À l’approche d’un week-end ensoleillé en septembre 2026, les autorités belges maintiennent une vigilance renforcée et menacent de sanctions fermes quiconque pénétrera dans le périmètre des Hautes Fagnes, ravagé en août par le plus important incendie qu’ait connu le pays depuis 1911.
La gestion de ce sinistre historique, qui a calciné plus de 3 000 hectares de nature dans le parc naturel des Hautes Fagnes, entre dans une phase délicate de sécurisation et d’évaluation opérationnelle. Alors que le mois de septembre s’installe, les travaux d’anticipation menés par le Gouverneur et les principaux acteurs de la région permettent d’examiner l’avenir de ces écosystèmes meurtris, en tenant compte des prévisions météorologiques et de l’état des lieux.
Fermeture prolongée de la N68 et interdiction stricte d’accès aux Hautes Fagnes
Pour garantir la sécurité publique et permettre aux équipes techniques de progresser sur le terrain, la circulation reste lourdement restreinte. La route nationale N68 restera fermée entre le carrefour de Belle-Croix et Eupen jusqu’au dimanche 13 septembre inclus, date à laquelle la situation sera réévaluée, selon les informations publiées par L’Avenir.
À la veille d’un week-end propice aux excursions en plein air, le parquet du Procureur du Roi a tenu à avertir le public : l’accès au périmètre incendié demeure strictement interdit. De même, l’arrêt et le stationnement restent prohibés sur les axes routiers qui longent la zone sinistrée.
« La prudence de chacun est essentielle pour garantir la sécurité du public et permettre aux équipes de poursuivre leur travail dans les meilleures conditions. »
Les stewards du Parc naturel Hautes-Fagnes-Eifel, via L’Avenir
Sur place, les stewards du parc seront mobilisés tout au long du week-end pour guider les nombreux visiteurs vers les itinéraires de promenade qui restent ouverts en dehors du périmètre interdit. En raison de la météo défavorable observée lors des opérations récentes, les services d’intervention n’ont pas pu compter sur un appui aérien classique. Ce sont les drones de la Protection Civile qui ont pris le relais pour observer et évaluer l’état des secteurs les plus critiques.
Un incendie historique qui ravage des tourbières millénaires
Au-delà de l’urgence sécuritaire, le bilan environnemental de cet été 2026 s’annonce lourd pour le patrimoine naturel belge. Greenpeace rappelle que cet épisode constitue le plus grand feu de forêt enregistré dans le pays depuis 1911. Au total, plus de 3 000 hectares de nature ont été consumés dans les Hautes Fagnes, touchant directement des tourbières dont la formation remonte à environ 10 000 ans, à la fin de la dernière période glaciaire.
Ces écosystèmes d’une grande fragilité jouent un rôle climatique et hydrologique fondamental. Si les tourbières ne couvrent qu’une infime partie des terres émergées à l’échelle mondiale, elles concentrent près de 30 % du carbone présent dans les sols, soit environ deux fois plus que l’ensemble des forêts de la planète. Dans les Hautes Fagnes, la couche de tourbe peut atteindre jusqu’à huit mètres d’épaisseur. Autrefois beaucoup plus vastes, ces tourbières avaient déjà perdu 90 % de leur superficie au fil des siècles en raison du drainage et de l’exploitation de la tourbe.
La portion restante, protégée depuis 1957 au sein d’une réserve naturelle de 4.500 ha, se trouve aujourd’hui lourdement impactée. Les scientifiques de l’UGent et de l’ULiège avaient pourtant averti de la haute probabilité d’un tel scénario lors des périodes de sécheresse et de canicule. Asséchées par le passé pour les besoins de l’agriculture ou de la sylviculture, les tourbières se comportent comme de véritables réserves de combustible lorsqu’elles perdent leur humidité naturelle.
Perspectives de restauration et exigences de la législation européenne
La destruction de ces milieux millénaires pose la question de leur réhabilitation à long terme. La régénération d’une tourbière demande un temps considérable, la nature ne produisant qu’à peine un millimètre de tourbe par an, soit environ mille ans pour un seul mètre d’épaisseur. Face à l’urgence climatique et écologique, la Belgique doit conjuguer ses efforts de terrain avec les exigences internationales.

La loi européenne sur la restauration de la nature, adoptée dans le prolongement des accords de Kunming-Montréal, impose l’objectif de réhabiliter 30 % des écosystèmes dégradés d’ici 2030. Pour les Hautes Fagnes, cela implique un travail complexe de réhumidification des sols, indispensable pour redonner à ces zones humides leur capacité de régulation de l’eau et de piégeage du carbone.