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Le Kenya Interdit l’Exportation d’Or et de Minerais Bruts Non Transformés

Le président kenyan William Ruto a annoncé une interdiction totale de l'exportation d'or et de minerais bruts non transformés.

President William Ruto

Le président kenyan William Ruto a annoncé une interdiction totale de l’exportation d’or et de minerais bruts non transformés. Cette mesure vise à imposer le raffinage local avant toute vente, adossée à la création de nouvelles raffineries et à un rôle central de la Banque centrale du Kenya comme premier acheteur officiel.

Le secteur extractif kenyan fait face à un tournant majeur. Le président William Ruto a officialisé une politique stricte visant à interdire l’exportation d’or et d’autres minerais bruts, exigeant que l’ensemble des ressources soient transformées sur place avant d’être commercialisées via des circuits officiels. Cette décision marque la volonté politique de capter la valeur ajoutée sur le territoire national plutôt que de laisser partir la richesse minière à l’état brut.

Les détails de la mesure annoncée par William Ruto à Kisumu

L’annonce a été formulée par le chef de l’État le lundi 14 septembre, lors d’un échange avec les médias depuis le Kisumu State Lodge, selon les informations rapportées. Le gouvernement entend ainsi reorganiser le mining sector et s’assurer que le Kenya gagne plus de sa richesse minérale, tout en luttant contre la contrebande et le commerce informel qui permettent aux richesses de quitter le pays sans que le Kenya ne reçoive son bénéfice économique total.

“There is a lot of gold being exported out of Kenya through all manner of corners. We are going to stop the export of gold from Kenya unless it is processed,” Ruto said.

William Ruto, Président du Kenya

Le pays produit actuellement environ 300 kg d’or par mois. Néanmoins, les transactions non régularisées dans le secteur aurifère représentent un montant estimé à 36 milliards de shillings par an, un chiffre qui représente une perte de revenus significative pour un gouvernement qui tente de formaliser et de taxer ses industries extractives.

La Banque centrale du Kenya en première ligne et la stratégie des raffineries

Pour structurer ce marché, la Central Bank of Kenya (CBK) est appelée à jouer un rôle de premier plan en devenant le principal point de vente pour l’or produit et raffiné localement, s’imposant comme le premier acheteur prioritaire du programme d’achat. Cette disposition vise à créer un marché formel où les mineurs peuvent vendre leur or à des prix transparents au lieu de dépendre lourdement des courtiers et des intermédiaires, donnant aux mineurs un meilleur rendement tout en permettant au gouvernement de garder un suivi plus étroit de la production et du commerce de l’or du pays.

Pour accompagner cette interdiction d’exportation de matières premières, le pays développe de nouvelles infrastructures industrielles. Selon le président, trois raffineries d’or sont soit opérationnelles, soit en cours de développement, incluant des installations à Nairobi et Kakamega. La plus avancée d’entre elles se situe à Kakamega, soutenue par un investissement de Sh5,8 milliards de la part de la H-NUO Kenya Company, avec un objectif de mise en service opérationnelle fixé à la mi-2027, tandis qu’au moins une installation supplémentaire se trouve dans le pipeline. La politique devrait également s’étendre au-delà de l’or pour se concentrer sur des minerais tels que le coltan et les terres rares, devenus de plus en plus importants en raison de leur utilisation dans l’électronique, le stockage d’énergie et d’autres industries.

Un modèle inspiré par le Ghana et le Zimbabwe face au défi des mineurs artisanaux

En adoptant cette trajectoire, le Kenya n’invente pas cette approche à partir de rien : la politique reproduit des stratégies déjà déployées par le Ghana et le Zimbabwe, où les gouvernements ont interdit les exportations de minerais bruts et établi des banques centrales comme acheteurs principaux pour maximiser les rendements nationaux de la richesse minérale. L’expérience du Ghana s’avère particulièrement instructive à travers le lancement d’un programme d’achat d’or domestique par la Bank of Ghana visant à stimuler les réserves de change et à réduire la dépendance au dollar américain, tandis que le Zimbabwe a exigé des livraisons à la banque centrale tout en réprimant la contrebande.

Kenya : la fin des exportations de minerai brut
Le Kenya Interdit l'Exportation d'Or et de Minerais Bruts Non Transformés
Photo: cryptobriefing.com

Pour les mineurs artisanaux et à petite échelle, la transition comporte des défis de taille car l’économie souterraine emploie des milliers de personnes et soutient des communautés entières. Si les circuits officiels garantissent une tarification plus stable, l’obligation de s’enregistrer, de se conformer aux réglementations et potentiellement d’accepter des prix fixés par des acheteurs institutionnels plutôt que par le marché libre bouleverse des pratiques informelles ancrées depuis des années, nécessitant une instauration de la confiance, des mécanismes de prix équitables et un soutien à la transition pour les mineurs qui pourraient résister au changement.

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À propos de l’auteur: Amélie Bernard

Amélie Bernard traite l’économie, les entreprises, les marchés et les transformations du travail. Son approche relie les chiffres, les décisions publiques et leurs effets dans la vie quotidienne.