Les institutions qui gèrent les plus grandes réserves financières de la planète jettent un regard critique sur la trajectoire boursière actuelle. En Nouvelle-Zélande, les dirigeants du fonds souverain le plus performant du monde ont prévenu mercredi que le marché des actions américaines pourrait subir un net recul. Jo Townsend, directrice générale des Guardians of New Zealand Superannuation — l’entité qui gère le fonds de richesse du pays évalué à 54 milliards de dollars —, a souligné que les performances exceptionnelles engrangées ces dernières années ne pourront se maintenir indéfiniment.
Les avertissements concordants des grands fonds souverains face au marché américain
Jo Townsend, directrice générale des Guardians of New Zealand Superannuation, a souligné que les rendements des actions américaines au cours des deux dernières années étaient proches du double des rendements annualisés des 20 dernières années, et qu’elle s’attendait par conséquent à un certain retour à la moyenne à un moment donné.
Cette mise en garde fait écho à celle formulée par le dirigeant du plus grand fonds souverain de la planète. Nicolai Tangen, directeur général du Government Pension Fund Global (GPFG), a estimé qu’un effondrement extrême des marchés menaçant une part substantielle de ce mastodonte financier n’était pas complètement improbable. Selon les précisions recueillies par les analystes, le fonds norvégien a engrangé un bénéfice semestriel record frôlant les 185 milliards de dollars, en grande partie propulsé par la frénésie boursière autour des puces et des infrastructures liées à l’intelligence artificielle.
Performances financières et exposition technologique de la Nouvelle-Zélande
Malgré ces perspectives prudentes, le New Zealand Superannuation Fund affiche des résultats éclatants. L’entité a vu sa valeur atteindre 94,4 milliards de dollars néo-zélandais — soit l’équivalent de 54,4 milliards de dollars américains — à la clôture de l’exercice financier 2026, couronné par un rendement venant en retard de son indice de référence. Cette progression s’est traduite par une augmentation annuelle de 9,3 milliards de dollars néo-zélandais, plaçant le fonds néo-zélandais en tête des classements mondiaux établis par le cabinet Global SWF plus tôt dans l’année.

Pour autant, le portefeuille reste fortement concentré sur les valeurs technologiques de premier plan aux États-Unis. Les données communiquées par les gestionnaires montrent qu’à la fin du mois de décembre, la position la plus importante en valeur s’élevait à 3 milliards de dollars néo-zélandais investis dans Nvidia. Apple, Microsoft, Alphabet et Amazon venaient compléter le groupe des cinq principales lignes par leur capitalisation au sein d’un portefeuille global d’actions américaines pesant 31,7 milliards de dollars néo-zélandais.
Jo Townsend, directrice générale des Guardians of New Zealand Superannuation, a affirmé qu’à court terme, un portefeuille concentré pouvait obtenir de solides résultats, mais qu’à long terme, elle avait la firme conviction qu’un portefeuille plus diversifié convenait mieux à leur mandat.
Les stratégies opposées de la Norvège et les risques d’une bulle technologique
Du côté de la Norvège, la gestion du fonds souverain repose sur un modèle d’indexation mondiale très passif. Le Government Pension Fund-Global, créé en 1990 et alimenté par les revenus pétroliers et gaziers de la mer du Nord depuis 1996, détient en moyenne 1,5 % de toutes les sociétés cotées à l’échelle planétaire, répartissant ses participations dans plus de 7 100 entreprises. À la fin de l’année dernière, le portefeuille norvégien se composait d’environ 71,3 % d’actions, 26,5 % d’obligations, 1,7 % d’immobilier non coté et 0,4 % d’infrastructures non cotées, ainsi que d’une participation dans SpaceX évaluée à plusieurs milliards au 30 juin.

Cette structure contraint les gestionnaires norvégiens à suivre de près les fluctuations des marchés sans marge de manœuvre majeure pour se couvrir activement. Karin Thorburn, professeure de finance à la Norwegian School of Economics, a rappelé au cours d’entretiens que le fonds ne dispose de presque aucune marge pour s’écarter de l’indice ou pour couvrir ses positions de manière agressive en raison de son strict mandat gouvernemental. Alors que la technologie représente environ un tiers des investissements en actions du fonds, les dépenses colossales consacrées par les géants technologiques aux centres de données et aux puces soulèvent des interrogations quant à la pérennité de telles valorisations boursières.