, aucun report d’inscription n’ayant été enregistré. Pourtant, sur les 15 enfants issus de familles sinistrées de l’établissement, seuls deux manquent à l’appel de cette rentrée, de nombreuses familles ayant pu retrouver un logement provisoire sur place.
La situation humaine reste néanmoins critique. D’après le recteur de l’académie de Bordeaux, Jean-Marc Huart, 45 élèves scolarisés au collège de Lège-Cap-Ferret ou à l’école du Porge ont perdu leur domicile familial. Pour Marc Dalla Samba, un père de famille de 50 ans dont le logement a brûlé avec sa compagne et leurs deux adolescents, les repères ont volant en éclats. Enchaînant les relogements temporaires, il témoigne de la détresse de ses proches, tandis que d’autres familles tentent tant bien que mal de se réorganiser.
Hypervigilance chez les enfants et cellules d’aide psychologique
Au-delà des dégâts matériels, les séquelles psychologiques pèsent lourdement sur la rentrée des écoliers. Qu’ils aient perdu leur maison ou simplement vécu l’angoisse des flammes encerclant la route lors des évacuations d’urgence, les enfants manifestent des signes évidents d’hypervigilance. Certains sursautent et se bouchent les oreilles au moindre passage de camion de pompiers ou à l’audition d’une sirène, guettant le ciel au moindre signal rougeoyant.
Pour faire face à cette détresse, un dispositif d’accompagnement exceptionnel se met en place autour de l’école. Une cellule d’écoute psychologique sera active pour environ un mois, complétée par une antenne du centre hospitalier Perrens installée sous tente à proximité immédiate des classes. Par ailleurs, des formations menées en lien avec le CHU seront dispensées aux personnels enseignants afin de les aider à identifier les traumatismes profonds sur le long terme.
La solidarité matérielle s’est également organisée pour alléger le quotidien des sinistrés. Les associations de parents d’élèves, parmi lesquelles figurent L’école pour nos enfants du Porge et l’association locale menée par Sébastien Dréan, ont orchestré des collectes de fournitures scolaires. Des dons de purificateurs d’air ont également été attribués pour équiper les classes, une aide précieuse pour les enfants asthmatiques dans cette atmosphère encore chargée de suie.
Colère populaire et tensions face aux services de l’État
Si l’école offre un cadre sécurisant pour retrouver les copains et tourner la page, la colère gronde toujours parmi les habitants. Une réunion publique organisée le 26 août et animée par la préfète Sophie Brocas, en présence des services de l’État et du responsable des sapeurs-pompiers de Gironde, a ravivé de vives tensions devant quelque 500 administrés réunis dans la salle des fêtes.
De nombreux riverains ont vivement contesté la gestion de crise des premières heures, estimant insoutenable d’entendre que l’État avait fait tout son possible lors de l’évacuation chaotique du 22 juillet. Cet antagonisme persistant montre que les plaies du village sont encore loin d’être refermées, plaçant les équipes pédagogiques et les familles devant une année scolaire sous haute tension.